Sarah-Émilie Nault
Canoë

Pondichéry: l'Inde à la française

L'Inde à la française

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Sarah-Émilie Nault

Tôt le matin, à Pondichéry, les femmes balayent doucement l'entrée de leur maison. Les alentours peuvent bien crouler sous les déchets et les sacs de plastique, l'entrée elle, se doit d'être impeccable.

Car ici, chaque jour à l'aurore, elles dessinent sur le sol sans jamais s'asseoir le «kolam» de la journée, un mandala symétrique, éphémère et souvent coloré créé à l'aide de poudre de riz, selon l'inspiration du moment. La façon sud-indienne d'accueillir cette nouvelle journée, de profiter d'un moment privilégié de réflexion et d'inciter la chance à s'infiltrer dans le quotidien.

Le calme de Pondy

À trois heures trente de route de Chennai, au sud-est de l'Inde, la ville de Pondichéry (de son vrai nom Puducherry) mise sur ses relents de charme colonial pour attirer les touristes indiens et étrangers - majoritairement français - gourmands de moments de quiétude. Fondée par les Français en 1674, la ville blanche est parvenue à garder juste assez de touches françaises pour être exotique, apaisante, différente, unique. Pour qui vient tout juste de quitter le tumulte de Chennai ou encore la folie de Delhi, le quartier français du vieux Pondy s'élève au rang d'oasis de tranquillité.

C'est à vélo, tôt le matin, que Pondichéry se laisse le plus calmement parcourir alors que la ville et la chaleur sont encore à demi assoupies. Le Wake Up Pondy Tour proposé par le centre culturel Sita offre de découvrir la ville et son histoire, de l'arrivée des Français jusqu'à leur départ après la guerre de l'Indépendance. Au menu de cette balade sur deux roues: visite de l'église du Sacré-Coeur, incursion dans le quartier musulman, le quartier des pêcheurs et le fameux quartier français, arrêt devant le Lycée français et l'Alliance française (créée en 1886), plongeon dans la folie du marché Goubert au centre de la ville, clin d'oeil au dieu Ganesh au temple Manakula Vinayagar et salutation de la statue d'un Gandhi semblant veiller sur la baie du Bengale.

Au parfait amalgame d'architecture française et tamoule retrouvé un peu partout à travers Pondichéry vient s'ajouter le caractère unique de ces deux villes en une. Car si le vieux Pondy séduit avec ses ruelles pavées, ses cafés, son calme, ses églises et ses jolies boutiques, le centre de la ville reste indien jusqu'au plus profond de son être.

Agité, coloré et exubérant, il insiste pour déstabiliser et secouer à la manière indienne. Du marché du dimanche, où il faut impérativement marchander avec les vendeurs ambulants placés le long de la MG Road, au grand Bazaar, où les locaux font chaque jour le plein de fruits, de légumes, de noix et d'épices, en passant par la promenade sur l'agitée rue de la Cathédrale (Mission Street en anglais), les balades à travers le centre de Pondichéry rappellent, à plus petite échelle, les joyeux caprices de Delhi.

Savourer Pondichéry

Ville artistique, créative et assurément gourmande, Pondichéry interpelle inlassablement - à l'instar de son grand pays - les cinq sens. Les quatre heures consacrées au cours de cuisine imaginé par le centre Sita s'inspirent ainsi de ce que Pondy a de meilleur à offrir: sa cuisine traditionnelle tamoule.

En compagnie de Manisha, le petit groupe d'apprentis cuisiniers passe par différentes étapes: le choix d'un menu composé de plats typiquement sud-indiens, la visite mouvementée au marché Goubert pour la sélection des aliments, l'achat de pièces au fameux marché aux poissons (une expérience en soi!), la préparation, la cuisson et, finalement, la dégustation des plats préparés selon les méthodes traditionnelles dans le joli jardin du centre culturel. Une expérience unique riche en odeurs, en saveurs, en épices, en aliments exotiques et inconnus et en délicieux procédés indiens qui se transforme en véritable festin joliment exposé sur une feuille de palmier et dévoré avec les doigts, comme il se doit.

Entre spiritualité et triste réalité

Les séjours à Pondichéry se composent aussi de repos à l'ombre des arbres surplombant le parc Bharathi et de promenades avec les locaux au bord de la baie de Bengale, au coucher du soleil. Ils comportent aussi cette visite essentielle à l'éléphante Lakshmi qui, chaque jour devant le temple de Sri Manakula Vinayagar, bénit les gens à doux coups de trompe sur leur tête de fidèles. Et puis les moments de méditation - collective ou en solo - dans le jardin silencieux de l'ashram de Sri Aurobindo. Là où, chaque jour, des dizaines de têtes et de corps viennent se poser et se recueillir sur le «samadhi» (tombeau) fleuri de Sri Aurobindo et de la Mère. (Attention aux heures de visites définies pour les étrangers et aux laissez-passer à obtenir à votre hôtel de façon à pouvoir assister aux séances de méditation collective.)

Pondy, c'est aussi un grand Jardin botanique qui pourrait être si beau s'il était entretenu. Un jardin comme la plus triste métaphore de cette ville et de l'Inde tout entière, où l'infiniment beau parvient à peine à survivre sous ce qui semble être la somme de tous les déchets de la Terre. Un jardin où les enfants s'entêtent à faire des pique-niques comme si, soudainement et par magie, les immondices et la pauvreté tout autour d'eux avaient disparu.



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