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Rome: colline de déchets antiques à visiter sur réservation

Italie - Rome: colline de déchets antiques à visiter sur réservation

Selon les fouilles, régulièrement effectuées par l'Académie royale de Madrid et l'Université de Barcelone, près de 90% des amphores découvertes proviennent de la province de Bétique, l'actuelle Andalousie.Photo AFP

Composée des débris de quelque 25 millions d'amphores à huile, la colline du Testaccio, à Rome, haute de près de 50 mètres, est un site archéologique unique, que l'on visite uniquement sur réservation, par crainte notamment des pillards.

Cette immense décharge à ciel ouvert est la «seule colline artificielle composée entièrement de fragments d'amphores antiques de terracotta», explique le professeur Francesco Pacetti à quelques journalistes, à l'ombre d'un arbre.

À la fin des III-IIe siècles avant JC, la République romaine connaît une période de forte expansion, démographique et urbaine.

L'île tibérine, sur le Tibre, devient alors trop petite pour accueillir toutes les denrées alimentaires arrivant à Rome par le fleuve, de l'arrière-pays ou de la mer.

En 193 avant JC, est donc décidée la construction ex nihilo d'un nouveau port de marchandises, l'Emporium, dans l'anse du Tibre, au sud de la colline de l'Aventin.

Aux quais de déchargement des denrées, s'ajoutent de gigantesques magasins de stockage, des entrepôts, des bureaux..

À cette époque, grâce au travail des millions d'esclaves fournis par la politique d'expansion de la République, l'Italie développe une production agricole intensive et fournit toute la Méditerranée en huile, vin et garum (le condiment préféré des Romains).

Une fois le temps des conquêtes terminé, ce qui entraîne un manque de main d'œuvre et une baisse de la production, les échanges commerciaux s'inversent et ce sont les provinces qui approvisionnent désormais l'Urbs.

Un immense marché

Le quartier de Testaccio devient alors un immense marché, où arrivent des denrées de toutes les parties de l'Empire.

Auguste, «dont la sagacité politique était extraordinaire», souligne M. Pacetti, comprend tout de suite la puissance et le prestige que confèrent le contrôle de la nourriture sur la plèbe.

C'est lui qui va instituer la fonction de préfet de l'annone, un fonctionnaire spécialement chargé de l'approvisionnement de Rome, ainsi que les distributions gratuites de blé aux citoyens.
Les amphores contenant l'huile, une fois déchargées, sont transvasées dans de plus petits récipients, afin d'alimenter les commerces de détail de la capitale.

«Une fois vidées, et comme les Romains ne connaissaient pas l'usage des dégraissants, les amphores étaient méthodiquement cassées car elles ne pouvaient être utilisées pour stocker d'autres aliments», explique l'archéologue.

D'où l'empilage, systématique et organisé, de ces millions de tessons, recouverts ensuite de chaux pour éviter les odeurs et le pourrissement.

Selon les fouilles, régulièrement effectuées par l'Académie royale de Madrid et l'Université de Barcelone, près de 90% de ces amphores proviennent de la province de Bétique, l'actuelle Andalousie.

Chaque amphore avait sa carte d'identité écrite à la main (date, poids, contrôles au départ et à l'arrivée, provenance, etc.), un système très proche de la traçabilité actuelle.

Ce dépotoir à ciel ouvert est utilisé jusqu'aux années 270 après JC: le Mont Testaccio - dont le nom provient du latin «testae», qui signifie tessons - «devait être alors encore plus haut et plus étendu qu'aujourd'hui».

Au Moyen Âge, la colline a d'autres usages: de décharge, elle se transforme en carrière - les tessons servent à combler les trous des rues romaines - puis en cave à vin, grâce aux grottes creusées à sa base.

«Elle fait également office de mont Golgotha pour les processions de la Passion de Jésus, ce que commémore la croix à son sommet», explique le professeur Pacetti en la désignant. La colline a également une fonction toute païenne puisqu'elle abrite aussi les jeux du Carnaval...

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le Monte Testaccio est protégé comme site archéologique, avant d'être fermé au public en raison de la fragilité des sols et par crainte des vols.

«Ce n'est pas que la valeur marchande de ces tessons, sur lesquels marchent les visiteurs, soit grande, précise M. Pacetti, mais leur valeur archéologique est fondamentale pour comprendre la dynamique commerciale de l'Empire romain.»

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