Comme arrêter la cocaïne

Défi sans techno, jour 2 - Comme arrêter la cocaïne

Jonathan Dupré était privé de son «paradis artificiel».Photo Jean-Luc Barmaverain, Le Journal de Montréal

Jean-François Codère
Le Journal de Montréal

«Rendu à mercredi, j'avais vraiment l'impression qu'il était en sevrage, se souvient Daniel Latrémouille, le père de Karl, 11 ans. Je ne connais personne qui prend de la cocaïne, mais j'avais l'impression que c'était pareil.»

Cette impression, Daniel et sa femme, Nancy Gagnon, l'ont eue en voyant Karl couché sur le plancher, en haut de l'escalier, en plein milieu de la journée, l'air déboussolé. Une autre fois, Karl s'était étendu sur le divan, la tête à l'envers, encore une fois perdu.

Son comportement aussi avait changé. «Il était sec avec nous, son agressivité montait», a remarqué sa mère.

Jonathan, 25 ans, voit lui aussi un lien entre son état, durant cette semaine de «sevrage» et celui d'un alcoolique ou d'un consommateur de drogues privé de son paradis artificiel.

«C'est assez proche. Tu sens qu'Internet, la télévision, etc. sont vraiment rendus une partie de ta vie. C'est presque des trucs que tu fais sans t'en rendre compte. Les toxicomanes en sevrage jouent à des jeux de société, voient du monde. Ça ressemble pas mal à ce que je faisais.»

Dans son cas, le manque en était rendu à le hanter. «Ça me stressait pas mal de me lever le matin et de ne pas trop savoir quoi faire. Le soir aussi. C'est pour ça que je me couchais de bonne heure. Les journées étaient plus courtes.»

Un ermitage

«Les jeunes sont très dépendants envers les technologies», confirme Cathy Wing, directrice exécutive du Réseau Éducation-Médias. Dans bien des cas, note-t-elle, «Internet est leur vie sociale».

Même s'il existe d'autres façons de socialiser, elles créent des frustrations, estime Mario Asselin, un ancien directeur d'école qui suit de près l'utilisation des technologies par les plus jeunes.

«Ils sont habitués à des réponses immédiates. Là, il y a un délai qui s'installe et ils ne sont pas habitués de composer avec cela. Pour certains, c'est une découverte.»

Un jeune soudainement débranché «peut découvrir de nouveaux côtés de lui», estime M. Asselin. «Ça peut s'avérer une prise de contact avec lui-même, un peu comme quelqu'un qui se retire à (l'abbaye de) Saint-Benoît-du- Lac.»


Vidéos

Photos