Je trouve réconfortant d’admirer l’esthétique d’une bibliothèque où sont rangés des fictions gagnantes d’un prix Pulitzer, des livres de cuisine, de la littérature féminine et de vieux classiques anglais.
Mes étagères doivent être remplies d’au moins une poignée de romans que je n’ai pas lus, sans quoi j’ai l’impression de manquer de pain ou de lait – j’éprouve un sentiment de manque et le besoin de me réapprovisionner.
Même si je déteste avoir de l’encre d’imprimerie sur les doigts, j’aime le son des pages de journaux qui se froissent lorsqu’on les tourne. Mais l’industrie de l’édition entame une nouvelle ère sans papier, qui pourrait révolutionner notre mode de lecture.
L’entreprise qui a mis le feu aux poudres dans le dossier du papier est E Ink, une compagnie mise sur pied par le Massachusetts Institute of Technology. Sa technologie, l’encre électronique, est utilisée dans des livres numériques qui peuvent contenir des centaines de titres de livres, de magazines et de journaux dans un même dispositif.
«Si vous pouvez vous perdre dans une histoire, cela n’a pas d’importance que ce soit sur support électronique ou sur papier», indique Rita Toews, une Winnipegoise qui a lancé dernièrement le site ebookweek.com. Mme Toews est aussi l’auteur du livre Body Traffic, en nomination pour le Margaret Laurence Book Award.
Plutôt qu’un écran à cristaux liquides, la technologie d’E Ink permet au livre électronique de reproduire l’apparence et l’impression d’un livre édité. L’écran a le même attrait visuel qu’une encre sur papier et n’utilise pas de projecteur de fond, de telle sorte que les écrans peuvent être regardés sous à peu près n’importe quel éclairage, y compris le soleil direct, tout en consommant très peu d’énergie. Habituellement, une pile d’une charge de quatre heures permet de lire 7 500 pages en continu.
On est porté à penser à premier abord que l’apparition du livre numérique va décourager la lecture d’un bon livre de poésie au creux du lit. Mais le site de Mme Toews plaide avec brio pour un changement dans nos comportement de lecture, et ce pour des motifs environnementaux.
Dans sa thèse datant de 2003, Greg Kozak, un étudiant de l’Université du Michigan, s’est penché sur le cycle de vie des livres de papier, en le comparant avec celui des livres électroniques. Les conclusions de son étude démontrent qu’un livre de papier émettait quatre fois plus de gaz à effet de serre qu’un livre électronique.
D’après lui, les livres imprimés requièrent trois fois plus de matériaux de base et consomment 78 fois plus d’eau que les livres électroniques. Selon une autre étude de l’Université de Berkeley, la lecture d’un journal électronique rejette 32 à 140 fois moins de CO2 dans l’atmosphère et nécessite 27 fois moins d’eau.
Aux États-Unis, où les ventes de livres électroniques ont connu une forte progression, les consommateurs peuvent télécharger des livres, des magazines et les principaux journaux, tels USA Today. L’industrie des journaux envisage ce virage avec appréhension. En effet, la lecture en ligne représente déjà une menace pour le format imprimé, ayant jusqu’ici entraîné des milliers de mise à pied d’hommes et de femmes dans ce secteur.
Mais depuis 2007, le quotidien français Les Échos a offert son contenu au livre électronique iRex ILiad. Les articles sont acheminés par courriel et mis à jour à chaque heure. Le coût d’un abonnement et de l’appareil est d’environ 600$CAN. Au Canada, l’unique livre électronique au pays, le Reader Digital Book de Sony, n’offre toujours pas d’abonnement aux journaux. Selon la porte-parole de la compagnie, Candice Hayman, l’un des principaux journaux canadien – dont elle a refusé de révéler le nom – a cependant récemment exprimé un intérêt à l’égard de l’appareil.
Le lecteur de Sony a été lancé au Canada en avril dernier et se détaille à 299$. Toutefois, le coût du téléchargement des livres représente une fraction du coût de l’édition imprimée, soit environ 10$. Entretemps, Esquire a lancé sa 75ième édition en grande fanfare en octobre dernier – devenant le premier magazine à utiliser de l’encre électronique sur sa page couverture. Sur les étalages, on pouvait voir les mots «Le 21ième siècle commence maintenant» clignoter sur une page couverture animée, volant la vedette aux images statiques de ses concurrents inanimés.
«Dans l’industrie de l’imprimerie, le contenu est lisible mais pas modifiable», explique Sriram Peruvemba, porte-parole d’E Ink à Cambridge, au Massachussets. «Par contre, les formats électroniques sont modifiables, mais plus difficiles à lire. Nous avons tenté de combiner les deux pour avoir le meilleur des deux mondes».
Pour ceux qui résistent encore au changement, Mme Toews fait remarquer que le roman en livre de poche a été rejeté par l’élite littéraire lorsqu’il a été mis en marché dans les années 1930. Mais il est devenu très populaire durant la guerre, permettant aux militaires de l’emporter dans leurs poches. Il est maintenant devenu une forme d’édition valable et légitime.
Mais le livre électronique portable n’est-il qu’un autre appareil numérique que nous devrons trimballer, en sus de nos encombrants iPhone, BlackBerry et téléphones cellulaires sur lesquels on peut tout aussi bien lire des journaux électroniques? Pas pour le voyageur d’affaires, qui sera en mesure de télécharger plusieurs livres sur un seul appareil ayant une bonne lisibilité, assure M. Peruvemba. Et pas non plus pour les personnes soucieuses de leur environnement, qui pourront lire pendant des heures sans épuiser leurs piles d’ordinateur portable ou de Blackberry.
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La conservation en nombres
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12
Nombre d’arbres qu’il faut pour produire une tonne de papier imprimé
10
Nombre de personnes par année pour lesquelles un arbre mature produit de l’oxygène durant une saison
5%
Pourcentage de papier recyclé utilisé par l’industrie du livre
35%
Pourcentage de livres imprimés retournés aux éditeurs qui finissent dans des sites d’enfouissement
75 000
Nombre d’arbres utilisés pour produire l’édition du dimanche du New York Times