Rwanda: un court voyage pour comprendre

Rwanda

Les tambours ont toujours joué un grand rôle dans la vie du Rwanda. © Paul Simier

En y mettant les pieds pour un très court séjour, je me disais qu'on peut difficilement - même si le pays recèle bien des attraits naturels et culturels - faire du tourisme au Rwanda comme n'importe où ailleurs. Obsédé par le souvenir des images du terrible génocide qu'a vécu le pays, on cherche avant tout à comprendre. Chacun d'entre nous doit en garder la mémoire, d'abord pour ceux que nous avons perdus, ensuite en vue de construire un meilleur avenir.»

Cette phrase sert d'introduction à l'exposition présentée au Mémorial du génocide de Gisozi, un quartier de Kigali. À l'aide de documents et de photos, on y retrace l'histoire du Rwanda et les différents faits historiques qui ont pu contribuer dès la fin des années 1950 au massacre des Tutsis, puis au génocide en 1994 qui a fait 1 million de morts.

100 jours

Les images des atrocités commises durant les 100 jours du génocide sont insoutenables. «Le Rwanda était devenu une nation de tueurs brutaux, sadiques, sans pitié, et de victimes innocentes, du jour au lendemain», écrit-on en appui aux images. C'est ainsi que 300 000 enfants se sont retrouvés orphelins et que plus de 85 000 sont devenus chefs de famille. De plus, 500 000 femmes ont été victimes de viol.

Roméo Dallaire

Les massacres ont débuté le 7 avril 1994, alors que le général Roméo Dallaire, qui commandait le détachement des forces de l'ONU, avait alerté ses supérieurs du risque de dérapage dès le 11 janvier 1994. Plus tard, Roméo Dallaire a suggéré à l'ONU qu'on lui fournisse 5 000 soldats pour assurer la paix et arrêter le génocide. Au lieu de cela, la mission de l'ONU fut rappelée.

Les forces étrangères déployées pour évacuer les diplomates, les employés internationaux et les dignitaires du régime du président en place auraient suffi pour arrêter le génocide, écrit-on aussi. «La communauté internationale n'a pas rempli son devoir au Rwanda et ceci laisse toujours en nous le sentiment d'un regret amer», a par la suite déclaré Koffi Annan, alors secrétaire général de l'ONU.

En accusation, de façon évidente, dans cette relation historique, d'abord les colonisateurs belges qui, à compter de 1932, ont délivré à chaque Rwandais une carte d'identité sur laquelle figurait son appartenance ethnique. Était considéré comme Tutsi celui qui possédait 10 vaches et plus, comme Hutu, celui qui possédait moins de 10 vaches.

Au banc des accusés aussi, le gouvernement français qui aurait fourni des armes et soutenu le pouvoir rwandais (hutu) en place lors du génocide. À présent, dans le Rwanda nouveau, il n'y a plus qu'un peuple qui parle la même langue. Il est interdit d'évoquer son appartenance ethnique. La dernière image que l'on emporte du Mémorial du génocide, c'est celle de ces dizaines de crânes exposés au sous-sol du bâtiment. Et l'on se demande, malgré les explications et la chronologie de ce million de morts, comment des êtres humains ont pu accumuler tant de haine pour en arriver là. Les autres lieux incontournables pour comprendre ce qu'était le royaume du Rwanda lors de l'arrivée des premiers colons allemands (1895 à 1916) sont le Musée national du Rwanda sis à Butare et le Musée d'histoire précoloniale de Nyanza.

Un Rwanda de plus en plus vert

Le Rwanda est un pays vert, de plus en plus vert même, comme le souhaite le gouvernement qui veille à la protection de l'environnement. Selon la loi sur l'environnement promulguée en 2005, «toute personne a le devoir de protéger, sauvegarder et promouvoir l'environnement. L'État est le garant de la protection, la sauvegarde et la promotion de l'environnement».

Sain et équilibré

Un autre article de cette même loi prescrit que «toute personne physique ou morale se trouvant sur le territoire rwandais a le plein droit de vivre dans un environnement sain et équilibré». «Elle a aussi le devoir de contribuer individuellement ou collectivement à la sauvegarde du patrimoine naturel, historique et des activités culturelles», ajoute-t-on dans le même article de loi.

Du fait de la forte densité de la population, les Rwandais, qui demeurent très majoritairement des ruraux, se sont mis à cultiver tous les espaces disponibles, y compris les versants des «mille colline» que compte le pays. Aménagées en terrasses, ces collines abritent une infinité de parcelles grandes comme des jardins.

Arbres coupés

Au lendemain du génocide de 1994, la population s'est trouvée dans un état de grande détresse morale bien sûr, mais également matérielle. La situation matérielle s'est aggravée avec le retour des exilés qui se sont mis à défricher les terres et à couper les arbres pour pouvoir cultiver.

Bien des gens, pour subvenir à leurs besoins de base, comme produire du charbon de bois pour cuire les aliments, se sont mis à couper les arbres à tout-va. La politique gouvernementale, en incitant l'ensemble des citoyens à faire leur part, a permis de redresser la situation. Ainsi, partout, autour des résidences, des commerces et des écoles, on a planté des arbres. Chacun est devenu responsable de ses arbres. C'est le cas notamment des écoliers qui plantent et entretiennent chacun un arbre.

Sacs en plastique bannis

Cette politique a permis, outre de fixer les sols mis à mal par les fortes précipitations en saison des pluies, de multiplier les arbres fruitiers, source de nourriture pour les propriétaires des arbres.

Par ailleurs, le gouvernement rwandais a banni l'utilisation des sacs en plastique. On comprend le bien-fondé de cette politique quand on constate la calamité que représente ce type de sac dans bien des pays africains qui n'ont trouvé aucune solution pour les collecter et les éliminer.

Repères

- Le Rwanda a pour langues officielles le kinyarwanda, le français et l'anglais.

- Dans la réalité, c'est l'anglais qui tend à s'imposer, selon le souhait du président anglophone, Paul Kagame, «l'homme fort» du pays élu en 2003, puis réélu en 2010, avec respectivement 95% et 93% des voix.

- Dans un grand hôtel 4 étoiles comme le Serena de Kigali, nombreux sont les employés qui ne parlent pas le français.

- Le centre-ville de Kigali a des allures de ville nord-américaine avec ses nouveaux gratte-ciel et ses grands panneaux d'affichage.

- Au Rwanda, il est interdit, entre autres, de marcher pieds nus et de jeter des papiers à terre. Les vélos sont interdits en ville et sur les grands axes, tout comme l'usage des sacs en plastique est interdit. Interdit aussi l'adultère qui est passible de prison.

- Nyanza, jadis siège de la royauté rwandaise, abrite le Musée d'histoire précoloniale, avec notamment une reconstitution du palais royal et, à côté, le nouveau palais construit en 1932 par les Belges.

- À Butare, à 135 km de Kigali, le Musée national du Rwanda retrace les modes de vie précoloniaux.

- Au départ de Bruxelles, Brussels Airlines dessert 18 destinations en Afrique, dont Kigali (Rwanda). Le vol direct dure environ 8 heures.

- Ces liaisons sont assurées en collaboration avec Air Canada, qui s'aligne désormais sur Brussels Airlines en acceptant 2 bagages enregistrés gratuitement.

- Le voyagiste Aviatours propose des safaris et des séjours sur mesure pour visiter les pays de l'Afrique de l'Est, dont le Rwanda. Info: www.aviatours.ca et consulter une agence de voyages.

- En librairie : Rwanda, Petit Futé (28,95 $), disponible chez Ulysse.


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