Rigoberto Diaz
AFP

Cuba: les touristes affluent... et sont déçus

Cuba: les touristes affluent... et sont déçus

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Rigoberto Diaz

Ils sont en vacances, mais contrariés. De nombreux touristes venus admirer les merveilles de La Havane déchantent au moment de découvrir leurs hôtels, payés au prix fort pour des prestations souvent bien en deçà des standards internationaux.

Le premier matin, Jean Orsini a pris sa douche dans une baignoire rouillée puis a failli perdre patience en attendant le dîner. «À l'agence à Marseille, ils nous avaient dit qu'ils nous envoyaient dans le meilleur hôtel. Mais quand vous payez 175 euros la nuit, vous savez que ça ne les vaut pas», peste cet entrepreneur français retraité de 82 ans.

Si l'Espagnole Pilar Esteras est frustrée face à la nonchalance de certains serveurs, la Colombienne Maria Teresa Gutierrez se plaint plutôt de problèmes d'eau et de la propreté toute relative d'une chambre facturée 253 dollars la nuit.

Pourtant, ces trois touristes ont pris soin de réserver dans des quatre et cinq étoiles, dont beaucoup dans la capitale sont gérés par des groupes étrangers tels qu'Accor (France), Melia, Iberostar (Espagne) ou Blue diamond (Canada).

Un total de 17 chaînes hôtelières gèrent les deux tiers des hôtels cubains, mais elles n'ont la main ni sur l'entretien des infrastructures, ni sur un personnel mal formé et payé au lance-pierre dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas 30 dollars.

M. Orsini dit avoir «la même impression» que lorsqu'il s'est rendu en Union soviétique dans les années 1960. «On mettait trois heures pour manger (...) Comme c'était des restaurants d'État ils n'en avaient rien à faire.»

«Spéculation excessive»

Jamais Cuba n'a accueilli autant de touristes. Dans la foulée du dégel cubano-américain, ils ont dépassé en 2016 la barre des quatre millions, provoquant une inflation soudaine dans les hôtels et restaurants d'Etat.

Dans un célèbre quatre étoiles de la vieille ville, la chambre simple est passée de 110 à 285 dollars en moins de deux ans, à la faveur d'un taux de remplissage record qui pèse à la fois sur le personnel et les installations.

«Le rapport qualité-prix» de Cuba génère «beaucoup de plaintes», concède sous couvert d'anonymat un dirigeant hôtelier européen à La Havane. Il suffit de quelques clics pour constater le dépit de nombreux vacanciers sur les sites de conseils et avis touristiques.

«Les chambres d'un quatre étoiles à La Havane sont équivalents à un petit trois étoiles parisien (...) C'est plus cher qu'à Paris», relève Stéphane Ferrux, agent de voyage français installé à Cuba, regrettant une «spéculation excessive» des autorités.

Le ministère du Tourisme et l'armée, seuls propriétaires des hôtels, ont conscience de ces dysfonctionnements qui pourraient mettre à mal la première source de revenus du pays (2,8 milliards USD en 2015). Car plusieurs destinations caribéennes (Mexique, République dominicaine) affichent une offre bien plus conforme aux exigences des clients occidentaux.

En début d'année, la vice-ministre du Tourisme Mayra Alvarez a promis de «travailler pour améliorer l'infrastructure hôtelière, élever les standards des installations et fournir toutes les assurances et la force de travail nécessaire et formée», sans mentionner de mesures concrètes.

La solution: hôtels tout compris ou«casas particulares»

Epargnés par cette frénésie tarifaire, les hôtels tout compris des zones balnéaires proposent encore des prix compétitifs, notamment à partir du Canada. Une semaine vol compris à Cayo Coco se négocie encore parfois à moins de 1000 dollars. Les Canadiens demeurent d'ailleurs les plus nombreux à visiter Cuba.

Pour les moins fortunés, reste l'option des «casas particulares», logements chez l'habitant qui proposent des tarifs bien inférieurs aux hôtels - 30 dollars par nuit en moyenne.

Autorisées depuis 1997, les «casas» comptent aujourd'hui 16 000 chambres, sur un total de 70 000 dans le pays.

Massimo Caroppo, Italien de 57 ans et inconditionnel de Cuba, ne jure plus que par le logement chez l'habitant. Il en apprécie le prix, la propreté, le service et le contact humain.

Ici, «tout me satisfait», explique-t-il à l'AFP. Sa logeuse, Marisela Dominguez, a abandonné son travail de professeure pour se consacrer à cette activité, l'une des plus florissantes de l'île.

Pour les plus exigeants, plusieurs «casas» de luxe ont ouvert dans de somptueuses demeures coloniales refaites à neuf. Et leurs carnets de réservation se remplissent sans mal malgré des tarifs dépassant parfois 500 dollars la nuit.



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