Cartes postales d'Asie

Cartes

 

Propos recueillis par Sarah Bergeron-Ouellet

Dernière mise à jour: 24-05-2007 | 10h01

En 2001, Marie-Julie Gagnon quitte le tourbillon de sa vie montréalaise et un job de reporter et chroniqueuse télé pour réaliser un de ses rêves: aller vivre à l’étranger.

Après quelques semaines de vacances au Japon, en Thaïlande et à Singapour, elle se retrouve à Taïwan, où elle enseigne l’anglais à des adolescents pendant dix mois et où elle signe des reportages pour la presse écrite, Internet et la télévision.

Six ans plus tard, Marie-Julie Gagnon nous offre son périple en Asie sous forme d’instantanés de voyage. Elle vient de lancer Cartes postales d’Asie, un livre rédigé à partir des courriels qu’elle envoyait à ses proches pendant son année au loin.

Le résultat? Un récit inspirant, débordant de vie et d’anecdotes savoureuses, qui ne laisse pas de côté l’introspection, mais qui fait la part belle à l'aspect rocambolesque du voyage. Une véritable bouffée d’air qui donne envie de larguer les amarres!

Canoë a rencontré la journaliste, auteure et globe-trotter Marie-Julie Gagnon et vous livre ses propos en version «cartes postales»!

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L’envie de voir du pays
«L’envie de voyager, elle vient beaucoup de mon enfance. J’écoutais beaucoup d’émissions de télé comme les Citées d’or et ça me fascinait! Je viens de Saint-Félicien, une petite ville du Lac-Saint-Jean, et j’aimais la télévision parce qu’elle me montrait qu’il y avait d’autres univers.

«Quand j’étais enfant, venir à Montréal c’était une grosse affaire pour moi! Mais je ne venais jamais parce que mes parents n’aimaient pas ça. Une curiosité est donc née de la sédentarité de mes parents, si on veut.

«Puis, au secondaire, certains professeurs m’ont fait rêver de voyage. Il y a aussi eu la lecture. J’aimais lire des histoires qui se passaient un peu partout. Tout ce qui m’ouvrait les yeux sur l’extérieur me fascinait, m’intriguait.»

Le déclic
«Entre 19 et 26 ans, j’ai travaillé énormément. C’était mon but, je voulais me bâtir une carrière en communications.

«À 25 ans, je suis partie à Vancouver pour étudier l’anglais de façon intensive. Là-bas, j’allais à l’école avec des gens de partout dans le monde. Je regardais autour de moi: il y avait des Mexicains, des Japonais… et j’ai eu un gros déclic. Je me suis dit qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que j’attends, pourquoi je n’y vais pas, moi, voir ailleurs?

«À partir de ce moment-là, ça a été clair que j’allais voyager et partir pour longtemps. C’était clair que j’allais partir au moins un an.

«À 26 ans, j’ai décidé de le faire!»

Taïwan et le choc mandarin
«C’est vraiment une série de hasards qui m’a amenée à Taïwan. Et je ne pensais pas que la culture y était si "chinoise" que ça! Entendre tout le temps parler mandarin, c’était étrange!

«On croit que les gens parlent anglais partout alors que ce n’est pas vrai. Quand je m’approchais des gens, là-bas, ils se sauvaient parce que je parlais anglais et qu’ils ne comprenaient pas!»

Marie-Julie superstar
«Ce qui est vraiment traumatisant - le plus gros choc culturel - c’est le regard porté sur soi. Ce n’est pas toi par rapport aux autres, c’est comment les autres te voient. Tu deviens une superstar! Tu es la personne que tout le monde pointe et tout le monde t’épie. C’est vraiment un choc parce que tu ne peux rien y faire. Je le raconte dans mon livre: si tu vas acheter ton papier hygiénique, eh bien! c’est certain que tout le monde te regarde l’acheter!

«Le pire, c’est qu’à un certain moment, tu en viens à te sentir chez toi. Mais soudainement il y a quelqu’un qui passe un commentaire ou bien tu croises un regard qui te scrute. Il y a toujours quelque chose pour te rappeler que tu n’es pas chez toi.»

Douce solitude
«Ce que j’ai aimé? J’ai aimé plein de choses pour des raisons différentes mais je répondrais l’apprivoisement de la solitude. C’est étrange, non?

«Il y a une bulle dans laquelle je me sentais très bien en voyage. À un certain moment, je me suis réfugiée dans une espèce de solitude très paisible, très douce et très précieuse. Ça m’a fait beaucoup de bien, même si je rencontrais tout de même des tas de gens.»

Citoyenne du monde?
«Citoyen du monde, ça ne se peut pas, tu ne peux pas oublier complètement qui tu es!

«En voyage, tu rencontres beaucoup de gens qui se trouvent très hot parce qu’ils voyagent et qui se disent "citoyens du monde". Il y a un snobisme autour de ça, surtout chez certains backpackers. Je trouve que plus les gens voyagent rough, plus ils se prennent au sérieux. Comme s’il fallait absolument que tu loges dans un hôtel avec beaucoup de coquerelles pour vraiment dire que tu es allé quelque part!

«Ce côté-là me fait rire. Peut-être que tu n’as qu’un tout petit sac à dos et beaucoup de vécu, mais tu n’es pas moins un touriste que celui qui choisit un forfait tout inclus cinq étoiles! Certaines personnes manquent d’humilité. Je trouve qu’on se prend beaucoup trop au sérieux parfois.»

«En bout de ligne, je pense que le voyage le plus intéressant, c’est celui que tu fais en dedans de toi.»

Écrire ses aventures
«Le livre ça part un peu d’une frustration. Je trouve ça dommage qu’on ne publie pas plus de récits de voyage au Québec.

«Moi, j’aurais aimé ça lire un livre comme Cartes postales d’Asie avant de partir. C’est le genre de chose qui m’aurait donné le coup de pied qu’il fallait, qui m’aurait fait voir que ça se pouvait. Même si tu n’as pas beaucoup d’expérience de voyage, il y a toujours une solution.

«Ce qui est merveilleux en voyage, c’est justement que tu découvres qu’il n’y a rien d’impossible. C’est cliché, mais c’est vrai. Il y a toujours une solution qui se pointe au moment où tu ne t’y attends pas. Ça te redonne une grosse confiance en toi de voyager, parce que tu te rends compte que tu as des capacités et des ressources en toi.»

«Tout ce côté-là, il me semble que j’aurais aimé le lire. C’est pour ça que j’ai tenu à ce que ce livre paraisse.

«Et je trouve qu’il rejoint des gens qui, un peu comme moi, ont un mélange d’influences. Moi, je vais lire autant le Courrier international que le 7 jours! J’assume très bien ces différentes facettes, et c’est un peu ça qu’on retrouve dans mon livre.»

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  • Vous aimeriez en savoir plus sur Cartes postales d'Asie et sur son auteure? Rendez-vous au www.cartespostalesdasie.com.

  • Marie-Julie Gagnon a également publié Embarquement immédiat, pistes et ressources pour les jeunes voyageurs de 18 à 35 ans en 2004, chez Stanké.


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