Québec Pluriel en colère

Le «Kunta Kinté» des Têtes à claques - Québec Pluriel en colère

Le clip visé par une mise en demeure de Québec Pluriel montre un couple de voyageurs, Lucien et Monique, attachés dans une marmite étroitement surveillée par un cannibale.

Dany Bouchard
Le Journal de Montréal

Les Têtes à claques sont sommées de s'excuser pour l'un de leurs clips, Le Cannibale, jugé raciste par Québec Pluriel, un organisme qui favorise l'intégration des ethnies.

«C'est insultant, dégradant et inadmissible», estime le mouvement.

«C'est ridicule [...] et triste», rétorque plutôt Michel Beaudet, créateur des célèbres personnages.

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Le Cannibale

Le clip visé par une mise en demeure de Québec Pluriel montre un couple de voyageurs, Lucien et Monique, attachés dans une marmite étroitement surveillée par un cannibale, noir en l'occurrence.

«Hé, Kunta Kinté, l'interpelle à un moment donné le personnage de Monique.

«Vilaine bonne femme, super-envie de pipi», lui dit-elle avant d'uriner dans la marmite pour la faire déborder.

Pour Québec Pluriel, l'insulte vient de l'association entre le qualificatif «cannibale» au nom de Kunta Kinté, un esclave africain dont l'histoire, comme celle de millions d'autres esclaves du continent, a été révélée par l'écrivain afro-amércain Alex Haley.

«Kunta Kinté n'est pas n'importe qui pour la communauté noire» défend la vice-présidente de Québec Pluriel, Lydie Olga Ntap.

«Je ne pense pas que les Québécois de souche aimeraient qu'on parle de Jacques Cartier ou de Champlain de la sorte», ajoute-t-elle, prétendant qu'un tribunal ontarien a tranché par le passé qu'il est raciste de qualifier quelqu'un de «Kunta Kinté».

«Ridicule»

Joint hier, le créateur des Têtes à claques s'est défendu d'avoir voulu provoquer qui que ce soit.

«Il n'y a aucun propos dénigrant là-dedans. C'est une mise en scène absurde!» répète Michel Beaudet.

Ce dernier confirme avoir reçu la mise en demeure de Québec Pluriel le 18 avril, mais admet l'avoir rapidement mise de côté.

«On l'a lue, on a souri et on l'a mise sur une tablette», raconte-t-il, disant trouver la démarche de Québec Pluriel complètement «ridicule».

Vision paranoïaque

«C'est une vision paranoïaque d'un petit groupe de personnes qui ne représente pas la majorité», ajoute Michel Beaudet, qui avoue s'être servi du nom Kunta Kinté sans même y réfléchir.

«Ça a sorti comme ça. [...] Kunta Kinté, c'était le héros de Roots, une série que j'écoutais quand j'avais sept ou huit ans», explique-t-il.

Près de 3 millions d'internautes

Fondé en mars dernier, le mouvement Québec Pluriel réclame des excuses de la part de Michel Beaudet et exige que la diffusion du clip, dans le Web ou sur les téléphones de Bell Canada, soit interrompue.

Les responsables du mouvement, qui ne compte que 30 membres, discutent de la possibilité de s'adresser aux tribunaux pour réclamer des dommages moraux et punitifs.

Le clip du Cannibale a été vu, jusqu'à maintenant, par quelque 2900 000 internautes, qui lui ont attribué une cote de quatre étoiles et demie sur une possibilité de cinq.

dbouchard@journalmtl.com


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