Chercheur dans le domaine des biomatériaux,
à l’hôpital Saint-Françoisd’Assise,
le professeur Marc-André
Fortin et son équipe travaillent dans
l’infiniment petit, sur des nanoparticules
10 000 fois plus petites que le
diamètre d’un cheveu!
© Stevens Leblanc
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Le petit tuteur cardiaque ou la prothèse de hanche que vous portez est le fruit d'années de recherche dans le domaine des biomatériaux, terrain de jeu de prédilection d'un groupe de chercheurs de l'hôpital Saint-François-d'Assise.
Il faut compter 12 à 15 ans et jusqu'à 150 millions $ avant qu'un nouveau biomatériau puisse être implanté chez un patient, le temps de faire les tests nécessaires pour en assurer l'innocuité. On se rappelle des problèmes majeurs et hautement médiatisés liés aux prothèses mammaires en silicone ou encore à une défectuosité dans un type de prothèses de hanche, qui ont dû être retirées du marché.
Une fois le produit mis au point dans un laboratoire universitaire comme celui de l'hôpital Saint-François-d'Assise, il est breveté et diffusé auprès de grandes entreprises qui évalueront si son application est rentable. «L'étude en phase pré-clinique, c'est là où c'est très coûteux. Les universités n'ont pas l'argent nécessaire et cela prend la participation financière de l'entreprise », explique le professeur Marc-André Fortin, du Regroupement pour les matériaux biomédicaux à Saint-Françoisd'Assise.
Bouts d'os
«Au début des années 80, ici, à l'hôpital, on avait besoin de tester de nouvelles prothèses en polymère pour la chirurgie vasculaire. Comme nous sommes aussi un hôpital orthopédique, le besoin était assez criant pour les prothèses de la hanche. Le vieillissement de la population accroît la demande pour les biomatériaux.»
«Ceux-ci ont beaucoup d'avenir dans les biomatériaux, mais il faut demeurer réaliste. Recréer un os au complet n'est pas à notre portée, mais on peut penser reproduire des bouts d'os pour régénérer des articulations du genou ou pour les problèmes d'arthrose. Depuis la création de notre laboratoire des biomatériaux, en 1993, le chemin parcouru est énorme. Ce sont de petites conquêtes au jour le jour, semaine après semaine. Il faut démontrer étape par étape que le nouveau produit constitue une réelle amélioration sur les technologies existantes», expose le professeur Fortin, dont l'axe de recherche a trait aux nanoparticules pour produire des agents de contrastes en imagerie médicale, procurant ainsi une qualité d'images inégalée.
Infiniment petit
Marc-André Fortin et son équipe travaillent dans l'infiniment petit, puisqu'une nanoparticule est 10 000 fois plus petite que le diamètre d'un cheveu! Leurs travaux permettent, notamment, de mieux dépister les tumeurs cancéreuses au cerveau et au foie, par résonance magnétique. Entre autres applications, les nanoparticules pourraient permettre d'injecter avec une grande précision des cellules souches dans le cœur, afin de regénérer des tissus nécrosés à la suite d'un infarctus.
Ses collègues Gaétan Laroche et Diego Mantovani s'intéressent, avec leurs équipes, à la mise au point de stents coronariens d'une grande biocompatibilité qui serviront à débloquer les artères, avec un minimum de risque de rejet, ainsi qu'à la mise au point d'artères artificielles.
GRÂCE AUX POLYMÈRES!
Au Québec, l’espérance de vie atteint
maintenant 80 ans, mais sachez
qu’en 1902, elle ne dépassait guère 46 ans.
Plus encore, en 1789, nos ancêtres mouraient
en moyenne à 29 ans!
Au XXe siècle, les grandes guerres ont
amené leur lot de calamités. Elles ont cependant
fait progresser l’usage de
polymères, dont l’utilisation a servi à la
médecine, à partir des années 50, pour
l’implantation de biomatériaux chez l’humain.
Le titane, notamment, est un matériau
léger qui ne corrode pas. Couramment
utilisé en orthopédie et en dentisterie, le
titane a la propriété de ne pas stimuler de
processus inflammatoire. Il a en outre
permis l’essor de l’aviation, rapporte le
professeur Marc-André Fortin, chercheur
au Regroupement des matériaux
biomédicaux à l’hôpital Saint-Françoisd’Assise.
«Le génie tissulaire permet de créer
des structures en polymère poreuses à
l’intérieur desquelles des cellules peuvent
se greffer pour recréer une artère ou
un morceau d’os», explique-t-il.
Centres de recherches renommés
Il est particulier qu’une ville de la
taille de Québec compte autant de centres
de biomatériaux, remarque M. Fortin.
Pensons au LOEX, qui s’est taillé une réputation
mondiale grâce, au départ, à la
culture de peau pour les soins aux grands
brûlés, à l’hôpital du Saint-Sacrement.
Le CHUL est un ancien hôpital militaire,
ajoute-t-il. «C’est un atout pour
Québec, cette capacité de formation
d’étudiants et de professionnels de recherche.
Dans nos laboratoires, on assure
la formation de gens qualifiés avec, finalement,
peu de moyens financiers. Une
subvention de 100 000$, annuellement,
nous permet de mener un gros projet de
recherche», illustre le professeur Fortin.