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Papi est un «immigrant numérique»


16/02/2010 11h18 


© Photo JdM


En 2001, l'écrivain et orateur Marc Sprensky a inventé l'appellation natifs numériques pour décrire la génération née en même temps que les technologies numériques.

Celle-ci ne fait pas partie de leur vie, elle EST leur vie. Ce terme est devenu en vogue, tout comme son antithèse, l'immigrant numérique. Ce dernier terme désigne ceux qui ne sont pas nés dans un monde où les ordinateurs existaient déjà, mais qui, à différents degrés, font de gros efforts pour en faire partie.

Même si les immigrants numériques ont essayé de s'adapter au nouveau paysage technologique, ils auront toujours, comme le dit si bien Prensky, un accent.

Voici quelques-uns de ses exemples:

  • une propension à imprimer les courriels
  • une utilisation prédominante d'autres méthodes de recherche d'informations au lieu de se tourner d'abord vers Internet
  • un désir tenace de lire un manuel au lieu de faire confiance au programme de tutoriel
  • appeler quelqu'un au téléphone pour s'assurer qu'il a bien reçu votre courriel
Il est donc approprié que la Brock University ait choisi d'offrir un nouveau cours d'introduction sur l'utilisation des médias sociaux, comme Twitter, Facebook, Flickr, LinkedIn et YouTube, même si pour les natifs, ce cours est dénué d'intérêt ou carrément inutile.

Les immigrants numériques n'appuient pas sur les boutons avec autant d'abandon que les natifs numériques. Ils gardent cette crainte: «Si je fais cela, je vais briser l'ordinateur.»
«Tout cela est vrai», selon le professeur James Cooper, qui est devenu le premier coordonnateur des médias sociaux à Brock le 31 août dernier. À 31 ans, il se considère comme un natif (il a passé la moitié de sa vie sur un ordinateur).

«Oui, il y a des gens dont le réseau social se limite à cliquer sur le bouton envoyer après avoir écrit un courriel.» Mais reste qu'ils sont curieux d'en apprendre davantage sur le nouveau monde exaltant des médias sociaux, même s'il n'est pas si nouveau que ça.

Pas si nouveau que ça

Dale Bradley, professeur au département des communications, de culture populaire et de cinéma à Brock, soutient que ses étudiants sont choqués d'apprendre que les médias sociaux existaient déjà au début des années 1980. Enfin, en quelque sorte.

À cette époque, des jeunes pas très cool passaient tout leur temps à faire des bricoles avec leur Radio Shack TRS-80 et PET, de Commodore. Ils construisent leur propre modem avec ce qu'ils ont sous la main (souvent avec des joints toriques provenant de la plomberie locale) et, en entrant en communication avec un ordinateur central (oui, à travers les lignes téléphoniques), publient des messages sur un système de tableau d'affichage.

Et, tout comme avec Twitter aujourd'hui, ils parlent de choses de la vie de tous les jours: de baseball, de Star Trek, de leurs films favoris, etc. «Bien sûr, ils pouvaient parfois attendre plusieurs jours avant d'obtenir une réponse, mais cela paraissait assez excitant à l'époque», soutient Bradley.

Au début, le réseau social en était un local. «Les gens envoyaient des messages à leurs amis qu'ils voyaient de toute façon tous les jours», raconte-t-il. Garder le contact avec une personne éloignée équivalait à payer des factures d'interurbain salées, puisque les données étaient loin de se transmettre à la vitesse de la lumière, à ce moment-là.

Puis est venu FidoNet, un réseau informatique mondial utilisé pour faciliter la communication entre systèmes d'affichage. Révolutionnaire pour son temps, ce réseau éliminait les barrières des zones d'interurbain, passait d'un tableau d'affichage à un autre, jusqu'à en arriver à sa destination.

Donc, désolé, Apple. Désolé, Microsoft. Nous devons tout à ces premiers nerds.

Pensez-vous en texte ou en image?

Au Centre des lettres et sciences humaines numériques, à Brock, le professeur agrégé Barry Joe est ce qu'on pourrait appeler un immigrant numérique.

Il a 61 ans. Il utilise Facebook seulement pour voir des photos de ses petitsenfants. Et lorsqu'il a acheté son premier Xbox, il a cherché en vain dans la boîte le manuel de l'utilisateur.

Il explique ce qu'est un immigrant: ils font confiance aux mots et aux textes, pas aux graphiques ou aux dessins. Ils comprennent que le fait d'avoir du temps pour réfléchir et de composer une lettre est un luxe. «Et nous ne voyions pas pourquoi quelqu'un d'autre serait impliqué dans cette lettre», poursuit-il.

Ils sont toujours ébahis lorsqu'ils voient qu'ils peuvent communiquer avec quiconque, peu importe le lieu où la personne habite, en temps réel. «Avant, lorsqu'on recevait un appel interurbain, on croyait que c'était parce que quelqu'un était mort», rappelle-t-il. Et les voilà propulsés dans un monde où le mot Facebook est un nom et un verbe. «La technologie numérique comporte une part de mystère, parce qu'on ne peut y déceler aucun composant mécanique», précise-t-il. Les immigrants numériques n'appuient pas sur les boutons avec autant d'abandon et de facilité que les natifs numériques, car ils gardent cette crainte: «Si je fais cela, je vais briser l'ordinateur.» Mais lorsqu'ils s'aventurent dans la scène des médias sociaux, ils ont un but. Cela peut être la mère qui veut garder le contact avec son fils maintenant rendu à l'université. Ou le grand-père qui veut voir des photos de ses petits-enfants.

Pour sa part, Cooper a envie de les aider dans le processus.

On peut le voir comme ça: «C'est du bouche à oreille numérique», dit-il. «Cela donne la possibilité aux gens de garder le contact avec des gens qui autrement n'auraient pas essayé de le faire», poursuit-il. Aussi, si ce n'était pas du virtuel, «maintenir un tel réseau serait épuisant.»





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