Des enseignants du monde entier s’opposent aux jeux vidéo excusant l'intimidation

En réaction à Bully: Scholarship Edition - Des enseignants du monde entier s’opposent aux jeux vidéo excusant l'intimidation

Le lancement du jeu vidéo Bully: Scholarship Edition - dont la copie d'écran ci-dessus est sans équivoque - a suscité une levée de boucliers parmi des spécialistes de l'enseignement du monde entier, qui ont décidé de faire front commun contre les jeux vidéos prônant ou excusant l'intimidation ainsi que la cyberintimidation sous toutes ses formes.

Une coalition de huit organisations de l'enseignement de l'Amérique du Nord, des Antilles, du Royaume-Uni, de l'Australie et de la Corée du Sud entreprend une démarche sans précédent pour condamner l'intimidation et la cyberintimidation sous toutes leurs formes.

La levée de boucliers parmi des organisations de l'enseignement qui représentent plus de quatre millions de travailleuses et de travailleurs du secteur de l'enseignement et de l'éducation dans ces pays a été provoquée par le lancement du jeu vidéo Bully: Scholarship Edition.

Cette coalition est dirigée par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) et comprend la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), National Education Association (NEA) aux Etats-Unis, National Union of Teachers (NUT) au Royaume-Uni, Scottish Secondary Teachers' Association (SSTA) en Écosse, Australian Education Union (AEU) en Australie, Korean Federation of Teachers' Association (KFTA) en Corée et la Caribbean Union of Teachers dans les Antilles.

«Le personnel de l'éducation partout dans le monde s'inquiète profondément de l'impact de la violence dans les médias, surtout lorsqu'elle est commercialisée en tant que divertissement», soutient Fred van Leeuwen, secrétaire général de l'Internationale de l'Éducation (IE), la fédération syndicale mondiale qui représente le corps enseignant.

«Il est clair que ces vidéo violents compromettent nos efforts pour créer des écoles sécuritaires où les enfants peuvent se développer et apprendre sous le signe du respect. En tant qu'enseignantes et enseignants, nous avons le devoir professionnel de nous élever contre ce genre de comportement d'intimidation, qu'il se produise dans la communauté, en salle de classe ou sur l'écran d'ordinateur.»

«Les enseignantes et enseignants sont préoccupés par ce jeu vidéo malveillant qui banalise et glorifie l'intimidation à l'école. Ils savent bien qu'il n'est qu'un des milliers de vidéo violents et agressifs sur le marché, mais il n'en demeure pas moins que Bully touche de plus près le personnel enseignant et les élèves», explique Emily Noble, présidente de la FCE.

«Nous avons été déçus d'apprendre la parution du jeu en 2006. Et nous sommes consternés par le fait que cette nouvelle version serait plus réaliste et mettrait en évidence de nouvelles méthodes pour harceler et intimider», ajoute Angelo Gavrielatos, président de l'AEU.

«Quel exemple de mauvais goût à montrer aux jeunes! Le jeu va à l'encontre de tout notre travail en faveur de la civilité, de l'engagement social et de la résolution pacifique des conflits», déclare Adolph Cameron, président de la CUT.

«À une époque où les médias attirent de plus en plus l'attention sur les comportements d'intimidation et de cyberintimidation, la dernière des choses dont nous avons besoin est un jeu vidéo qui provoque davantage de tels comportements», affirme Reg Weaver, président de la NEA. «Après tout, chaque enseignante ou enseignant a vu au moins une ou un de ses élèves reproduire ce qu'il avait vu et regardé sur un écran vidéo.»

Des études ont montré que les jeunes qui regardent des émissions ou des films violents ou jouent à des vidéo violents ont tendance à imiter ce comportement dans la vraie vie.

- Selon une étude réalisée par l'UNESCO, presque la moitié (44%) aussi bien des garçons que des filles décrivent un fort recoupement entre ce qu'ils perçoivent comme réalité et ce qu'ils voient à l'écran. Beaucoup d'enfants se trouvent dans un environnement où les expériences, tant réelles que médiatiques, corroborent l'idée que la violence est naturelle et qu'elle constitue la solution la plus efficace aux problèmes de la vie.

- Selon l'organisme sans but lucratif Réseau Éducation-Médias (MNet), la violence dans les habitudes de jeu des jeunes atteint un niveau inquiétant. Une enquête du Réseau Éducation-Médias, intitulée «Les Jeunes Canadiens dans un monde branché», a montré que 32% des 9 à 17 ans s'amusaient à des jeux vidéo «tous les jours ou presque tous les jours» et que, de ce nombre, 60% classaient les d'action et de combat parmi leurs préférés.

- Selon une étude publiée en 2003 dans Psychological Research in the Public Interest, la musique, les émissions de télévision, les films et les jeux vidéo violents augmentent les risques de comportements agressifs et violents à court et à long terme.

«Dans le passé, l'intimidation n'avait lieu que dans la cour d'école ou le quartier, et les jeunes se sentaient protégés contre l'intimidation dans leur foyer. La situation a changé, avec l'utilisation accrue du courrier électronique, des sites Web, de la messagerie instantanée, des sites de réseautage personnel, des bavardoirs et de la messagerie textuelle. Aujourd'hui, l'intimidation s'est transformée en cyberintimidation qui étend maintenant ses tentacules hideux jusque dans les foyers», précise Steve Sinnott, président de la NUT.

La recherche révèle que des jeunes pratiquent la cyberintimidation vu le caractère anonyme de la sphère virtuelle. «Les effets psychologiques dévastateurs de l'intimidation à la fois verbale et sociale sont même encore plus profonds en ligne parce que la victime souvent ne sait pas qui la harcèle et que bon nombre de personnes peuvent en secret être témoins de l'intimidation ou se prêter à cette activité», explique Ann Ballinger, présidente de la SSTF.

«L'absence de signaux visuels non verbaux dans le monde non physique d'Internet fait qu'il est difficile pour les auteurs et auteures d'évaluer comment les autres reçoivent leurs actions. Lorsqu'on ne peut pas percevoir l'effet de ses actions sur les autres, il est difficile de ressentir de l'empathie», ajoute Kim Dong-suk, porte-parole de la KFTA.

«L'intensification du phénomène d'intimidation et de cyberintimidation nuit au milieu d'apprentissage et d'enseignement. Les enseignantes et enseignants voient de première main les effets néfastes de l'intimidation sur la capacité des élèves à apprendre et à se développer. Trop de gens subissent tout au long de leur vie les effets de la discrimination, du harcèlement, de la victimisation et de la violence dont ils ont été la proie à l'école», explique pour sa part Réjean Parent, président de la CSQ.

«C'est ainsi que la cyberintimidation est devenue un sujet de préoccupation pour le personnel enseignant et ses organisations. C'est ainsi que nous, membres d'une coalition de la profession enseignante, nous opposons fermement à toute forme de promotion ouverte du comportement d'intimidation et de la violence, comme le jeu vidéo Bully: Scholarship Edition. À une époque où la composition des classes est tellement diverse et complexe, un jeu comme celui-là cible les élèves ayant des difficultés d'apprentissage ou encore des problèmes sociaux et comportementaux. Il n'aide en rien à la promotion de relations positives. Nous gardons à l'esprit l'intérêt des enfants de nos pays respectifs. Nous encourageons les magasins de détail à refuser de vendre ce jeu de mauvais goût et nous incitons également les parents à bannir ce jeu de leur foyer», conclut Emily Noble, présidente de la FCE.

Toutes les organisations de l'enseignement mentionnées ici adhèrent à l'Internationale de l'Éducation, la fédération syndicale mondiale qui représente 30 millions de travailleurs et de travailleuses du secteur de l'enseignement et de l'éducation dans 171 pays et territoires.


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