Laurent Thomet
AFP

La Havane: pas d'alcool ni de musique pour les touristes

La Havane: pas d'alcool ni de musique pour les touristes

Les cendres de Fidel Castro parcourront le pays pendant quatre jours. On voit ici la procession qui traverse La Havane, le 30 novembre 2016. Photo AFP

Laurent Thomet

L'écrivain américain Ernest Hemingway, lorsqu'il était en goguette dans les bars de La Havane, sirotait son mojito à la Bodeguita et son daïquiri au Floridita. Ces jours-ci, les touristes auront du mal à l'imiter: la vente d'alcool est interdite pendant que Cuba dit adieu à Fidel Castro.

Le Floridita, situé dans le centre historique de La Havane, a tout simplement fermé ses portes. Même cause, mêmes effets au dîner-spectacle El Guajirito: la scène est désespérément vide, le rideau baissé.

Les neuf jours de deuil national s'accompagnent d'une interdiction de vente des boissons alcoolisées et la musique, d'ordinaire omniprésente dans les rues de La Havane, est aux abonnés absents. Les cabarets et discothèques sont fermés.

Alors, même si certains restaurants contournent cette prohibition temporaire, les touristes étrangers venus goûter au rhum et au son cubains font contre mauvaise fortune bon coeur.

À l'image de ce couple d'Espagnols installés au Bilbao, un bar du centre historique. Dans leurs verres, la limonade a remplacé le rhum. «Comme touristes, on aimerait bien boire une bière, mais on comprend», explique Vicente Pavon, un Madrilène de 28 ans.

«C'est un moment historique dont on se souviendra. Dans quelques années, on pourra dire qu'on était» à Cuba au moment du décès du père de la Révolution cubaine, ajoute Vicente, qui se serait quand même bien vu descendre un daïquiri au Floridita, sous le regard de la statue en bronze d'Ernest Hemingway.

Et c'est bien le caractère proprement historique que de nombreux touristes veulent retenir de leur séjour. Adulé ou honni, Fidel Castro, mort vendredi à 90 ans, était l'un des derniers géants du 20e siècle.

«C'aurait été différent (sans son décès). C'est clairement un événement énorme», relève Amanda Lecuyer. L'esthéticienne de 29 ans originaire de Toronto a trouvé porte close à la Bodeguita del Medio, l'autre antre d'Hemingway, avec le Floridita.

Preuve de la ferveur du recueillement: avant de venir à La Havane, Amanda et une amie écoutaient Justin Bieber à la piscine d'un hôtel de la station balnéaire de Varadero... jusqu'au moment où le personnel est venu leur demander «de baisser» leur stéréo.

Les menaces de Trump

Pour les Américains, l'expérience cubaine est un peu différente. Malgré le dégel des relations entre Washington et La Havane amorcé il y a près de deux ans, ils ne peuvent toujours pas venir en simples touristes en raison de l'embargo en place depuis 1962. À  l'exception des visites familiales, seuls les voyages à finalité éducative, religieuse, sportive ou artistique sont autorisés par Washington.

Ceux d'entre eux venus étudier la musique cubaine doivent se contenter d'écouter des conférences données par les musiciens, et non les rythmes de salsa qui ont fait la renommée de Cuba.

JuTina Singletary, 55 ans, venue de Louisiane, est allée faire un tour sur la place de la Révolution où des centaines de milliers de Cubains défilaient face aux portraits de Fidel, exposés dans le mémorial du héros de l'indépendance José Marti.

«Je peux toujours revenir pour la musique, mais jamais revivre cette expérience», dit-elle.

Le président américain Barack Obama a abaissé les barrières bureaucratiques, rendant les voyages de ses compatriotes à Cuba un peu plus simples. Et le nombre de touristes américains qui se sont rendus sur l'île a explosé. Ils ont été près de 137 000 au cours du premier semestre, soit 80 % de plus que l'année dernière sur la même période, selon des chiffres fournis par le gouvernement cubain.

Mais certains sont déjà inquiets que le président américain élu Donald Trump mette ses menaces à exécution une fois à la Maison Blanche en janvier. Il a menacé de faire machine arrière sur l'avancée diplomatique majeure de son prédécesseur si La Havane n'offrait pas plus de contreparties sur les droits de l'Homme ou l'économie de marché.

«Ce qu'Obama a établi avec le peuple cubain est précieux et doit se poursuivre», lâche Brian Weaver, un touriste américain quadragénaire originaire de l'Ohio, dans le nord des États-Unis.



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