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En 2001, l'écrivain et orateur Marc Sprensky a inventé l'appellation natifs numériques pour décrire la génération née en même temps que les technologies numériques.
Celle-ci ne fait pas partie de leur vie, elle EST leur vie. Ce terme est devenu en vogue, tout comme son antithèse, l'immigrant numérique. Ce dernier terme désigne ceux qui ne sont pas nés dans un monde où les ordinateurs existaient déjà, mais qui, à différents degrés, font de gros efforts pour en faire partie.
Même si les immigrants numériques
ont essayé de s'adapter au nouveau paysage
technologique, ils auront toujours,
comme le dit si bien Prensky, un accent.
Voici quelques-uns de ses exemples:
- une propension à imprimer les courriels
- une utilisation prédominante d'autres
méthodes de recherche d'informations
au lieu de se tourner d'abord vers Internet
- un désir tenace de lire un manuel au
lieu de faire confiance au programme
de tutoriel
- appeler quelqu'un au téléphone pour
s'assurer qu'il a bien reçu votre courriel
Il est donc approprié que la Brock University
ait choisi d'offrir un nouveau
cours d'introduction sur l'utilisation des
médias sociaux, comme Twitter, Facebook,
Flickr, LinkedIn et YouTube, même
si pour les natifs, ce cours est dénué d'intérêt
ou carrément inutile.
«Tout cela est vrai», selon le professeur
James Cooper, qui est devenu le premier
coordonnateur des médias sociaux à
Brock le 31 août dernier. À 31 ans, il se
considère comme un natif (il a passé la
moitié de sa vie sur un ordinateur).
«Oui, il y a des gens dont le réseau social
se limite à cliquer sur le bouton envoyer
après avoir écrit un courriel.»
Mais reste qu'ils sont curieux d'en apprendre
davantage sur le nouveau monde
exaltant des médias sociaux, même s'il
n'est pas si nouveau que ça.
Pas si nouveau que ça
Dale Bradley, professeur au département
des communications, de culture populaire
et de cinéma à Brock, soutient
que ses étudiants sont choqués d'apprendre
que les médias sociaux existaient
déjà au début des années 1980.
Enfin, en quelque sorte.
À cette époque, des jeunes pas très cool
passaient tout leur temps à faire des bricoles
avec leur Radio Shack TRS-80 et
PET, de Commodore. Ils construisent leur
propre modem avec ce qu'ils ont sous la
main (souvent avec des joints toriques
provenant de la plomberie locale) et, en
entrant en communication avec un ordinateur
central (oui, à travers les lignes téléphoniques),
publient des messages sur
un système de tableau d'affichage.
Et, tout comme avec Twitter aujourd'hui,
ils parlent de choses de la vie de
tous les jours: de baseball, de Star Trek,
de leurs films favoris, etc. «Bien sûr, ils
pouvaient parfois attendre plusieurs
jours avant d'obtenir une réponse, mais
cela paraissait assez excitant à l'époque»,
soutient Bradley.
Au début, le réseau social en était un local.
«Les gens envoyaient des messages à
leurs amis qu'ils voyaient de toute façon
tous les jours», raconte-t-il.
Garder le contact
avec une personne
éloignée équivalait
à payer des factures
d'interurbain salées,
puisque les
données étaient
loin de se transmettre
à la vitesse
de la lumière, à ce
moment-là.
Puis est venu FidoNet, un réseau informatique
mondial utilisé pour faciliter la
communication entre systèmes d'affichage.
Révolutionnaire pour son temps, ce
réseau éliminait les barrières des zones
d'interurbain, passait d'un tableau d'affichage
à un autre, jusqu'à en arriver à sa
destination.
Donc, désolé, Apple. Désolé, Microsoft.
Nous devons tout à ces premiers nerds.
Pensez-vous en texte ou en image?
Au Centre des lettres et sciences humaines
numériques, à Brock, le professeur
agrégé Barry Joe est ce qu'on pourrait
appeler un immigrant numérique.
Il a 61 ans. Il utilise Facebook seulement
pour voir des photos de ses petitsenfants.
Et lorsqu'il a acheté son premier
Xbox, il a cherché en vain dans la boîte le
manuel de l'utilisateur.
Il explique ce qu'est un immigrant: ils
font confiance aux mots et aux textes, pas
aux graphiques ou aux dessins. Ils comprennent
que le fait d'avoir du temps pour
réfléchir et de composer une lettre est un
luxe. «Et nous ne voyions pas pourquoi
quelqu'un d'autre serait impliqué dans
cette lettre», poursuit-il.
Ils sont toujours ébahis lorsqu'ils
voient qu'ils peuvent communiquer avec
quiconque, peu importe le lieu où la personne
habite, en temps réel. «Avant, lorsqu'on
recevait un appel interurbain, on
croyait que c'était parce que quelqu'un
était mort», rappelle-t-il. Et les voilà propulsés
dans un monde où le mot Facebook
est un nom et un verbe. «La technologie
numérique comporte une part de mystère,
parce qu'on ne peut y déceler aucun
composant mécanique», précise-t-il.
Les immigrants numériques n'appuient
pas sur les boutons avec autant
d'abandon et de facilité que les natifs numériques,
car ils gardent cette crainte:
«Si je fais cela, je
vais briser l'ordinateur.»
Mais lorsqu'ils
s'aventurent dans
la scène des médias
sociaux, ils
ont un but.
Cela peut être
la mère qui veut
garder le contact
avec son fils maintenant rendu à l'université.
Ou le grand-père qui veut voir des
photos de ses petits-enfants.
Pour sa part, Cooper a envie de les aider
dans le processus.
On peut le voir comme ça: «C'est du
bouche à oreille numérique», dit-il.
«Cela donne la possibilité aux gens de
garder le contact avec des gens qui autrement
n'auraient pas essayé de le faire»,
poursuit-il. Aussi, si ce n'était pas du virtuel,
«maintenir un tel réseau serait
épuisant.»