L’entreprise montréalaise CGI qui est le fournisseur d’importants services informatiques chez Desjardins depuis près de dix ans se retrouve vraisemblablement en péril.
La compagnie qui a dû soumissionner avec des poids lourds comme IBM et Hewlett Packard pour le nouveau contrat informatique du Mouvement est déjà assurée de perdre de gros morceaux.
En 2001, Desjardins avait confié un important contrat de 10 ans visant la gestion de l’exploitation du système informatique et micro-informatique à CGI évalué à environ 1,2 milliard de dollars. Environ 500 employés de l’entreprise ont travaillé bon an mal an à l’intérieur de ce contrat.
Mais après une décennie, le Mouvement a décidé d’aller voir ailleurs si le pré était plus vert et est retourné en appel d’offres pour son contrat de service informatique qui touche notamment les guichets et la sécurité. Desjardins a averti CGI à l’automne que le contrat n’allait pas être renouvelé de facto et que l’organisation allait plutôt aller en appel d’offres.
Un contrat moins important
Desjardins a aussi décidé de faire preuve de plus de frugalité: le contrat d’impartition a été coupé en deux et devrait rapporter environ 100 millions $ annuellement au lieu de 200 millions $ comme ce qu’avait touché CGI lors de la dernière année. De plus, ce contrat a été ramené sur cinq ans (au lieu de 10 ans) et une partie sera comblée à l’interne.
CGI a donc soumissionné sur cet appel d’offres en compagnie d’IBM et de Hewlett-Packard. Mais selon plusieurs sources, Desjardins aurait évalué très attentivement les dossiers et serait tenté d’accorder une partie du contrat à une des deux entreprises américaines. IBM serait en avance, selon toutes vraisemblances.
La situation serait tellement bien connue dans les réseaux que les dirigeants de CGI ont déjà à moitié abdiqué. Une source bien informée du dossier a même confié à Argent que certaines têtes dirigeantes sont maintenant certaines qu’une partie du contrat va leur échapper. CGI obtiendrait possiblement certains mandats afin d’assurer une transition plus douce.
Le choix n’est pas encore fait
Selon nos informations, Desjardins n’a toujours pas fait son choix ce qui pourrait survenir dans les prochaines semaines. «Je ne commenterais pas le dossier en cours. Il y a un appel d’offres en cours et la décision n’a pas encore été prise», a souligné le porte-parole de Desjardins André Chapleau.
La réponse est la même du côté de CGI. Le porte-parole de l’entreprise Lorne Gorber a indiqué ne pas pouvoir commenter le dossier en raison des clauses de confidentialité. Impossible aussi d’aborder le possible impact sur les 500 employés.
Mais à l’interne, on souligne que la croissance est telle chez CGI que les employés qui travaillaient sur les dossiers de Desjardins pourraient travailler sur des dossiers similaires.
Lors du dernier trimestre, CGI a touché des revenus de 1,1 milliard $ sur 1,6 milliard $ provenant de contrats dans le domaine financier. Cette expertise développée chez Desjardins pourrait donc servir ailleurs, laisse-t-on entendre. Mais la tension est tout de même palpable à l’intérieur de la compagnie.
Dossier hautement politique
Le dossier serait aussi «hautement politique». Chez Desjardins, on voudrait notamment tester l’humeur du Québec Inc. avant de laisser aller une grosse portion du contrat à IBM ou HP au détriment d’une entreprise montréalaise. La décision pourrait donc être prise dans le bureau de la présidente Monique Leroux, chuchote-t-on.
Selon plusieurs, l’hésitation de Desjardins de retourner vers CGI découlerait de leur relation d’affaires lors de la dernière décennie. L’histoire d’amour entre les deux s’est passablement étiolée au fil des années pour finalement atteindre un point de rupture il y a deux ans, selon des sources.
«On ne veut pas divorcer d’un seul coup. Je crois qu’on souhaite plutôt se laisser mais de manière plus douce», nous a-t-on dit de manière bien imagée.