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Paul Simier - Journal de Montréal
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Le rhum en Martinique fait partie intégrante de l’histoire et de la culture. Chacun, traditionnellement, demeure attaché à la marque que produit la distillerie de son coin d’île. Mais si celle-ci change la qualité de son produit, gare à elle!
En période de récolte, durant le premier semestre, les effluves de canne à sucre fraîche envahissent les champs et les routes, tandis que les abords des usines fumantes exhalent les vapeurs de distillation.
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Ici, le rhum préside encore à la plupart des rencontres et à bien des fêtes et cérémonies, même si les boissons importées ont tendance, à force de réclame, à susciter de nouvelles modes.
Dans les résidences privées, peu importe l’heure, on vous accueille avec un «p’tit punch» (sirop de canne à sucre, citron vert et rhum).
Dans les bistrots et les restos de l’île, on reconnaît facilement la nature de chacun. Les clients de passage se voient servir un verre de «p’tit punch» déjà préparé.
Les amis de la maison, eux, se font présenter une bouteille pleine et de quoi préparer leur potion à leur goût. Une demi-heure plus tard, on vient reprendre la bouteille en vous demandant simplement le nombre de doses que vous avez consommées...
Depuis trois siècles et demi, l’histoire de la Martinique est marquée par la canne à sucre, cultivée d’abord pour la fabrication du sucre, mais de nos jours principalement pour la distillation du rhum «agricole», c’est-à-dire issu de pur jus de canne et non pas de mélasse.
Le Musée du rhum
Le Musée du rhum, aménagé dans l’ancienne maison de maître de la distillerie Saint-James, à Sainte-Marie, bourg situé sur la côte nord-ouest de l’île, raconte avec force objets et documents l’histoire de la canne à sucre et du rhum.
C’est en même temps l’histoire de la Martinique qui se trouve exposée là car, comme ailleurs, la culture de la canne à sucre, très gourmande en main-d’œuvre, avait justifié, de la part des maîtres blancs venus de France, un trafic massif d’esclaves capturés en Afrique occidentale.
Le rhum se trouve donc intimement lié aux péripéties, souvent douloureuses, qui ont marqué le sort de l’île.
C’est le métissage d’ordre à la fois humain et culturel qui a forgé la civilisation créole antillaise d’aujourd’hui, avec les apports des premiers habitants qu’étaient les Caraïbes, ceux des colons français, ceux des esclaves africains et, finalement, ceux des travailleurs «volontaires» amenés de l’Inde après l’abolition de l’esclavage.
Le rhum, que d’aucuns ont déjà défini comme résultant du sang des esclaves de jadis, mène sur ces divers sentiers. Pour peu qu’on s’intéresse au sujet, un séjour en Martinique prend alors une tout autre dimension, qui va bien au-delà des paysages de carte postale.
Appellation d’origine contrôlée
On se trouve aujourd’hui bien loin de la grossière eau-de-vie que les maîtres réservaient à leurs esclaves lors des fêtes, tandis qu’eux-mêmes consommaient vins de Bordeaux et cognacs.
La Martinique est actuellement la seule entité géographique dans le monde à bénéficier de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) pour son rhum «agricole». La mention, régie par une législation stricte, s’obtient au prix de multiples contrôles de qualité aux divers stades de la production. «Je rêve du jour où l’on commandera non plus un rhum mais un «martinique». Possédant le haut de gamme de l’alcool blanc le plus vendu dans le monde, la Martinique a de quoi axer son tourisme sur les produits régionaux», dit M. Fayad, directeur du Musée du rhum Saint-James.
Pour que cette idée entre bien dans les esprits, les producteurs ont réussi à faire installer aux entrées des localités où se situe une distillerie des panneaux signalant leur appartenance à la «Terre de rhum».
N.D.L.R. — Notre journaliste a séjourné en Martinique à la suite d’une invitation du Comité martiniquais du tourisme.
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