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Pirates québécois piégés

Il contrôlait 100 000 ordinateurs dans 75 pays!

Eric Thibault
12/02/2009 10h17 

Pirates québécois piégés - Il contrôlait 100 000 ordinateurs dans 75 pays!
Mickael Mancheron, l'un des présumés pirates informatiques en attente de son procès, était plutôt démonstratif le jour de sa comparution au palais de justice de Saguenay, en février 2008. 
© Journal de Québec

Un émule de Mafia Boy capable de contrôler, à partir de chez lui dans le Bas-Saint-Laurent, pas moins de 100 000 ordinateurs dans 75 pays, à l'insu de leurs propriétaires, vient de graver son nom dans l'histoire de la plus importante opération policière jamais menée au Canada contre le piratage informatique.

La condamnation de Jonathan Ouellet, 22 ans, de Rivière-du-Loup, est la toute première obtenue en justice aux dépens de la douzaine de jeunes présumés hackers arrêtés (dont deux à Québec, trois à Saguenay et trois à Montréal) il y a un an par la Sûreté du Québec, lors de l'opération Basique.

Ouellet a écopé une peine de deux ans moins un jour de détention qu'il pourra cependant purger dans la collectivité (étant notamment soumis à une période d'assignation à domicile), plutôt que derrière les barreaux, fin janvier, au palais de justice de Rivière-du-Loup.

De plus, le jeune pirate informatique devra effectuer 150 heures de travaux communautaires. Mais surtout, il ne pourra pas retoucher à un clavier d'ordinateur pendant quatre ans, lui qui sera soumis à une période de probation de deux ans à l'expiration de sa peine, telle qu'imposée par le juge Gérald Laforest.

Ordinateurs contaminés

Selon les faits relatés par le procureur de la poursuite dans cette affaire, Jonathan Ouellet «avait sous son contrôle plus de 100 000 ordinateurs personnels ou d'entreprises dans 75 pays et pouvait les utiliser à distance, à l'insu de leurs propriétaires».

Souriez, vous êtes filmés

Les plus fantasques des pirates informatiques québécois appréhendés lors de l'opération Basique se sont amusés à utiliser la webcam de leurs victimes... et les photographier sans qu'elles le sachent.

Les policiers de la SQ ont découvert des images d'internautes victimes malgré eux des hackers en analysant le contenu du matériel informatique saisi lors des perquisitions faites chez les suspects. Une preuve que ceux qui infectaient ces ordinateurs pour pouvoir en prendre le contrôle à distance pouvaient en faire à peu près n'importe quoi.

Pour ce faire, le réseau de cyberpiratage auquel il est identifié contaminait d'abord avec des logiciels malveillants (appelés des «vers») ces ordinateurs en profitant de failles dans leur système de sécurité. Pendant que les internautes étaient en ligne, les pirates utilisaient alors leur bande passante contre leur gré, «gelant» ou ralentissant ainsi la navigation des victimes.

Une fois contaminés, tous ces ordinateurs étaient rassemblés ensemble au sein d'un réseau informatique «dormant» et leur puissance pouvait ainsi servir à lancer des attaques virtuelles contre des sites Internet pour les paralyser.

«Par exemple, Mafia Boy (le surnom d'un jeune hacker de 15 ans, de l'Île-Bizard, qui avait fait «planter» les serveurs de Yahoo!, Amazon, Dell, eBay et CNN, en 2000, entraînant des dommages de 1,7 milliard de dollars) avait effectué ses attaques en se servant d'une centaine d'ordinateurs "zombies". Jonathan Ouellet en avait plus de 100 000», a expliqué Me Bergeron-Guyard.

Le jeune Louperivois n'a toutefois «pas profité du plein potentiel» de ce réseau et n'en a «pas tiré de bénéfices financiers ou personnels», a précisé le procureur. «C'était plutôt par défi. Lui et les autres accusés se retrouvaient sur le même site de clavardage et en profitaient pour parler de leurs exploits et s'échanger des trucs. Il a tenté de vendre ça pour se faire de l'argent mais n'a pas réussi.»

La SQ estimait que le réseau de pirates québécois avait causé des dommages totalisant plusieurs dizaines de millions de dollars, en tenant compte du coût des réparations ou du remplacement des ordinateurs touchés pour les victimes. Parmi ceux-ci, on en comptait dans des hôtels de la province et chez quelques institutions gouvernementales québécoises et canadiennes qui n'ont pas été identifiées publiquement par les enquêteurs et furent, entre autres plaignants, à l'origine de cette enquête entreprise à l'été 2006.



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