Écrasements: Malaysia Airlines au bord du précipice

Écrasements: Malaysia Airlines au bord du précipice

Malaysia Airlines perd «d'un à deux millions de dollars US par jour». Photo Mohd Rasfan / AFP

KUALA LUMPUR - Toute compagnie aérienne serait mal en point après avoir perdu un avion de ligne rempli de passagers, surtout si elle était déjà nettement déficitaire. Avec la perte d'un deuxième appareil, quelques mois plus tard, Malaysia Airlines est au bord du précipice.

Les experts soulignent la gravité de la situation financière de la compagnie malaisienne, tout en rappelant que d'autres transporteurs aériens, comme Korean Air ou l'indonésienne Garuda, un temps au bord de la faillite, sont parvenus à reprendre de la hauteur.

Malaysia Airlines (MAS) nécessite une intervention immédiate de la part du fonds d'investissement public qui détient 69% de son capital, et une restructuration en profondeur si elle veut survivre à la double tragédie du MH370 et du MH17, selon les analystes.

La compagnie souffrait déjà de réservations en recul et de pertes grandissantes depuis des années lorsque le vol MH370, avec 239 personnes à bord, a mystérieusement disparu entre Kuala Lumpur et Pékin le 8 mars.

Le crash du MH17, le 17 juillet dans l'est de l'Ukraine, et la mort des 298 personnes à bord ont rendu la situation encore plus cauchemardesque.

«Pour Malaysia Airlines, la dure réalité est qu'après le MH17, si le gouvernement ne propose pas très vite un plan stratégique, chaque jour qui passe contribuera à son auto-destruction et finalement à sa mort», déclare à l'AFP Shukor Yusof, analyste au cabinet de consultants Endau Analytics.

MAS perd «d'un à deux millions de dollars US par jour» et sa trésorerie lui permet de «rester à flot six mois», estime-t-il.

Réservations en chute

La catastrophe du MH17 n'avait rien à voir avec la compagnie malaisienne: le Boeing a été abattu par un missile, tiré selon les Américains depuis la zone contrôlée par les rebelles séparatistes pro-russes en Ukraine. Mais les analystes ne s'attendent pas moins à une nouvelle chute des réservations, comme cela avait été le cas après la disparition du MH370.

«La perception est une donnée clé dans le secteur du transport aérien», explique Jonathan Galaviz, de Global Market Advisors, un cabinet spécialisé dans le tourisme. «Et malheureusement pour Malaysia Airlines, les clients potentiels à l'international vont lier son nom à des tragédies» aériennes.

Certains analystes prévoient que Khazanah Nasional, le fonds d'investissement de l'Etat malaisien, qui détient 69% de la compagnie, va retirer MAS de la Bourse et mettre en place de strictes mesures de réduction des coûts et autres réformes.

Gestion médiocre, interférence du gouvernement, effectifs pléthoriques et syndicats refusant tout changement sont les maux qui accablent la compagnie depuis plusieurs années, estiment unanimement les experts.

MAS a perdu 4,1 milliards de ringgits au total (1,39 milliards $) de 2011 à 2013. Et 443 millions de ringgits supplémentaires sur le premier trimestre 2014, à cause selon elle de «la chute vertiginieuse» des réservations après l'affaire du MH370.

Khazanah Nasional n'a pas souhaité donner de détails sur sa stratégie pour l'avenir de Malaysia Airlines.

Une tâche titanesque

D'autres compagnies sont parvenues à renaître de leurs cendres, notent les analystes.

Dans les années 90 et au début des années 2000, l'indonésienne Garuda ployait sous un lourd endettement et pâtissait d'une réputation exécrable en matière de sécurité. Un de ses avions s'est écrasé sur Sumatra en 1997, tuant les 234 personnes à bord, accident aérien le plus meurtrier de l'histoire de l'Indonésie.

Un ancien banquier, Emirsyah Satar, est alors nommé à la tête de la compagnie avec pour mission de la redresser. Opération réussie. En 2010, Garuda est distinguée par le cabinet spécialisé londonien Skytrax comme étant la compagnie s'étant le plus améliorée.

Korean Air a elle aussi traversé une passe très difficile dans les années 1980 et 1990 après plusieurs accidents qui ont fait au total plus de 700 morts. Sous la conduite vigoureuse de David Greenberg, un ancien dirigeant de Delta Air Lines, elle change du tout au tout ses pratiques opérationnelles et de sécurité. Elle est aujourd'hui une des compagnies les plus respectées.

Le gouvernement malaisien et Khazanah font face à «une tâche titanesque» mais peuvent beaucoup apprendre des transporteurs qui ont fait appel à «des professionnels du secteur, indépendants et expérimentés, dotés de compétences et de savoir-faire», souligne l'analyste Shukor Yusof.

Malaysia Airlines est actuellement synonyme de «catastrophes aériennes, mauvaise gestion, manque de discipline et autres facteurs négatifs», ajoute-t-il.

Et rétablir la compagnie est également crucial pour doper le tourisme en Malaisie, un secteur que le gouvernement veut développer. MAS est en effet un vecteur clé pour amener dans le pays les touristes étrangers.


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