Après l’appel à la prudence lancé par 19 scientifiques signataires d’une mise en garde publiée dans le Journal du Dimanche, l'Académie nationale de Médecine a riposté mardi de manière cinglante.
La prestigieuse institution fondée en 1731 et située à Paris, rue Bonaparte, a qualifié le geste des scientifiques de «démagogique». Pour l'Académie, les scientifiques (la plupart des cancérologues) réunis autour du célèbre médecin David Servan-Schreiber, auraient un ton qui ne fait qu’inquiéter inutilement la population.
Le professeur André Aurengo, membre de l'Académie, a fait remarquer que certaines études épidémiologiques présentent des «erreurs méthodologiques extrêmement graves, qui font que quels que soient les résultats, leur crédibilité n'est pas très forte».
Au centre de la polémique, l'étude Interphone en cours actuellement menée dans 13 pays, dont le Canada. Cette vaste étude épidémiologique commencée en 2000, examine s’il existe une relation entre l’usage du téléphone mobile et les tumeurs de la tête. Or pour l’Académie, l’étude pilotée par l'OMS s’appuie sur les résultats partiels et «pour le moment rassurants» selon elle. Elle juge que les 19 scientifiques interprètent mal ces résultats partiels.
L’Académie n’a pas mâché ses mots en rappelant que «la médecine n'est ni de la publicité ni du marketing, et qu'il ne peut y avoir de médecine moderne que fondée sur les faits». Ce direct décoché au visage des 19 scientifiques en les qualifiant de «machine alarmiste», a voulu rappeler que des milliards de portables sont utilisés dans le monde depuis 15 ans sans conséquences apparentes sur la santé.
Un bémol toutefois pourrait être formulé devant la colère de l’Académie. Les conclusions sans cesse annoncées de l’étude Interphone sont reportées à tout bout de champ. Personne ne peut donc encore affirmer s’il y a ou non un risque pour la santé à utiliser des téléphones portables.