Javier Tovar
AFP

Rio de Janeiro va-t-elle se transformer?

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Javier Tovar

RIO DE JANEIRO - Les chantiers olympiques ont secoué de sa torpeur tropicale Rio de Janeiro, qui se rêve en nouvelle Barcelone revitalisée après ses JO qui débutent dans six mois.

Mais la récession économique et les vieux démons de Rio tempèrent l'ambition des autorités locales de rivaliser avec le modèle de la capitale catalane, qui a connu un formidable essor après sa modernisation pour les Jeux Olympiques de 1992.

Après avoir subi des années l'enfer d'assourdissants travaux, routes déviées et embouteillages monstres, les Cariocas - nom donné aux habitants de Rio - commencent à voir émerger de la poussière les fruits de leur patience.

La zone portuaire, berceau moribond de Rio qui vient de célébrer ses 450 ans, est en pleine renaissance.

La hideuse rocade suspendue qui longeait les quais vers l'aéroport a été rasée au profit d'un tunnel en travaux, faisant ressurgir les façades de bâtiments historiques oubliés.

Fraîchement inauguré, le Musée du futur de l'architecte espagnol Santiago Calatrava ne désemplit pas.

Ce blanc vaisseau futuriste semble défier les imposants navires de croisière amarrés à quelques pas, d'où les touristes pourront bientôt rejoindre le centre-ville et l'aéroport domestique Santos Dumont voisins à bord d'un tramway moderne.

Un consortium asiatique se charge d'agrandir et dépoussiérer l'aéroport international Antonio Carlos Jobim d'aspect plutôt provincial actuellement.

La capacité hôtelière de Rio, chroniquement sous-dimensionnée, aura doublé après les JO.

La deuxième plus grande ville du Brésil n'avait pas connu de tels bouleversements depuis qu'elle a perdu son rang de capitale en 1960, avant de sombrer doucement dans une mélancolique décadence.

«Nous battrons Barcelone à plate couture», fanfaronnait en 2015 son maire Eduardo Paes.

«Problèmes structurels»

C'est passer un peu vite sur l'échec cuisant de la dépollution de la spectaculaire baie de Guanabara, où se disputeront les épreuves olympiques de voile.

Des rivières d'immondices s'y déversent d'une grande partie des égouts de cette ville de 6,5 millions d'habitants.

Un tiers des Cariocas s'entassent dans des favelas misérables et insalubres où la guerre entre trafiquants de drogue et une police expéditive se solde chaque année par des centaines de victimes.

Les hôpitaux et universités publiques survivent dans une grande précarité. Les malades patientent parfois des mois - quand ils ne meurent pas - pour décrocher un simple rendez-vous ou une date d'opération.

«Les autorités brésiliennes ont tendance à croire que les grands événements à eux seuls vont résoudre les problèmes structurels», souligne Pedro Trengrouse, professeur universitaire de droit sportif à Rio.

Dans cette Rio «Purgatoire de la beauté et du chaos», selon la formule de la rockeuse carioca Fernanda Abreu, la récession commence à se faire sentir tandis que les prix continuent de flamber.

L'État de Rio taille dans les budgets des secteurs publics de base pour compenser la chute des recettes pétrolières qui pèsent pour 30 % dans son enveloppe.

Le bâtiment est en crise mais les chantiers olympiques ont freiné la poussée du chômage. Bientôt, leurs 30 000 ouvriers risquent de se retrouver à la rue.

Pas d'éléphants blancs?

Quand la flamme olympique s'éteindra le 21 août, Rio comptera sur un système de transports publics rénové, capable d'absorber les déplacements de 66 % de la population contre à peine 33 % auparavant.

Ce sera «le principal héritage des Jeux», résume pour l'AFP le sous-secrétaire aux Transports de la ville, Bernardo Carvalho.

La nouvelle ligne 4 du métro, de 16 km, reliera en 13 minutes le sud touristique au quartier moderne de Barra da Tijuca, contre deux heures et demie d'enfer en voiture aux heures de pointe.

Elle sera connectée à 116 km de nouvelles voies exclusives de bus rapides traversant les vastes et peuplées périphéries nord et ouest jusqu'à l'aéroport international.

Le maire jure que les installations sportives ne deviendront pas des «éléphants blancs» comme certains stades ruineux et désormais inutiles du Mondial 2014 de football.

Le stade provisoire de handball sera ainsi reconverti en quatre écoles publiques et les deux gymnases en collège sportif expérimental et centre d'entraînement de haut niveau.

Les enceintes olympiques du quartier populaire de Deodoro deviendront un grand parc public de loisirs.

«L'exemple de Barcelone 1992 a influencé et continue d'influencer beaucoup les JO de Rio», souligne Emilio Fernandez Pena, directeur du Centre d'études olympiques de l'Université Autonome de Barcelone.

Barcelone avait consacré plus de 80 % de son budget olympique à l'amélioration de la ville. Le nombre de touristes y a bondi de 1,7 million en 1991 à près de 8 millions en 2014.

Rio a investi en comparaison 64 % de son budget olympique (environ 10 milliards de dollars) à l'héritage post-olympiades.

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