Nicolas Fréret
Agence QMI

Faire autrement

Faire autrement

L’une des cases écolos au coeur du jardin tropical des Bananes vertes, à Saint-Claude. Photo Nicolas Fréret / Agence QMI

Nicolas Fréret

Sports nature

Éric Barret et Laurence Vaillot, de l'organisme Vert intense, «vendent des sports nature» en Basse-Terre depuis plus de 20 ans. Lorsqu'on parle d'écotourisme là-bas, leur nom revient souvent. Ils emmènent entre autres leurs clients randonner ou faire du canyoning dans la forêt tropicale, et estiment «qu'il n'y a pas le choix d'être respectueux d'un environnement pareil». Il faut reconnaître que l'on en prend plein la vue.

«On a assisté à un retour des gens vers des choses plus simples et une volonté d'être plus proche de la nature et des Guadeloupéens, raconte Éric, très attaché à son cadre de vie. On jouit d'un cadre naturel époustouflant, on est dans une réserve mondiale de la biosphère et dans le parc national de la Guadeloupe. Disons que c'est propice pour conscientiser les gens à l'importance de le préserver. Après, on n'est pas non plus des philanthropes, Vert intense est une entreprise, on est là pour travailler et faire de l'argent, mais il faut savoir être raisonnable et faire en sorte que notre impact sur cet environnement soit minimal.»

C'est aussi l'avis d'Hervé Hulin, chef de base aux Heures saines, l'un des clubs de plongée de la plage de Malendure, en face de la Réserve Cousteau, à Bouillante. «On n'a pas le choix de respecter le milieu marin si l'on veut encore plonger dans 20 ans», m'a-t-il dit, en reconnaissant qu'il y avait une contradiction entre son propos et le fait d'utiliser des bateaux à moteur thermique.

«Il y a des gestes qui peuvent faire la différence et limiter l'impact sur la réserve, comme ne pas jeter l'ancre, ne pas toucher les coraux et ne pas plonger avec de grandes palmes de chasse.»
Précurseurs en matière de tourisme durable dans leur coin de pays, Éric et Laurence ont ajouté une corde à leur arc écolo en développant une offre d'hébergement au pied de la Soufrière, les Bananes vertes, des écolodges construites au cœur d'un jardin tropical.

«Nos cabanes sont en bois et sont conçues pour résister à l'arrachement et aux cyclones, m'a expliqué Laurence. Elles ont été montées sur des pieux - un système développé d'ailleurs par le Québécois Martin Laberge de Techno Pieux FWI - pour ne pas dégrader le terrain et ne pas avoir recours à du béton. On récupère l'eau de pluie qui est filtrée plusieurs fois et qui est chauffée grâce à des panneaux solaires. On a aussi privilégié des ampoules basse consommation pour limiter l'utilisation de l'électricité. On peut cuisiner sur des petites plaques au gaz et nous proposons à nos clients uniquement des produits locaux, comme le café et les confitures.» L'endroit est zen, bucolique et inspirant. Et ma case était franchement confortable.

Hébergement écolo

Martine et André sont arrivés de la métropole française il y a une éternité. Écolos dans l'âme - voire baba cool -, ils se sont installés sur les hauteurs de Bouillante, quasiment dans la forêt tropicale, où ils ont développé les gîtes Tigligli (le gligli est un faucon crécerelle des Antilles), dans une version plus minimaliste que les Bananes vertes. On se contente du minimum ici, mais je vous conseille d'expérimenter les deux approches.

«Tout ce que tu vois là, je l'ai fait avec mes mains», lance fièrement André, en me montrant les cases créoles en bois qu'il a construites pour accueillir des vacanciers en mal de nature. «J'ai repris l'architecture créole, avec des aires ouvertes. Pas besoin de clim, la ventilation est naturelle. Si le vent entre, faut qu'il sorte, c'est pour ça que les murs ne vont pas jusqu'en haut. Et le toit, c'est de la taule. La nuit, tu entends tous les bruits de la nature. Quand il pleut, c'est formidable !»

«Dédé», qui veut préserver la nature pour ses enfants et ses petits-enfants, considère qu'il faut profiter du séjour des touristes chez lui pour les conscientiser, pour qu'ils se rendent compte que ça marche de vivre écolo, que ce soit en utilisant l'énergie solaire, en recyclant de l'eau et les déchets, ou en achetant local. Il arrive qu'il y ait des coupures d'eau, m'a-t-il conté. «Dans ces cas-là, on distribue de l'eau au compte goûte à nos clients, le strict minimum pour qu'ils réalisent ce qu'ils seraient capables d'économiser s'ils faisaient attention plutôt que de faire couler l'eau de la douche pendant des heures. Et puis, comme tu peux voir, on a des poules qui nettoient le terrain et tous les résidus organiques, et on n'a pas besoin de tondre l'herbe grâce à nos petits cabris.»

Ancien moniteur de plongée, André se consacre désormais entièrement Tigligli, tandis que Martine, éducatrice sportive, fait voir du pays à leurs pensionnaires.

«L'écotourisme, c'est simple, ça veut dire être proche de la nature, et pour être proche, il faut la connaître», m'explique avec passion cette «grano» dont l'un des dadas est de pousser la logique du retour à la terre à son paroxysme. «Alors, je fais des petits groupes et je leur fais vivre une expérience à laquelle ils ne sont pas habitués. Je leur apprends par exemple à se débrouiller avec ce que l'on trouve dans la forêt ou en bord de mer. En bivouac, je ne prends ni assiette, ni ustensiles, on fait avec ce qu'on trouve autour de nous. C'est une éducation», insiste-t-elle.

«Je propose notamment une formule sur huit jours, où on part du col des Mamelles, près d'ici, vers la plage des Amandiers, à Sainte-Rose, à la pointe nord de la Basse-Terre, poursuit Martine. Je vais montrer aux gens comment se débrouiller avec une flaque d'eau pour se laver au petit matin, je vais leur faire manger des racines et même goûter les termites. À mi-parcours, on revient à Tigligli pour dormir dans un vrai lit et faire un festin sous le carbet. C'est bon pour le moral.»

Les clients sont parfois surpris par le manque de «luxe», m'a-t-elle confié en levant les yeux au ciel. «Ils sont tellement habitués au confort. Tu sais, ce que l'on propose ici, ça désoriente certains. Parfois, au bout de 48h, ils n'en peuvent plus.»

En vérité, lorsqu'on est chez Martine et André, on est comme chez nous. On se sent presque comme un membre de la famille. Le partage y est une valeur fondamentale, comme le soir de mon arrivée, où je n'ai pas eu le choix de venir trinquer et de rester souper. Alors on a trinqué, à nous, à la nature, à la Guadeloupe, avec un concert de grenouilles tropicales en toile de fond.



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos