Les automobilistes qui circulent encore à Montréal avec un cellulaire en main devraient se dépêcher à changer d'habitude. Avec 700 agents de moins, les policiers de la métropole ont remis presque deux fois plus de contraventions pour cette infraction que leurs collègues de la Sûreté du Québec depuis un an.
Des données obtenues par le Journal révèlent que les 5 200 agents de la SQ ont remis quelque 7 000 contraventions pour cette infraction depuis le 1er juillet 2008.
Au cours de la même période, les 4 500 policiers de Montréal en ont distribué pas moins de 13 000. Les agents du SPVM surclassent, et de loin, les policiers de Laval et de Longueuil, d'après les plus récentes statistiques disponibles (voir encadré).
Une «différence de culture»
Selon l'expert en sécurité routière Robert Poëti, l'écart entre le nombre de billets émis par les agents de la SQ et ceux de la police de Montréal est dû, d'abord et avant tout, à «une différence de culture entre la campagne et la ville».
«À Montréal, il y a beaucoup de gens qui travaillent dans leur véhicule et qui utilisent régulièrement leur cellulaire, dit-il. C'est un phénomène plus urbain.»
Robert Poëti croit que l'étendue du territoire explique pourquoi les policiers de la SQ distribuent moins de contraventions que leurs confrères de la métropole.
«Les policiers de Montréal sont beaucoup plus concentrés, dans une zone presque fermée», dit-il.
La présence, au sein du SPVM, d'une escouade de 133 policiers dédiés exclusivement à la sécurité routière pourrait également peser dans la balance, reconnaît-il.
L'analyse de cet expert est partagée autant par la SQ que par la police de Montréal. «Certaines infractions s'observent beaucoup plus en ville», concède le sergent Ian Lafrenière, du SPVM.
L'agent Marc Butz, de la SQ, souligne que le flot de circulation est plus important à Montréal et que, dans certaines régions éloignées desservies par la police provinciale, les automobilistes n'ont pas accès à un réseau cellulaire fiable.
SOS Ticket
Les milliers de contraventions émises par les policiers pour le cellulaire au volant depuis 2008 gardent occupées les firmes spécialisées dans la contestation des contraventions.
Chez SOS Ticket, par exemple, on affirme avoir traité plus de 450 dossiers jusqu'à présent. Et, dans la quasi-totalité des cas, la contestation a permis d'annuler sinon l'amende, du moins les points d'inaptitude, selon le président de l'entreprise, Alfredo Munoz.
L'interdiction du cellulaire au volant est en vigueur depuis le 1er avril 2008, mais les policiers ont commencé à distribuer des constats d'infraction à compter du 1er juillet seulement.
Signe qu'il reste encore de nombreux récalcitrants, Le Journal n'a pas eu de mal à identifier une soixantaine d'automobilistes délinquants en moins de deux heures au début du mois d'avril dernier.
Les policiers ont à l'oeil les automobilistes qui continuent à conduire avec un téléphone cellulaire à la main, particulièrement à Montréal.
Les contraventions émises depuis le 1er juillet 2008*
- Sûreté du Québec: (en date du 8 juin) 7 167
- De ce nombre: * Environ 4 000 tickets ont été émis sur des routes numérotées (routes provinciales ou autoroutes) et 3 100 sur d'autres artères (routes rurales ou municipales.)1
- Police de Montréal : (en date du 26 mai) 13 590
- Police de Longueuil : (en date du 10 mai) 2 103
- Police de Laval : (en date du 18 juin) 1 091
(* Il s'agit des plus récentes statistiques disponibles auprès des corps policiers.)
Sanctions prévues
-Une amende variant entre 115 $ et 154 $
-3 points d'inaptitude
(1 Cette distinction est tirée des statistiques fournies par le Ministère de la Justice pour la période allant jusqu'au 16 juin 2009.)
(SOURCES: MINISTÈRE DE LA JUSTICE, SQ, POLICE DE MONTRÉAL, POLICE DE LONGUEUIL, POLICE DE LAVAL, SAAQ.)