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Le Québec et la France: deux mondes!
Marie-Julie Gagnon - Collaboration spéciale

 
france - Le Québec et la France: deux mondes!
Gracieuseté
La journaliste Judith Ritchie a transporté ses pénates dans la Ville Lumière le printemps dernier.

Ah! Les Français… On les aime autant qu’on les déteste. Plusieurs d’entre nous les envie un peu, beaucoup, aussi. Après tout, ils ont l’histoire, la Tour Eiffel et le bon vin! Et puis, il y a ce sentiment de parenté lointain et le partage de la langue. Forcément, on se ressemble, non? Erreur. Pour quiconque a passé un peu de temps dans l’Hexagone, le Québec et la France ont autant à voir que la poutine et le foie gras. Cela ne veut cependant pas dire que les deux ne peuvent pas aller ensemble…

«N’importe quel touriste qui visite le Japon, la Chine ou l’Afrique s’y rend l’esprit plus ouvert que lorsqu’il visite la France, ont écrit Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow dans Pas si fous ces français, publié aux Éditions du Seuil. Les rites fascinants des Chinois ou des Zoulous peuvent être cause d’inconfort ou de désagrément, mais ceux qui voyagent dans ces pays ont tendance à accepter ces épreuves avec stoïcisme, car ils pensent, avec raison que dans une culture différente, les choses se passent différemment. Or, en France, les Nord-Américains perdent ce réflexe.»

Ils ne sont pas les seuls à avoir fait ce constat. «Effectivement, on pense qu'on sera pas dépaysé en raison de la langue mais c'est tout le contraire, renchérit Pierre B. Gourde, relationniste dans l’industrie de la musique qui a vécu en France pendant un an et demi. La France et le Québec, ce sont deux mondes, complètement.» Le Québécois s’y est d’abord rendu à l'occasion d'un stage à l’âge de 25 ans, puis pour y vivre pendant un an deux ans plus tard.

Si sa première expérience en sol français s’est bien déroulée, la seconde a été plus cahoteuse. «Dès qu'on vient en tant que nouvel arrivant ou comme demandeur de quelque chose, c'est autre chose. Il y a tout de suite une certaine condescendance qui s'installe. On est gentils les cousins, mais on n’est rien, allez ouste du vent. Ce n'est pas toujours comme ça, bien sûr, mais il faut distinguer les rencontres faites en vacances ou en voyage d'affaires des rencontres faites en recherche d'emploi, par exemple. Pour ma part, j'ai réussi en quelque sorte à faire ma place mais au moment où mon visa se terminait. Il faut être patient, pas espérer que tout roule aussi vite que chez nous en Amérique. Mais des fois c'est dur sur le moral...»

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Amis, oui… mais pas si vite

Paul Brisson s’est installé à Paris en juin 2008. Le trentenaire tient depuis le blogue Être loin, dans lequel il livre ses impressions, ses états d’âme, ses réflexions et… sa passion pour les saucissons! S’il a beaucoup de mal avec les horaires de travail français et rage parfois contre la bureaucratie (5 juillet 2008: «Je viens de signer mon bail. La signature du traité de Versailles a dû être moins laborieuse. Un peu plus et on fumait le calumet de la paix au son des tams-tams. J’ai tellement signé de trucs; sans le savoir j’ai peut-être autorisé le prélèvement d’un de mes reins mardi matin…»), ce sont ses réflexions sur certains comportements qui semblent aller de soit tant ici qu’outre-Atlantique qui nous amènent à nous questionner à notre tour. Il raconte notamment à quel point nous, Nord-Américains, passons rapidement en mode «intime». «Comme si chez nous, tout était naturellement d’ordre public, sans complexe», écrit-il, ajoutant que plusieurs Français avec qui il avait abordé la question ressentaient un certain malaise face à notre «promiscuité spontanée».

«Le Français n’ouvre pas sa sphère personnelle immédiatement, poursuit-il. Mais quand vient le moment, il le fait peut-être plus honnêtement que l’Américain (ou le Québécois).»

Pierre B. Gourde abonde dans le même sens: «Le truc, c'est que chez nous on est habitués que tout le monde soit gentils vite, mais c'est parfois de manière superficielle. En France, c'est l'inverse. C'est long avant d'entrer leur cercle d'amis mais une fois admis, on est bons (dans un contexte d'intégration).»

Judith Ritchie a transporté ses pénates dans la Ville Lumière le printemps dernier, après plusieurs courts séjours exploratoires. «Pour découvrir Paris, il faut se tenir avec des Parisiens, croit-elle. Il faut sortir de ses habitudes, changer ses repères, ne pas tout comparer et adopter les mœurs d'ici.» La journaliste affirme n’avoir eu que de belles surprises depuis son arrivée: «Les gens sont très accueillants et généreux lorsqu'on s'ouvre à eux. Ils ont soif d'authenticité, de simplicité et de folie! Ils sont pris dans des carcans familiaux, de statuts, de cercles d'amis... du coup, l'exotisme est un très bon atout.»

Râler, le sport national

Et le mythe du Français «chialeux», qui s’emporte pour un rien? «C'est bien connu, les Français sont des râleurs, écrit Bruno (qui préfère garder un certain anonymat), fondateur du Portail des Québécois en France. C'est leur façon d'évacuer le stress. Ce caractère a de quoi frustrer n'importe quel Canadien, habitué dès le jeune âge à la tolérance et au respect des différences. Mais si on oublie cette caricature de râleur, on se rend compte que ce sont des gens "normaux", qui sont sympathiques et qui aiment bien profiter de la vie. Et, comme au Québec, les gens qui habitent la campagne sont moins stressés que les citadins.»

«Au niveau humain, une différence majeure est que nous les québécois détestons la confrontation et l’évitons à tout prix, alors que les français la cultivent, observe Pierre B. Gourde. C'est très complexe parce qu'on est soupe au lait et que, dans un contexte de confrontation, on part vite. J'ai vu des scènes en France où les mecs s'engueulent à des niveaux incroyables, et une fois que c'est dit, tout le monde repart de son côté, basta. Chez nous, rendu à ce point là, les poings ne tardent plus... C'est peut-être plus sain, mais ça créé de tensions incroyables entre nous parfois.»

«Évidemment, les français on les trouve chiants quand ils viennent ici parce qu'ils trouvent tout poches (j'exagère à peine), ajoute-t-il. Mais une chose est sûre c'est que sur certains aspects, on peut difficilement leur donner tort. Notamment en ce qui a trait à un certain art de vivre.»

Ce n’est pas Judith Ritchie qui va le contredire. La jeune femme continue de voir sa ville d’adoption (et ses habitants) avec des lunettes roses: «Paris est une ville romantique. Par son architecture, sa façon de vivre, de savourer la vie, de se poser pour un café en terrasse, de s'embrasser langoureusement dans la rue. L'amour y a sa place, au même titre que la vie de famille-métro-boulot-dodo. Quoi de plus romantique que de regarder la Tour qui scintille de mille feux en savourant un délicieux rosé?»

Les conseils de la blonde journaliste pour quiconque souhaite être heureux en France? «Parler aux gens. Sourire et tout prendre avec un grain de sel: les grèves, les crises, les scènes inutiles. Les Français sont comme ça... pas nous pour autant!»




 
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