Quand voyager rend fou

Syndrome

Au milieu des foules denses de l'Inde, certains voyageurs perdent carrément la tête.  Photo: REUTERS/Rupak De Chowdhuri

Frédérique Sauvée

Dernière mise à jour: 26-11-2012 | 17h15

Il existe un mal qui ne sévit que dans la communauté des voyageurs et qui ne touche que certaines destinations. Désorientation, crise de panique et délire de persécution sont les symptômes les plus sévères de ce syndrome bien peu ordinaire.

L'Inde de même que les villes de Paris, Jérusalem et Florence sont ainsi les témoins d'un phénomène de folie bien étrange parmi les touristes qui les visitent. Alors que certains se prennent du jour au lendemain pour le nouveau Messie et parcourent la ville de Jérusalem à genou, d'autres voyageurs perdent littéralement la tête dans les rues de New Delhi et cherchent à se donner la mort! Ce sont les symptômes les plus graves que peut occasionner le syndrome du voyageur expliqué par le professeur Régis Airault dans son livre «Fou de l'Inde».

Cet ancien psychiatre au consulat de France à Mumbai (autrefois Bombay) a été le premier à révéler l'existence du «syndrome indien» qui peut prendre différentes formes, selon le pays de destination des voyageurs. Il s'intéresse depuis les années 1990 à ces touristes occidentaux, à première vue sains d'esprit, qui finissent en service psychiatrique dans les hôpitaux indiens.

Alors que de nombreux médecins sont totalement déconcertés face à ces cas troublants, Régis Airault l'explique rationnellement.

«On ne passe pas impunément et en quelques heures d'un univers cloisonné, propret, aseptisé, au chaos d'une ville de douze ou quinze millions d'habitants comme Calcutta ou Bombay. [...] Cette société est déroutante pour un Occidental. Plus qu'ailleurs, le voyageur est soumis, lors de son arrivée en Inde, à un choc culturel qui semble obéir à la loi du "tout ou rien": c'est la séduction ou la répulsion. Chacun réagit selon sa personnalité et ses mécanismes de défense.»

Le médecin a par ailleurs observé que tous les symptômes disparaissent une fois le patient rapatrié dans son pays d'origine.

Pas seulement en Inde

Si le syndrome indien fait quelques dizaines de victimes chaque année, certaines villes pourtant apparemment sans danger ont aussi leur lot de voyageurs pris de folie. Plusieurs cas de touristes japonais dépressifs ont par exemple été observés à Paris. Ceux-ci souffriraient du trop grand décalage entre l'image d'une ville romantique qu'ils idolâtrent et la réalité parfois sale et désagréable à laquelle ils sont confrontés en visite.

À Florence encore, des voyageurs, soumis à trop de beauté face aux œuvres d'art qui sont omniprésentes dans la ville, déclenchent une pathologie semblable.
À Jérusalem enfin, les pèlerins vont jusqu'à brûler leur passeport et revêtir une toge puisqu'ils se croient fils de Dieu.

Un phénomène de plus en plus rare

Chez les spécialistes, le débat fait rage pour savoir si la santé mentale fragile de certains voyageurs peut expliquer le phénomène.

Ce syndrome a d'ailleurs tendance a régressé depuis plusieurs années, les médias et l'internet permettant de véhiculer facilement les images de ces destinations à risque, évitant ainsi un trop grand choc culturel lors d'une première visite. Malgré tout, cette pathologie reste encore très mystérieuse.


Vidéos

Photos