Jean-Louis Santini / AFP
AFP

Télescope Webb: découvrir les origines de l'Univers

Télescope

Les techniciens travaillent dans un environnement sans poussière.Photo Jim Watson / AFP

Jean-Louis Santini / AFP

GREENBELT - Le télescope spatial James Webb Space Telescope (JWST) sera 100 fois plus puissant que Hubble, qu'il doit remplacer en 2018, et permettra de remonter le temps jusqu'à la naissance des premières galaxies.

«Le Webb ....pourra aller jusqu'à au moins 300 millions d'années après le Big Bang (qui a donné naissance à notre univers il y a 13,8 milliards d'années ndlr) quand les toutes premières étoiles et galaxies sont apparues», explique Mark Clampin, un astronome membre de l'équipe scientifique du télescope.

Il permettra de nous rapprocher bien plus de la naissance de l'Univers que Hubble, lancé il y a 25 ans, le 24 avril 1990.

Il pourra aussi voir à travers les nuages de gaz et de poussières cosmiques, pour pénétrer dans les endroits les plus lointains et cachés de l'Univers.

«Le JWST -- qui doit être lancé en 2018 -- représente une très grande avancée comparativement à Hubble avec notamment un miroir principal trois fois plus grand (6,5 mètres de diamètre) et la capacité d'observer dans l'infra-rouge» pour discerner les objets les plus éloignés aujourd'hui invisibles, explique-t-il dans un entretien avec l'AFP au Centre Goddard de la Nasa à Greenbelt dans le Maryland, près de Washington.

C'est là, dans une gigantesque salle en partie vitrée, à l'air très pur sans aucune poussière, que le télescope est assemblé par des ingénieurs vêtus de combinaison blanche, ressemblant à des chirurgiens.

Pour pouvoir saisir les images de ces objets célestes aux tréfonds du cosmos il faut laisser les objectifs des caméras ouverts pendant de longues périodes et un grand miroir est indispensable pour capter leurs faibles radiations lumineuses, relève Matt Greenhouse, un des responsables des instruments du JWST. Le Webb pourra voir 70% plus de lumière que Hubble.

«Le Webb devrait aussi faire avancer les recherches sur les exoplanètes --en orbite autour d'étoiles dans notre galaxie, la Voie Lactée (ndlr) -- grâce à des capteurs et des équipements capables d'analyser leur atmosphère pour en comprendre la composition», dit-il à l'AFP.

En quête de vie extraterrestre

Ainsi, «ce télescope ouvrira une fenêtre totalement nouvelle sur ces planètes» dont plus de 5000 ont déjà été découvertes. Parmi elles, une poignée, d'une taille proche de celle de la Terre, sont potentiellement habitables, ni trop chaudes, ni trop froides, où l'eau pourrait exister à l'état liquide et donc abriter de la vie.

Selon cet astronome, «le Webb pourrait permettre de faire des progrès importants dans la quête pour la vie dans l'univers car le télescope est suffisamment puissant pour pouvoir détecter des bio-signatures dans l'atmosphère de ces planètes». Il s'agit de molécules d'eau et d'oxygène et peut-être même de pollution de civilisations extraterrestres.

«Le Webb représente un énorme progrès par rapport à Hubble pour la recherche sur l'origine et l'évolution de l'Univers, les exoplanètes, et la vie extra-terrestre ...et comme Hubble il pourrait réécrire les livres d'astronomie», a-t-il résumé.

Pour fonctionner parfaitement dans l'infrarouge -- rayonnement invisible dont la couleur est en-dessous du rouge dans le spectre lumineux -- le télescope doit être maintenu à très basse température à moins 223 degrés Celsius. Ainsi il n'est pas aveuglé par ses propres émissions d'infrarouge.

«Nous avons conclu que nous ne pouvions pas créer un tel environnement en orbite terrestre, les radiations de notre planète étant trop fortes, ce qui a conduit à la décision de placer le Webb à 1,5 million de km de la Terre sur le Point Lagrange 2, un endroit très stable dans la direction opposée au soleil», précise l'astronome Matt Greenhouse. Hubble est en orbite à 570 km de la Terre.

Les ingénieurs de la Nasa mènent une série de tests avec les miroirs, les quatre caméras et spectromètres et d'autres éléments du télescope pour être certains de leur capacité à bien fonctionner dans le vide de l'espace et à très basse température.

Une bonne partie de ces tests ont déjà été effectués dans une chambre à vide au centre Goddard où la température a été abaissée près du zéro absolu et seront répétés.

Un immense parasol pliable, de la taille d'un terrain de tennis une fois déployé, protégera en permanence le télescope du soleil et permettra, dans l'espace, de le maintenir à la température requise.

Le fait de se trouver sur ce point stable loin de la Terre fera que le Webb pourra fonctionner en permanence ce qui est essentiel pour de très longues observations d'objets aussi lointains émettant de faibles radiations.

Pesant 6,4 tonnes et d'un coût de 8,8 milliards de dollars, le Webb sera lancé par une fusée Ariane V de l'Agence spatiale européenne (ESA) depuis le centre de Kourou en Guyane française. L'ESA contribue à son développement comme l'Agence spatiale canadienne.



Cliquez sur «J'aime» pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos