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Les pires trajets d’autobus
Marie-Julie Gagnon - Collaboration spéciale

 
Les pires trajets d’autobus
© Keytsone Press
Minibus, Viêtnam
Le confort et la sécurité sont des choses bien relatives… surtout à l’étranger! L’une des expériences les plus riches en émotions pour plusieurs est sans contredit les trajets d’autobus. Chaque voyageur a son histoire d’horreur. En voici quelques-unes.

Petit retour dans le temps. Nous sommes en 2004. Je suis à Bamako et j’attends le car qui va m’amener à Sikasso, près de la frontière de la Côte-d’Ivoire. J’attends, j’attends… pour découvrir que les autobus ne démarrent que quand ils contiennent suffisamment de passagers («suffisamment» étant dans ce cas synonyme de «trop»). Ajoutez à cela que je voyage seule avec un immense sac à dos, une caméra et un ordinateur portable et vous avez l’image parfaite de la routarde qui tente désespérément de ne pas montrer sa terreur en observant les gens à la dérobée.

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Deux bonnes heures après le moment prévu du départ, nous quittons enfin la capitale. En cours de route, un passager monte avec une pièce de viande crue qui pendouille au bout d’une corde. Non, pas d’emballage… L’odeur, je ne vous dis pas. Où choisit-il de s’asseoir? Sur le siège voisin du mien, bien sûr! Le trajet se déroule plutôt bien malgré mes exercices de contorsions pour ne jamais entrer en contact avec ladite pièce de viande et les fluides corporels de mon voisin.

Vincent Champagne raconte une expérience similaire sur le blogue de Radiomonde, émission à laquelle il a participé en 2007 à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il avait alors décidé de rejoindre Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso en autobus au départ de Bamako. «J'ai vécu 24 heures d'aventures purement africaines pour entrer au Burkina Faso! écrit-il. Avec des retards, des changements d'itinéraire, des engueulades, une chaleur excessive et, en prime, une nuit à la belle étoile! Tout commence avec le retard de trois heures pour partir de la gare routière de Bamako, où les petits voyous ne cessent de tourner autour de mes bagages, m'obligeant à une surveillance constante et épuisante. On démarre enfin, mais c'est pour s'arrêter à tous les 100 mètres pour embarquer de nouvelles personnes (vous ne pouviez pas vous rendre à la gare routière?). On surcharge l'autobus, il y a parfois trois personnes pour deux bancs et l'allée est remplie.»

Dans un courriel, il m’écrit aussi ceci: «Je n'ai pas tout raconté dans le blogue. Au petit matin, après avoir dormi à la belle étoile, je notais des petites piqûres sur mon corps. Trois jours plus tard, j'avais la malaria. C'est que, seul blanc dans tout un autobus d'Africains, je me suis senti inhibé de me protéger contre les insectes (filet, crème…) et j'ai voulu faire comme tout le monde, ne pas me différencier... Je l'ai regretté!»

Il se rappelle aussi des «autobus réfrigérateur» du Venezuela. «Ils les tiennent à 12 ou 13 degrés Celsius. Les gens sont au courant, alors ils portent des manteaux d'hiver, des tuques, des couvertures... Les touristes qui ne sont pas au courant... meurent de froid!»

De la Chine à Katmandou

Mariève Paradis se souvient quant à elle d’un trajet à Yangshuo, dans les montagnes, en Chine, où elle s’était rendue avec son copain. Tout autour, des rizières en terrasses. Une pluie torrentielle. À l’intérieur de l’autobus, c’est la cacophonie. La musique, la télévision, les conversations des Chinois qui tentent d’enterrer les deux et quelques poules offrent déjà un bon choc culturel au jeune couple. Mais ce n’est rien avec le spectacle qui les attend dehors…

La route – que plusieurs guides leur avaient dit ne pas vouloir emprunter auparavant – n’est qu’une large allée de boue. «L'autobus valse de trou en trou sur la route boueuse, raconte Mariève. Assise sur le bord de la fenêtre, mon regard se perd à l'extérieur sur la magnifique végétation dense sur le bord de la route, jusqu'à un éclaircissement dans les arbres... Nous étions sur une falaise haute de 60 mètres, à quelques mètres du précipice. Par moments, la roue arrière droite de l'autobus se retrouvait dans le vide... et je voyais dans les journaux du Québec "Deux Québécois meurent dans un accident de la route dans une région reculée de la Chine"...» Ils ont survécu, mais n’oublieront jamais leur cinquième journée au pays de Mao!

Véronique Shapiro reste pour sa part marquée par des trajets effectués au Népal. «Le premier était de la frontière népalaise jusqu'à un petit village des montagnes, raconte-t-elle. Non seulement une crevaison nous a retardés de deux heures, mais l’autobus trimballait aussi le courrier postal de sorte qu'on s'arrêtait dans TOUS les villages! Il fallait aussi parfois attendre que des vaches dégagent de la route... Résultat: 12 heures pour faire 100 km!!!»

«Le deuxième se déroule de Katmandou jusqu’à la frontière indienne. J'ai pris le bus de nuit et j'ai choisi la banquette du fond pour pouvoir dormir puisqu’il y avait peu de gens à bord. Mais je n'avais pas encore appris qu'il ne faut jamais s'assoir en arrière dans les autobus népalais ou indiens! Les chauffeurs filent à une vitesse folle alors on "r'vole" comme Superman sur les derniers sièges! Avec la fenêtre qui descendait toute seule même si je la refermais toutes les cinq minutes, j’étais frigorifiée (c’était en décembre).»

Morale de l’histoire: avant d’acheter des billets d’autobus, mieux vaut se renseigner… et s’équiper!




 
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