Pascale Mollard-Chenebenoit
AFP

Un flash d'ondes radio venu d'une galaxie très lointaine

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Photo Alex Cherney

Pascale Mollard-Chenebenoit

PARIS - Pour la première fois, des astronomes sont parvenus à identifier la provenance d'un «sursaut radio rapide», phénomène cosmique encore très mystérieux. Ce flash très bref d'ondes radio repéré par des télescopes venait d'une galaxie située à 6 milliards d'années-lumière de la Terre, révèle une étude publiée mercredi.

Les «sursauts radio rapides», de leur petit nom FRB (Fast radio burst), ont été mis en évidence en 2007 par une équipe de scientifiques menée par Duncan Lorimer, à partir de données recueillies par un observatoire. En une milliseconde, ils émettent autant d'énergie que le Soleil en 10 000 ans. 

Il est extrêmement difficile de les détecter directement. C'est ce qu'a fait le radiotélescope de Parkes en Australie le 18 avril 2015, portant à 17 le nombre de FRB recensés à ce jour.

La cause de ces flashs radio reste inconnue et les hypothèses sont légion. «Il y a actuellement plus d'idées sur la nature de la source de ces FRB qu'il n'y a de FRB» recensés, relève Duncan Lorimer, de l'Université de Virginie-Occidentale (États-Unis).

Ils pourraient résulter de la fusion d'étoiles à neutrons (des astres minuscules mais très denses, composés essentiellement de neutrons), indique Evan Keane, auteur principal de l'étude publiée dans la revue britannique Nature.

D'autres scientifiques imaginent même des signaux extraterrestres. Et lui? «Non, désolé», répond Evan Keane, l'un des artisans du projet de réseau international de radiotéléscopes SKA.

Lorsque le radiotélescope de Parkes, qui mesure 64 mètres de diamètre, détecte le FRB 150418, une alerte internationale est donnée pour que d'autres télescopes se mobilisent aussitôt.

Peu après, les dernières lueurs du FRB sont repérées. Elles sont suivies pendant six jours.

Un téléscope situé sur l'île d'Hawaï permet ensuite d'établir que le FRB provient d'une galaxie de forme elliptique située à 6 milliards d'années-lumière. Une année-lumière correspond à 9461 milliards de kilomètres.

La «matière manquante» retrouvée?

Cette galaxie est large d'environ 70 000 années-lumière et sa masse représente l'équivalent de 100 milliards d'étoiles de la taille du Soleil, précise M. Keane. 

«Cette découverte ouvre la voie à la compréhension de ce qui provoque ces flashs», estime Simon Johnston du CSIRO, l'organisation australienne pour la recherche qui a participé à l'étude. Il espère que dans le futur, «il sera possible de trouver plusieurs FRB par semaine».

Les experts affirment aussi que leurs recherches permettent de répondre à la question de la «matière manquante» dans l'Univers qui intrigue les scientifiques.

Actuellement, il est admis que l'Univers est composé à 70 % d'énergie sombre, à 25 % de matière noire invisible et à 5 % de matière ordinaire (les étoiles, les planètes, l'hydrogène).

Le problème, c'est que seule la moitié de cette matière ordinaire est visible. Le reste est «manquant».

Les chercheurs ont utilisé le FRB «pour faire des mesures cosmologiques», explique M. Keane.

En effet, le temps que met le signal FRB à arriver permet de savoir combien de particules il a rencontrées.

«L'espace n'est pas complètement vide mais sa densité est très basse. Nous pensions qu'il y avait de la matière mais nous n'avions pas été capables de la voir avant».

«Comme nous avons pu observer qu'elle retardait le signal FRB», on peut imaginer que «nous avons trouvé la matière manquante» dans l'espace entre cette galaxie lointaine et la nôtre, estime M. Keane.

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