Pierre Lanfranchi
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Napoléon redécouvert dans sa Corse natale

Corse - Napoléon redécouvert dans sa Corse natale

Des festivités ont lieu en Corse lors de la «semaine Bonaparte».Photo Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Pierre Lanfranchi

AJACCIO, France - Napoléon a toujours été honoré à Ajaccio, sa ville natale, mais deux siècles après sa chute à Waterloo, c'est la Corse entière qui redécouvre le plus illustre de ses fils, notamment pour promouvoir le tourisme.

Deuxième personnage historique mondial dernière le Christ, selon les consultations sur internet, Napoléon jouit d'une véritable ferveur à Ajaccio.

Tout y évoque «l'enfant prodigue de la gloire», selon l'hymne de la Cité impériale, «L'Ajaccienne». Places, rues, cafés et restaurants sont autant d'hommages à Napoléon 1er, qu'à Bonaparte, 1er Consul, au «Petit Caporal» et à sa famille.

Les rues d'Iéna et de Rivoli rappellent ses victoires, comme la place d'Austerlitz, au pied du Casone, l'un des monuments les plus visités. Une statue géante de l'empereur domine la ville au sommet d'une pyramide à degrés sur lesquels sont gravées victoires et oeuvre civile (Université, Code civil, Banque de France, Légion d'honneur, Cour des comptes).

Alors qu'un livre paraît chaque jour dans le monde sur la geste napoléonienne, un historien ajaccien Philippe Perfettini, surfant sur un renouveau d'intérêt, vient de publier un Guide Napoléon - Promenades impériales dans les rues d'Ajaccio.

Un site internet commandé par la ville retraçant les étapes de «Napoléon à Ajaccio» a été présenté par le député-maire UMP, Laurent Marcangeli.

Le coeur battant de ce réseau de la mémoire est la «Maison Bonaparte», dans une ruelle du vieil Ajaccio, unique musée national de Corse. La «Casa Buonaparte» est le lieu le plus fréquenté de Corse, avec 72 000 visiteurs du monde entier en 2014.

«La seule fois qu'un autre musée a été plus visité, ce fut en 2009 au Musée de la Corse, à Corte, pour une grande exposition sur... "Napoléon et la Corse". On y revient toujours!», souligne à l'AFP le conservateur Jean-Marc Olivesi.

M. Olivesi souhaite «agir beaucoup plus avec les scolaires, notamment faire connaître l'histoire de toute la famille Bonaparte». Il a ainsi monté depuis quatre ans avec la ville et le metteur en scène italien Orlando Forioso un spectacle destiné aux collégiens et lycéens.

Tous les historiens s'accordent désormais à reconnaître que, contrairement à une idée reçue, Napoléon fit beaucoup pour la Corse, notamment pour Ajaccio dont il dessina les contours modernes avec une artère centrale devenue le cours... Napoléon.

Indépendantistes derrière Napoléon

Le 200e anniversaire de Waterloo, le 18 juin, est «un peu triste pour les Ajacciens», a déclaré M. Marcangeli en présentant des Rendez-vous napoléoniens (conférences, théâtre, expositions, visites, spectacles de danse et historiques) du 13 au 18 juin.

«Ce regain d'intérêt est incontestable. Il serait relancé par une véritable politique patrimoniale de recherche et de mise en valeur des archives familiales de nombreuses familles corses», observe l'historien corse Raphaël Lahlou, membre du Souvenir napoléonien, société d'études historiques dont le siège est à Paris.

M. Marcangeli a souligné que la ville «veut se doter d'un projet d'envergure autour de Napoléon et de sa famille visant l'excellence et la qualité» avec la mise en valeur des monuments et lieux où ils vécurent, vecteur de développement touristique.

Un nouveau poste d'adjoint à la «protection et mise en valeur du patrimoine napoléonien» a été attribué au secrétaire général du Comité central bonapartiste (CCB), Jean-Pierre Aresu.

Avec sa devise «Tout pour le peuple, par le peuple», rappelant que la méritocratie fut au coeur de l'oeuvre napoléonienne, le CCB, plus ancien parti politique corse, enregistre un renouveau d'adhésions de jeunes insulaires.

«Le changement est énorme et les Corses redécouvrent leur siècle d'or, le XVIIIe, qui fut celui de l'entrée de la France sur la scène européenne grâce à deux grands personnages: Pascal Paoli et Napoléon», souligne M. Olivesi.

«Avant, ajoute-t-il, il fallait être pour ou contre Napoléon et Paoli», le père de l'indépendance de l'île (1755-1769), figure des Lumières au XVIIIe reçue dans les cours européennes et auteur de la première constitution démocratique de l'Histoire moderne qui inspira celle des États-Unis.

Désormais, même les indépendantistes,  longtemps hostiles à l'empereur des Français, mettent en exergue «la puissance de l'attraction de l'épopée impériale», sa trop grande ignorance en Corse et l'atout touristique qu'elle constitue.

Ils déplorent que, partout en Europe, notamment dans l'île d'Elbe voisine où il ne vécut que neuf mois, en exil, Napoléon soit un atout touristique majeur alors que la Corse se limite à des promenades en «petit train» touristique à Ajaccio et à la vente de pacotilles et de tee-shirts «made in China».

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