Daniel Bosque
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Barcelone, mecque du tourisme aux profondes inégalités

Espagne - Barcelone, mecque du tourisme aux profondes inégalités

Barcelone.Photo Fotolia

Daniel Bosque

BARCELONE - Les touristes ne vont pas à Ciudad Meridiana. Le quartier le plus pauvre de Barcelone construit à flanc de colline, loin des plages et du centre-ville attirant 27 millions de visiteurs chaque année, est la face cachée expliquant en partie l'arrivée d'une «indignée» aux commandes de la ville.

Célèbre dans le monde pour son architecture moderniste, son dynamisme économique et sa scène culturelle, ce port de 1,6 million d'habitants a aussi son histoire sombre avec près de 100 000 chômeurs et 30% de sa population risquant de tomber dans la pauvreté ou l'exclusion.

«Barcelone peut donner l'impression d'avancer à vitesse de croisière, d'être dynamique, attirante, mais cette image ne colle pas au conflit social latent dans nombre de ses quartiers», témoigne le président de l'association des habitants de la ville, Lluis Rabell.

à Ciudad Meridina, 10 000 habitants, le revenu moyen représente d'ailleurs à peine 37,5% de la moyenne de la ville.

«Ca va un peu mieux maintenant mais il y a deux ans ça allait très mal. Les gens perdaient leur travail, leurs logements, il y avait des problèmes d'alcool et de drogue chez les jeunes, de l'insécurité...», confie Fernando Velazquez, chômeur originaire du Honduras âgé de 42 ans.

La profonde crise traversée par l'Espagne a frappé avec une force particulière les habitants de ce quartier, surnommé «Villa Expulsion» en raison de la fréquence des expulsions de propriétaires ou locataires dans l'incapacité de payer traites ou loyers.

«Pendant des années, on a oublié les quartiers de la périphérie, l'important c'était que le centre ville soit assez joli pour la carte postale», accuse un autre habitant, José Buendia, âgé de 47 ans. 

Face aux blocs de béton construits rapidement en 1960 pour accueillir les migrants des campagnes, le centre-ville arbore de majestueux immeubles et des hôtels particuliers se nichent dans la partie haute. 

Ces contrastes, approfondis par la crise, ont porté à la mairie Ada Colau, une «Indignée» rendue célèbre par sa lutte contre les expulsions. Se présentant à la tête d'une plateforme de gauche radicale, soutenue par le jeune parti Podemos, elle a largement remporté les suffrages dans les quartiers ouvriers. 

Elle veut faire de cette ville parfois rebelle, capitale de l'anarchisme au début du 20e siècle, le «fer de lance d'un changement démocratique en Espagne et dans le sud de l'Europe». 

Saturée par le tourisme

Ada Colau n'a pas seulement gagné dans la périphérie. Elle a aussi séduit dans des quartiers du centre comme la Barceloneta, principale plage de Barcelone, qui souffre d'un trop-plein de tourisme qui a fait exploser le coût de la vie et provoqué des conflits alimentés par le bruit et les fêtes alcoolisées.

Attirés notamment par l'oeuvre moderniste d'Antoni Gaudi, dont sa célèbre Sagrada Familia, 27 millions de personnes visitent chaque année cette ville, créant 120 000 emplois et alimentant 12% du PIB municipal.

«Le débat n'est pas de dire "oui ou non" au tourisme mais de se demander comment nous le gérons. Nous faisons face à une bulle qui finira par exploser. Il faut que nous rendions compatible cette activité avec une ville où on puisse vivre", explique Lluis Rabell.

Ada Colau propose de mettre un frein au phénomène avec par exemple un moratoire sur les ouvertures de nouveaux hôtels. Une position qui inquiète la sphère économique, certains craignant que l'on entrave ainsi la croissance de la ville, dotée du deuxième aéroport du pays et du troisième port, et accueillant de nombreux salons internationaux.

«Les grandes entreprises doivent continuer à vouloir que leurs bureaux restent en ville», a dit le président de l'organisation patronale de la région, Joaquin Gay de Montella. 

De grandes entreprises comme le groupe d'infrastructures Abertis, gestionnaire des autoroutes françaises Sanef, ont installé leurs sièges à Barcelone, ainsi que les géants de l'édition Planeta et Penguin Random House. 

«Le principal défi est de savoir lutter contre les inégalités sans tuer la poule aux oeufs d'or», souligne le professeur de l'IESE Business School Lluis Torrens. 

Ada Colau part avec un avantage: les 220 millions d'excédent budgétaire que lui lègue son prédécesseur, le maire nationaliste conservateur Xavier Trias.

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