Tangi Quemener
AFP

Atterrissage de SpaceX: un «exploit» qui ne résout pas tout

Atterrissage

Photo de longue exposition montrant le décollage et l'atterrissage de la fudée Falcon 9. Photo SpaceX

Tangi Quemener

PARIS - La récupération du lanceur d'une fusée orbitale par la société SpaceX constitue un «exploit technologique» mais des questions subsistent quant à sa viabilité économique, explique le président du Centre national d'études spatiales (CNES) en France, Jean-Yves Le Gall.

QUESTION: que vous inspire la réussite de l'opération de SpaceX?

Jean-Yves Le Gall: «Il est clair que ce qu'ils ont fait hier est un exploit technologique, tout le monde est unanime là-dessus. Cela dit, deux remarques, la première est qu'ils n'ont réalisé que la première partie du chemin, puisqu'ils ont récupéré et ils n'ont pas réutilisé.

Le lanceur a fonctionné une fois, il est revenu et s'est posé parfaitement. On va voir d'abord s'il est possible de s'en servir une autre fois et ensuite s'il faut effectuer beaucoup de travaux de remise en état pour le remettre d'aplomb.

Je rappelle qu'il a déjà existé des lanceurs réutilisables, comme la navette spatiale. Mais lorsqu'elle devait être remise en vol, les coûts étaient très importants».

Q: L'argument économique, justement, a été avancé pour défendre les lanceurs réutilisables. Quels peuvent être les gains par rapport à des fusées classiques?

J.-Y.L.G: «Entre un monde parfait où on réutilise en l'état un lanceur un très grand nombre de fois, et un monde réel où il faut remettre les choses d'aplomb, et finalement ça ne fonctionne qu'une ou deux fois, l'écart est très très grand.

Il est vrai que des espoirs de gains considérables existent, mais il est aussi vrai que ces derniers restent à démontrer. Le succès technologique de la nuit dernière pose beaucoup de questions, et pour l'instant n'y apporte pas encore de réponses».

Q: Les lanceurs réutilisables peuvent-ils changer le paradigme dans ce secteur jusqu'ici dominé par des acteurs issus d'Etats, recourant aux lanceurs classiques?

J.-Y.L.G: «SpaceX, comme BlueOrigin qui avait déjà réussi une récupération il y a quelques jours, ont fait le pari de l'intérêt de la réutilisation, avec des programmes conçus ainsi dès le début.

C'est une voie différente de celle qui est considérée partout ailleurs. Quant à changer le paradigme, il est trop tôt pour le dire. On verra si on arrive à un système comme celui dont parle (le PDG de SpaceX) Elon Musk, de lanceurs qui vont et qui viennent et qui repartent peu de temps après avoir volé, ou bien si on est sur quelque chose de plus délicat.

Dans tous les cas, il est vrai que c'est un exploit technologique, il est vrai que les cartes peuvent être rebattues, mais elles ne le sont pas encore».

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