Le Québec ne suit pas la tendance mondiale

Philippe Rezzonico

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Des plateformes différentes ainsi que des statistiques sans spécificité régionale font qu’il est impossible de quantifier la part des consommateurs québécois au marché en ligne. Une évidence toutefois: les artistes québécois y sont pratiquement absents. Explications.

Avec 3 063 exemplaires vendus en ligne en date de la semaine dernière, Lost in the 80’s, du trio The Lost Fingers, et Oceans Will Rise (593 unités), du groupe The Stills, étaient les seuls disques d’artistes québécois figurant parmi les 50 les plus téléchargés. Rayon chanson, seule Your Love is a Lie (25 654 téléchargements), de Simple Plan, se trouvait parmi les 100 titres les plus courus. On remarque qu’il s’agit d’albums ou de chansons anglophones.

Contrairement à ses palmarès de disques de ventes au détail qui découpent les marchés (Québec, Ontario, Maritimes, etc.), les palmarès en ligne du SoundScan pour les albums et les chansons englobent tout le Canada. De plus, le SoundScan ne fait pas état de toutes les platefor mes. Ça fausse les données et toutes les plateformes n’ont pas la même pénétration.

«iTunes représente à elle seule plus de 80% du marché musical en ligne», note Olivier Trudeau, directeur, développement des affaires, commerce électronique, du Groupe Archambault.

«Le marché en ligne est de 12% au Canada, 15% pour l’ensemble de la planète, 30% aux États-Unis, 60% en Corée du Sud et moins de 2% au Québec», note Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ.

Inquiétude

Si elle estime que la hausse des ventes de chansons en ligne est une bonne nouvelle pour l’industrie, la directrice est inquiète quant à la spécificité de notre marché.

«Dans le temps, le 45 tours ne suffisait pas à faire vivre nos artistes, contrairement aux artistes internationaux, qui bénéficiaient de marchés plus vastes. Même si le single québécois en ligne était plus en demande, peut-on penser qu’un artiste ou qu’un groupe québécois pourrait atteindre 200 000 téléchargements dans un marché de quatre millions d’acheteurs?».

«Cette nouvelle tendance vers le single reflète un besoin du marché, note Olivier Trudeau. À moyen terme, ça risque de faire disparaître les compilations parce que les gens pour ront faire les leurs eux-mêmes. Pour le commerce en ligne, on a de deux à trois ans de retard sur les États-Unis.»

En revanche, si le Québec traîne la patte, c’est parce que nous achetons encore beaucoup de disques en vente au détail.

«En 2007, plus de la moitié de ce qui a été acheté au Québec l’était d’artistes québécois», note Solange Drouin. «La chute du CD a été moins dramatique au Québec qu’aux États-Unis parce qu’on ne veut pas pirater nos artistes, mais ce n’est pas vrai pour les artistes d’ailleurs», conclut Olivier Trudeau.


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