Lagunes de Mercier: 40 ans plus tard

Daniel Green

De 1968 et 1980, ces «lagunes» ont reçu au moins 50 millions de litres de déchets toxiques liquides. En 1970, l'eau sortait littéralement noire des champelures. Les puits artésiens des habitants ainsi que le puits municipal de Mercier ont dû être condamnés. La contamination s'étend sur 30 km2.

Le sort, ou plutôt l'incompétence et la malveillance, se sont acharnés sur ce pauvre Mercier: trois pollueurs se sont disputés la palme. Le premier, Lasalle Oil Carriers, qui déversait ses soupes toxiques dans une carrière de gravier, créant les lagunes et le problème. Le deuxième pollueur a été le gouvernement du Québec, qui a autorisé ces rejets toxiques. Et le dernier pollueur, qui enfonça le clou final du cercueil, fût Tricil-Laidlaw (maintenant Clean Habors), qui a vidangé ses réservoirs toxiques dans les lagunes qu'elle avait pourtant le contrat de nettoyer.

Le mal est fait

Bon, la mal est fait. Qu'est-ce qu'on fait maintenant avec ces lagunes terriblement toxiques? Le BAPE a étudié la question. Et sa conclusion est tombée en 1994: l'enlèvement des contaminants doit constituer un objectif explicite de l'intervention. Autrement dit, on n'a pas le choix: il faut enlever tout ce qui est possible d'enlever dans ces fameuses lagunes. C'est la seule manière de rétablir, au moins un peu, l'environnement de Mercier. Ça vous paraît logique?

Et bien non! Une nouvelle étude a été commandée par le gouvernement du Québec -- une de plus en 30 ans! --. L'INRS propose maintenant de tout laisser dans le trou et de continuer de «confiner» les polluants, de les pomper simplement pour les empécher de s'étendre.

Le prix à payer

À court terme, ça coûte évidemment bien moins cher que de tout enlever. Sauf que, bien sûr, pour les générations futures, qui n'auront pas le choix de nettoyer, le prix sera assez lourd, merci. C'est la solution: passez au suivant!

Le ministère de l'Environnement va rencontrer mardi prochain les gens de Mercier pour les consulter sur les avantages de cette nouvelle étude... et sur les bienfaits du statu quo !. Eh bien, il est essentiel que les citoyens assistent à cette réunion et qu'ils prennent la parole. Qu'ils affirment clairement que le gouvernement n'a pas le droit de tenir la région de Mercier en situation de contamination continuelle.

Laisser les polluants dans les lagunes de Mercier, c'est condamner la région à une zone de sacrifice toxique nationale. Le ministère de l'Environnement sera mardi soir à Mercier... et nous aussi.

La contamination des eaux souterraines par les fameuses «lagunes de Mercier» est l'un des pires cas de contamination industrielle au Canada. Près de 40 ans plus tard, le gouvernement du Québec s'apprête à recommander ... de ne pas bouger!


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