Augmenter le tourisme en s'adaptant aux handicaps

Europe - Augmenter le tourisme en s'adaptant aux handicaps

Des voyageurs en Suisse. Photo Fotolia

Rampes d'accès, explications en braille ou douches suffisamment larges, le monde du tourisme est devant l'impératif de faire plus d'efforts s'il veut bénéficier de la clientèle des handicapés, qui risque de nettement grossir dans une Europe vieillissante.

«Rendre le tourisme accessible est l'un des problèmes les plus urgents du secteur», a affirmé d'entrée Zoltan Somogyi, de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), lors d'une conférence au salon international du tourisme de Berlin (ITB).

Au-delà du droit de chacun de voyager, «c'est aussi une bonne opportunité de faire des affaires» pour les acteurs du tourisme, notamment en raison du vieillissement démographique, n'a pas caché M. Somogyi.

Estimant à 15% la part de la population mondiale ayant une infirmité, «le potentiel de ce tourisme est encore largement intact», a-t-il souligné.

La population concernée peut d'ailleurs vite s'élargir en incluant les personnes accompagnatrices. «Environ 40% des citoyens européens connaissent quelqu'un avec une infirmité, donc si un hôtel n'est pas accessible, il ne perd pas seulement un visiteur, mais trois ou quatre», a souligné Rüdiger Leidner, membre du conseil allemand de coordination pour le tourisme pour tous (Natko), lui-même non-voyant.

Énorme marché

«C'est un énorme marché qui va continuer à croître et est source d'importantes recettes», a renchéri Victoria Eichhorn, chercheuse à l'université britannique de Surrey.

Selon des estimations communiquées par le réseau européen pour le tourisme accessible (ENAT), dans le cadre du salon, environ 13,6 milliards de dollars par an sont dépensés en voyage par des Américains dont la mobilité est réduite, environ 2,5 milliards d'euros par des Allemands et 2 milliards de livres par des Britanniques.

Or «ces dernières années, environ 37% des personnes handicapées en Allemagne ont décidé de ne pas voyager faute d'installations accessibles, mais 48% voyageraient davantage si celles-ci existaient et 60% seraient même prêts à payer plus», selon l'ENAT.

Familles avec de jeunes enfants ou personnes âgées peuvent aussi profiter de ces adaptations. Des efforts qui ne doivent pas se limiter aux hôtels mais aussi aux installations sportives, aux musées etc. «Vous ne voyagez pas uniquement pour rester à l'hôtel», a souligné M. Leidner.

Au-delà de codes éthiques, de recommandations et d'informations pour beaucoup déjà existants, même si insuffisamment diffusés, l'essor d'un tourisme «sans barrière» nécessite surtout «un changement d'attitude» des fournisseurs de services touristiques, pour l'heure surtout effrayés par les surcoûts que peuvent engendrer de nouvelles installations, a souligné M. Somogyi.

S'il pense que ce marché «grandissant vaut le coup», Michael Jochim, d'Europcar, affirme toutefois que pour l'instant c'est un investissement qui ne rapporte rien.

Le loueur de voitures a décidé il y a deux ans, après n'avoir pu honorer des demandes de location faute de véhicules adéquats, de s'équiper en voitures pouvant être conduites par des personnes handicapées.

«Nous pourrons parler de rentabilité quand nous aurons un plus grand réseau», reconnaît M. Jochim, qui dit recevoir entre 30 et 50 demandes pour de tels véhicules par semaine en Allemagne.

Parmi les principaux pays touristiques, le Royaume-Uni et les Pays-Bas semblent avoir pris de l'avance sur le sujet, reconnaît Olaf Schlieper, de la centrale allemande de tourisme (DZT), quand l'Allemagne en est encore à se battre avec des logos signalant les équipements adaptés différents selon ses régions.


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