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Confidences d'un criminel (Trois-Rivières)
Benoît Rioux - Le Tour du Québec en 80 jours

 
trois rivieres - Confidences d'un criminel (Trois-Rivières)
Photos: Mariane Faucher
«J’ai commencé à vendre de la drogue très jeune dans le quartier Hochelaga, à Montréal. Mon oncle était un bandit et ma voisine, une putain. On m’a jeté en prison à l’âge de 19 ans après le braquage d’un camion Secur. Je suis demeuré en dedans pendant 13 ans.»

Ce n’est pas à tous les jours qu’un criminel va discuter aussi librement. À la Vieille prison de Trois-Rivières, on permet ce contact particulier. Là-bas, les guides sont des ex-détenus. La visite du monde carcéral prend ainsi une toute autre forme avec un témoignage véritable.

Normand, 41 ans, se trouvait derrière le comptoir de réception quand je suis entré à l’intérieur du Musée québécois de culture populaire, qui gère la visite expérience «En prison!». Avec son air sérieux, j’avais identifié le type comme un agent de sécurité. Normand, maintenant en liberté depuis une dizaine d’années, compte plutôt parmi les animateurs de la Vieille prison, fermée en 1986 et réouverte récemment pour le tourisme. Ça fait trois mois qu’on l’a engagé, après l’avoir soumis à quelques entrevues. «Il faut notamment rencontrer un psychologue qui évalue notre degré de dangerosité», indique-t-il.

Quand on lui demande, Normand, un peu crûment, parle des vraies choses. Il nous en apprend et confirme certaines pensées populaires. «Est-ce vrai qu’il y a des volées qui se donnent en prison à ceux qui ont touché à des enfants ou agressé une femme?», interroge-t-on. «Il faut davantage parler d’agression que de volée. C’est encore plus violent», répond Normand, qui admet avoir participé à quelques séances de défoulement collectives de ce genre. «Le pire, c’est que les gardiens de prison savent, bien souvent, que le gars en question va se faire tabasser, mais on le laisse aller un peu avec les durs, avant de l’isoler pour sa protection.»

Sans vouloir dénigrer leur travail, Normand mentionne qu’il existe plusieurs trucs que les gardiens de prison tolèrent ainsi. «Supposons qu’un gardien passe près de ta cellule et que ça sent le pot, il va laisser faire ça. Il ne faut pas faire exprès pour aller fumer un joint dans sa face, mais, dans un certain sens, on tolère les drogues douces.»

La sexualité à l’intérieur des murs demeure un autre aspect réel de la prison. «Ce n’est pas difficile de déjouer les autorités, lance encore Normand, en riant. Tu n’as qu’à placer le nom d’une escorte sur ta liste de visiteurs et l’identifier faussement. J’ai déjà baisé avec une femme qui était sensée être ma cousine.» On offre habituellement aux détenus des séances d’une heure pour les différentes rencontres, plus de temps qu’il n’en faut à un homme pour se soulager.

Dépassant son simple mandat de guide à la Vieille prison, Normand en apprend encore sur la vie de prisonnier. «Ce n’est pas vrai que les gars réfléchissent quand ils sont en dedans, qu’une incarcération peut entraîner la guérison, croit-il. Souvent, un détenu va sortir encore plus criminel qu’au moment où il est entré. C’est qu’il faut être rusé en tôle. On apprend toutes sortes de trucs.»

À ce niveau, Normand mentionne avoir géré, par le passé, la vente de stupéfiants depuis la prison. «Il suffit d’être discret au téléphone et d’avoir un complice, un visiteur régulier, qui s’occupe des finances.» Il y a aussi de l’alcool qui se fabrique en cachette avec du sucre et, il s’agit là d’une vague impression, certainement plusieurs autres rituels qu’on ne m’a pas raconté.

Vraiment fascinant, la vie en prison. Ça donne presque le goût d’y aller… Pour les intéressés, il est possible d’expérimenter une «sentence d’une nuit» à la Vieille prison de Trois-Rivières. Le forfait comprend un rituel d’incarcération, le coucher en cellule et le déjeuner du prisonnier. Aucune séance de défoulement collective sur un pédophile, ni de sexe avec une escorte. Il y a quand même des limites à simuler.

En bref:

Un nouveau sport extrême, le Kite surfing, se développe tranquillement en Mauricie. Propriétaire de l’Ecole Big Air, Daniel Lefebvre offre des cours pour les débutants et les intermédiaires. On s’informe au (819) 228-9887.

Ce sympathique Normand indique qu’il y a des bons côtés à la vie de prisonnier. «Nous sommes logés et nourris, sans aucune responsabilité. C’est comme si on retournait chez ses parents», dit-il.

J’ai été victime d’une seconde crevaison depuis le début du Tour, sur le Chemin du Roy, entre Trois-Rivières et Louiseville. Il fallait que l’incident survienne alors qu’un journaliste, Jonathan Bernier, du Journal de Trois-Rivières, m’accompagnait en vélo.


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