Visite guidée à la découverte des graffitis de Londres

Angleterre - Visite guidée à la découverte des graffitis de Londres

Photo Ben Stansall / AFP

Devant un chantier à l'abandon, des touristes s'enthousiasment: deux visages innocents croqués en noir et blanc égaillent un portail en fer et un tag de Banksy se cache sous des planches, explique le guide de cette visite consacrée aux arts de le rue («street art») à Shoreditch, quartier londonien branché.

Le propriétaire du terrain protège des vandales et des intempéries la précieuse peinture qui représente un rat en train de manger avec une fourchette et un couteau: il compte l'utiliser comme élément de décor dans son futur restaurant, raconte Karim Samuels.
«Si vous avez la chance que votre immeuble soit tagué par Banksy», l'un des graffeurs les plus en vue, «ça augmente sa valeur», poursuit le jeune homme, bonnet enfoncé sur le crâne en cette journée glaciale.

Musée à ciel ouvert frôlant l'illégalité

Pour 14 euros, le directeur de Street Art London, une entreprise de promotion des artistes de rue, conduit touristes et passionnés d'art dans les dédales de Shoreditch à la découverte des graffitis les plus saillants. L'occasion de visiter un musée à ciel ouvert, aux codes secrets et en partie illégal.

«L'art n'est pas seulement dans les musées ou les galeries, l'art est partout. Et cette visite le prouve», se réjouit Felipe Rama, un étudiant brésilien de 20 ans, qui a chaussé des lunettes 3D pour profiter pleinement du portrait acidulé peint sur la façade d'un café par l'Australien Jimmy Cochran.

L'art urbain ne se confine pas à des murs ou des rideaux de fer tagués. Il peut aussi prendre la forme de pochoirs, de mosaïques, de sculptures, comme ce champignon rouge vif perché sur le toit d'un restaurant, ou la forme insolite de chewing-gums peints, invisibles sans le regard affûté du guide.

«Depuis 1998, Ben Wilson a peint entre 8000 et 10 000 "chewing-gum"» piétinés sur le trottoir. «Il a été arrêté, mais la police n'a pas pu le poursuivre. Il n'endommage aucun bien. Les "chewing-gum" sont juste des détritus», constate Karim, dévoilant sous la neige une de ces mini créations.

«Les artistes voient la rue comme un terrain de jeu, et on essaie de montrer la diversité du "street art"», explique-t-il, après avoir raconté la genèse de l'oiseau géant peint sur toute la hauteur d'un immeuble et révélé des figurines miniatures dansantes au pied d'un mur, œuvre du Mexicain Pablo Delgado.

«Là où il y a une volonté, il y a un chemin», affirme-t-il, résumant l'état d'esprit des artistes de rue toujours à la conquête de nouveaux territoires.

Des graffitis sont détruits par la municipalité, d'autres sont endommagés par des artistes jaloux ou en manque d'espace, certains disparaissent au gré des nouvelles constructions et quelques-uns, plus rares, sont commandés par des propriétaires d'immeubles.

Un art éphémère

«La rue est une jungle, observe Karim. C'est la guerre en permanence entre les artistes, la police, les annonceurs publicitaires.» Résultat, le tracé du tour, lancé en 2011, change en permanence.
«Il y a l'art destiné à rester et l'éphémère. Vous l'appréciez tant qu'il est là», constate Zac Kerr, touriste australien, face à un visage fascinant gravé sur un mur par le Portugais Vhils.

Londres est devenu, comme New York ou Paris, un passage obligé des graffeurs venus de toute la planète. Tel Christiaan Nagel, un Sud-Africain installé à Londres où il a fait pousser quelques centaines de champignons géants aux couleurs pétillantes.

«J'ai commencé comme artiste traditionnel» avec des expositions dans des galeries. Mais »en tant qu'artiste, je suis par nature exhibitionniste. Je veux que mon œuvre soit vue partout et je pense que la rue est le meilleur vecteur. Et puis je ne suis pas confiné à un espace. La rue est sans limites"», dit-il.

Les visites guidées servent aussi de vitrine aux artistes de rue. Christiaan Nagel a ainsi décroché plusieurs commandes, qui finissent... chez des particuliers.


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