Le roi de Banikoara

Bénin

Nansounon, le roi de Banikoara. © Paul Simier


Paul Simier - Collaboration spéciale

BANIKOARA, Bénin (Afrique de l’ouest) – Mission accomplie dans la région, nous nous apprêtions à prendre la route. Impossible, nous at- on aussitôt avertis. Il était impératif de demander audience au roi pour lui signifier l’objet de notre présence sur son territoire.

Nous voilà donc aux abords de la demeure de Nansounon, roi de Banikoara, qu’à première vue rien ne distingue des autres maisons. Au bout d’un moment, parti en ambassadeur, notre accompagnateur est revenu porteur de la bonne nouvelle. Le roi allait nous recevoir, mais, averti au dernier moment, il nous fallait lui accorder un peu de temps pour se préparer comme il se doit.

Audience

Le lieu où siège le roi Nansounon est une case ronde dotée d’un toit conique comportant deux portes non symétriques. Toutes deux ouvertes, elles permettent à l’air de circuler et de renouveler quelque peu l’atmosphère étouffante de fin d’après-midi en saison sèche. De proportions plus imposantes que les simples demeures des habitants de la région, la case comporte un sol cimenté.

Nous recevons l’ordre de nous déchausser avant de pénétrer dans la case. Sa Majesté est là, assise contre le mur de la case, installée sur une vaste plateforme agrémentée d’un tapis et d’une couverture aux motifs abstraits et aux couleurs tirant sur l’orange. Le roi, nus pieds, coiffé d’un simple bonnet blanc, a revêtu un grand boubou brodé où dominent également les tons orange. Un sceptre, insigne de son pouvoir, est placé à son côté. Seule décoration de la case, placés au-dessus de la tête de Sa Majesté, les portraits de quelques-uns de ses prédécesseurs.

Protocole

Notre guide, un homme de la contrée, présente, en langue dendi, ses salutations à Sa Majesté et échange avec elle la litanie des politesses qui président à toute rencontre en ce pays. Quand notre chef de mission présente à son tour, en français (la langue officielle du Bénin), ses salutations au roi, c’est par le truchement du guide local du coup transformé en interprète. Arrive le moment crucial: aviser le roi de l’objet de notre mission en son royaume. Il s’agissait pour nous de tester dans deux des nombreux villages composant Banikoara (qui totalise environ 22500 habitants) la réalité des activités écotouristiques nouvellement organisées.

Selon la coutume, les autorités traditionnelles sont en effet incluses dans tout processus décisionnel. C’est en effet aux rois et aux chefs coutumiers que la population se réfère au besoin en cas de litige. Le roi pose des questions par le truchement de l’interprète. Puis, le bilan fait, il s’adresse à nous en français. Il nous invite, chacun à notre tour, à nous présenter. Ce que nous faisons, délaissant la position assise contre le mur de la case, face au roi, pour adopter la position agenouillée. Quelqu’un suggère que nous fassions une photo en compagnie de Sa Majesté. Ce qui fut fait, dans une parfaite décontraction, autant de la part de Sa Majesté que de ses visiteurs. L’audience prend ainsi fin. Sur le pas de la porte de la case royale, nous nous rechaussons. Notre chef de mission se retourne vers l’interprète de Sa Majesté pour lui confier en guise de présent une petite somme d’argent.

En prenant la route de Kandi, quelqu’un a suggéré que nous fassions également un arrêt pour aller saluer le maire de Banikoara. Finalement, la proposition ne fut pas retenue. Il faut croire qu’en ce pays les autorités coutumières conservent un pouvoir que les élus locaux et régionaux de la république n’ont pas encore tout à fait conquis.

L’aura des rois et des chefs traditionnels

La petite république du Bénin se trouve dotée de toutes les instances propres aux démocraties modernes, de la municipalité de base jusqu’au plus haut sommet de l’État. Toutefois, avec près de 50 groupes ethniques différents, rois et chefs traditionnels conservent, en parallèle, leur pouvoir coutumier.

Ainsi, la plupart des villages du pays continuent d’avoir leur chef coutumier, avant toute autorité morale à laquelle on se réfère en toutes circonstances. Ceux-ci peuvent être placés sous la férule d’un roi dont le pouvoir peut parfois ne s’étendre qu’à un territoire composé d’une poignée de villages. Ayant imposé le régime marxiste-léniniste à la suite de son coup d’État perpétré en 1972, le lieutenant-colonel Mathieu Kérékou, conscient du pouvoir qu’ils exerçaient, avait substitué aux chefs coutumiers des cadres du parti unique. Se proclamant athée, le dictateur réprima également les tenants des religions traditionnelles, et en particulier le vaudou.

À la fin de la dictature marxiste-léniniste en 1990, la tradition en matière de chefferie coutumière reprit ses droits, comme en atteste la nouvelle qui suit. Cela se passait au printemps dernier, soit peu de temps avant l’élection présidentielle, dans le département des Collines (centre du Bénin), rapporte un site béninois.

Sa Majesté Sè Hôtô II, roi de Kpanhouingnan, recevait ses pairs, rois, altesses, notables, sages, chefs coutumiers, chefs traditionnels et autres leaders d’opinion des six communes de ce département. Il s’agissait pour ces autorités de proclamer officiellement le «renouvellement de leur confiance» au président de la République sortant, Boni Yayi, dans la perspective de l’élection présidentielle. «Nous, rois, chefs coutumiers, chefs traditionnels, sages et notables, venus de toutes les contrées des six communes du département des Collines, déclarons de façon officielle devant Dieu, devant les mânes de nos ancêtres et devant les populations massivement présentes ici ce jour, notre soutien ferme et inconditionnel au président Boni Yayi…».

À cette profession de foi de l’ensemble des dignitaires du département des Collines, proclamée par Sa Majesté Oyédékpo, roi Amoutchou de Savè, l’assistance composée de membres des différentes cours royales, d’altesses et autres sujets, acquiesce par de longs et forts applaudissements, précise-t-on. Le président Boni Yayi fut réélu par 74,51 % des voix pour un second mandat le 13 mars 2011.

Repère

- Banikoara se situe dans le nord du Bénin, en périphérie du parc du W, classé réserve mondiale de la biosphère par l’UNESCO, à la frontière du Niger et du Burkina Faso.

- Par la route, il faut compter une journée de trajet au départ de Cotonou, soit environ 700 km.

- Côté Bénin, il n’existe dans le parc du W que le lodge des chutes de Koudou.

- Autre solution pour un hébergement agréable: l’Auberge de Kandi, ville distante de 70 km de Banikoara par une bonne route. Info pour ces deux points de chute: www.hotels-benin.com

- En périphérie du parc du W, l’organisme Eco-Bénin a contribué à développer des activités touristiques pour aider la population. Randonnées à cheval à Toura, visite d’un village de tisserands à Gagourou, également sur le territoire de Banikoara, logement chez l’habitant à Karimama et à Alfakoara.

- Info: tour-communautaire-parcw.net ou www.ecobenin.org

- Au départ de Montréal, Royal Air Maroc dessert Casablanca grâce à des vols directs quotidiens en haute saison et à haute fréquence le reste de l’année.

- La RAM assure des vols réguliers en correspondance vers Cotonou (Bénin) et vers Ouagadougou (Burkina Faso).

- Info: www.royalairmaroc.com ou consulter un agent de voyages.


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