Sarah Bergeron-Ouellet
Agence QMI

Irlande: Skellig Michael, l'île mystérieuse

Irlande: les îles Skellig

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Sarah Bergeron-Ouellet

Dernière mise à jour: 06-12-2013 | 04h00

Inhospitalière: c'est un mot qui revient souvent quand on parle de Skellig Michael.

Il faut dire que même sous un soleil de plomb, la petite île irlandaise réussit à dégager quelque chose d'inquiétant. Les escaliers de pierre vertigineux qui mènent à son sommet y sont sans doute pour beaucoup. Surtout que leurs marches, les plus vieilles en tout cas, ont plus de 1400 ans...

Flottant dans l'Atlantique à 12 kilomètres des côtes, Skellig Michael est l'un des sites les plus intrigants à visiter dans la péninsule d'Iveragh.

Son pic le plus élevé se dresse à 218 mètres au-dessus des flots et ses versants sombres, abrupts et sans arbres sont complètement exposés aux éléments.Vues de la côte, à la tombée de la nuit, elle et sa petite sœur Small Skellig ont l'air des mystérieuses pyramides flottant dans la brume.

Pourtant, un jour, quelque part au 6e siècle, des hommes sont montés dans un bateau, ont ramé jusqu'à ses flancs et se sont dit: «C'est ici». Ils s'y sont installés.

Pendant les six siècles qui ont suivi, d'autres hommes leur ont succédé. Au fil des ans, ils ont construit trois escaliers à pic, composés en tout de 2300 marches; 2300 marches taillées à la main dans le grès. Ils ont bâti en hauteur une série d'abris de pierres. Ils ont cultivé les quelques herbes qui voulaient bien pousser et ont bu de l'eau de pluie. Ils ont subi plusieurs fois les raids des Vikings entre le 9e et le 11e siècle et, pendant des centaines d'années, ont affronté, seuls au large, les tempêtes, les ténèbres, les marées et les vents.

Qu'est-ce qui a bien pu les pousser, tous, à se retirer sur cet îlot improbable de l'Atlantique?

La foi.

Car les abris de pierre de Skellig Michael ne sont pas de simples abris de pierre: ils constituent un véritable monastère. Un monastère rudimentaire - il ne faut pas s'attendre à des arches et des tourelles! -, datant probablement des années 500, bâti par des moines des débuts de l'ère chrétienne.

Une question d'inspiration

«Comme les premiers moines du désert d'Égypte, ils cherchaient à venir dans un lieu sauvage, explique Claire O'Halloran, guide sur les îles Skellig. Ils croyaient qu'en menant une vie de prière, d'étude et de travail acharné, ils développeraient un cœur pur et seraient capables d'entendre Dieu.»

Si on sait peu de choses de la vie de ces moines, on sait que du travail acharné, il leur en a fallu pour bâtir les terrasses, murets et huttes de pierre faisant office d'églises, d'oratoires ou d'habitations que l'on peut visiter encore aujourd'hui. Il leur en a fallu aussi pour survivre sur les flancs de l'île rocheuse en chassant les oiseaux ou les phoques pour se nourrir. Leur vie était si extrême que l'on peut se demander s'ils ne venaient pas dans ce bout du monde pour vivre une forme de punition.

«C'était probablement le contraire, croit Claire O'Halloran. Ça devait plutôt être quelque chose de très spécial et ils venaient, dans les premiers temps, par inspiration.»

En Irlande, plusieurs îles ont vu arriver de ces moines en quête de réclusion au début du Moyen Âge. Skellig Michael est un exemple de monastère étonnamment bien conservé. Classé aujourd'hui au patrimoine mondial de l'UNESCO, le site aurait été habité jusqu'au 12e siècle, par quelques dévots à la fois seulement. On croit qu'il a été délaissé à cause du climat, qui s'est endurci à cette époque, et de l'arrivée de monastères plus organisés sur le continent.

Une traversée incertaine

Aujourd'hui comme hier, se rendre à Skellig Michael ne va pas de soi. De petits bateaux emmènent les visiteurs en excursion, mais les départs dépendent entièrement de la météo, plutôt capricieuse dans la belle Irlande. On dit que la traversée peut être très éprouvante certains jours.

Peu importe, c'est une expérience à tenter. Voir s'éloigner les côtes irlandaises et leurs falaises mordues par la mer, distinguer les bords presque tranchants de Skellig Michael au moment de débarquer ou encore contempler Small Skellig, l'île voisine, du haut du monastère a de quoi rendre méditatif. Certainement pas autant qu'un moine du 6e siècle, mais quand même!

Une visite en photos!

 

À SAVOIR

Visiter Skellig Michael (Sceilg Mhichíl, en irlandais):

- Des bateaux partent du petit village de Portmagee en avant-midi, quand la météo le permet, de Pâques jusqu'à l'automne. D'autres partent de Derrynane ou Ballinskelligs.

- Il faut réserver, les places sont limitées. Voir les pubs ou les B&B locaux pour les coordonnées des capitaines, ou encore le centre The Skellig Experience, situé sur l'île de Valentia, juste à côté de Portmagee.

- Le centre The Skellig Experience propose une exposition et un film intéressants sur la vie sur les îles Skellig. On y trouve aussi une boutique de souvenirs. www.skelligexperience.com

- L'excursion de Portmagee dure autour de 4h, dont 2h30 à terre. En route, les bateaux passent devant Small Skellig (photo ci-haut), qui abrite la deuxième plus grande colonie de fous de Bassan du monde (après celle de l'île Bonaventure en Gaspésie), et devant un phare des années 1820 construit à l'un des pieds de Skellig Michael.

- Le coût de l'excursion sur l'île est d'environ 50 euros par personne.

- Plusieurs dizaines de visiteurs débarquent sur l'île en même temps

- Il faut savoir que le grand escalier (600 marches) accessible au public peut être très glissant, qu'il n'y ni rampes, ni bancs, ni toilettes ou autre commodité sur l'île.

- Skellig Michael est situé au sud-ouest de l'Irlande, au large du Ring of Kerry, une route panoramique.



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