Wikipedia est-il crédible?

Internet - Wikipedia est-il crédible?

Le fondateur de Wikipedia, Jimmy Wales, a demandé aux contributeurs qui prétendent détenir des titres de compétence de dévoiler leur identité au lieu de signer ces articles par des pseudonymes.

Vivian Song
Sun Media

Si vous avez cherché «Rocky Mountains» dans la version anglaise de Wikipedia récemment, vous avez probablement découvert cette courte description.

«Les eaux des rivières Platte et Snake ainsi que celles du Rio Grande sont reconnues pour leurs propriétés curatives, capables de guérir l'eczéma, la déshydratation et la syphilis. Mélangez-là à des portions égales de sucre et de jus de citron et vous obtiendrez une boisson rafraîchissante pour les jours d'été, peut-on y lire. Les habitants de la région préviennent toutefois qu'il ne faut pas boire de l'eau non traitée de la rivière Snake entre 13h et 15h, car elle est réputée pour transformer les gens en rongeurs sans fourrure.»

Cette addition à été ajoutée un mardi, à 17h38, et est demeurée sur le site pour environ cinq heures avant d'avoir été identifiée comme étant du vandalisme, puis retirée vers 22h35 par un certain Vsmith, qui a pris la peine de servir un sévère avertissement à son auteur.

«Si vous persistez dans cette voie, vous pourriez ne plus pouvoir éditer les entrées sans aucune autre forme d'avertissement. Veuillez arrêter et penser à améliorer le travail des autres au lieu de lui porter ombrage. Merci.»

Nous devons l'admettre, il s'agissait d'une expérience tentée par Sun Media, qui a prouvé notre point: si tout un chacun peut éditer les données de la plus grande encyclopédie du monde, jusqu'à quel point peut-on s'y fier?

Le débat entourant la crédibilité de Wikipedia n'est pas nouveau, mais il s'élargit pour englober toute la crédibilité que l'on accorde à l'Internet.

En vertu de la somme d'information qui s'y trouve, est-ce que cet outil d'information de masse fait en sorte que l'on en sache plus ou si nous sommes plus aptes à être mal informés?

Wikipedia se targue d'être «l'encyclopédie gratuite où tout le monde peut contribuer». En tout juste six ans, ce site compte maintenant plus de six millions d'entrées, en 250 langues. Ces entrées sont rédigées en collaboration par une armée de bénévoles éparpillés autour du globe, la plupart d'entre eux portant une attention particulière aux sujets qui les intéressent et pour lesquels ils disposent d'une certaine expertise. Les changements apportés à Wikipedia le sont en temps réel, sous aucune supervision.

La semaine dernière, à la suite d'un incident qui a secoué les Wikipédiens, le fondateur de Wikipedia, Jimmy Wales, a demandé aux contributeurs qui prétendent détenir des titres de compétence de dévoiler leur identité au lieu de signer ces articles par des pseudonymes. Un de leurs plus prolifiques contributeurs, censé être un professeur titulaire de religion et un expert en droit canonique et qui avait contribué à plus de 20 000 entrées, était en réalité un décrocheur universitaire de 24 ans du Kentucky.

La philosophie de Wikipedia est qu'une collaboration non supervisée, faite par des contributeurs «bien intentionnés et informés améliorera progressivement le contenu... et avec le temps, la vérité l'emportera et même les erreurs les plus subtiles seront corrigées».

Mais quand et comment le lecteur moyen en quête d'information peut-il être certain d'avoir trouvé la vérité alors?

Par exemple, une recherche sur le «sergent Cam Woolley» - un officier de communications assez connu de la police provinciale ontarienne – vous donnera cette information plutôt saugrenue, pour laquelle Sun Media décline toute responsabilité cette fois: «Il est présentement le détenteur du record du plus grand nombre de nachos mangés par un officier de police du Commonwealth.»

Quand nous lui en avons parlé, Woolley s'est esclaffé, déclarant qu'il n'aimait même pas les nachos.

Des experts citent des études qui démontrent que les utilisateurs de sites Internet accordent souvent une crédibilité aux sites qu'ils visitent selon leur apparence.

Si l'habit ne fait pas le moine, la page d'accueil d'un site ne peut être garante de sa crédibilité.

«Nous devons essentiellement être nos propres filtres, dit Warren Nightingale, spécialiste de l'éducation face aux médias au Réseau Education-Médias, un centre d'aide d'Ottawa destiné aux enseignants. Ca donne plus de responsabilités aux lecteurs, mais en même temps, ça leur donne plus de pouvoir.»

Idéalement, les utilisateurs devraient être en mesure d'identifier qui s'occupe de la mise à jour de l'information contenue sur le site et s'ils ont un intérêt pour les sujets abordés. L'information devrait y être à jour et plus le site bénéficie d'une crédibilité extérieure, comme d'être un site académique, le plus de crédibilité devrait-on lui accorder.

De bien interpréter le ton utilisé est également important, ajoute Nightingale.

«Est-ce que les propos qui sont tenus sur ce site sont enflammés? Est-ce que ce semble être une approche neutre vis-à-vis de l'information véhiculée ou si ce semble être un témoignage personnel?»

Le réseau suggère également de vérifier l'information avec au moins trois autres sources et de voir si des sites gouvernementaux, académiques ou de maisons d'éducation proposent des hyperliens vers ce site.

Il y a eu un changement important dans la façon dont est maintenant perçue l'information, un changement grâce auquel des entrepreneurs avant-gardistes pourront tirer profits, ajoute B.J. Fogg directeur du Persuasive Technology Lab de l'Université Stanford, qui étudie la crédibilité du web.

Au lieu d'accorder une crédibilité aux sites uniquement en se basant sur l'information qui y est affichée, les utilisateurs évaluent maintenant la personne responsable de cette information, dit Fogg.

«Pour sauver du temps, nous allons nous tourner vers des communautés ou des filtres en lesquels nous avons confiance.»

Il qualifie ces filtres de «systèmes de réputation portables» - un système de pointage où nous évaluons les gens et leur accordons notre vote de confiance ou non.

Fogg compare ces systèmes à son titre universitaire, PhD de Stanford, qui lui confère une crédibilité instantanée.

Rapleaf.com est un exemple. Les utilisateurs sont en mesure d'y évaluer la crédibilité d'une personne en tant qu'acheteur, vendeur et ami et sont en mesure de vérifier si un vendeur potentiel mérite qu'on lui envoie son argent autrement qu'en se basant seulement sur son adresse courriel.

«Dans quelques années, vous serez en mesure de vous faire une opinion sur à peu près n'importe qui en ligne», dit Fogg.

Les journalistes ne sont pas infaillibles non plus. La semaine dernière, le magazine satirique Frank a fièrement annoncé comment elle avait pu berner le baron déchu de la presse Conrad Black et plusieurs médias, dont The Guardian, en Grande-Bretagne, quand ils ont lancé un site bidon: supportconradblack.com.

Pendant ce temps, les utilisateurs devront se fier à leur gros bon sens pour comprendre, par exemple, que même si ça s'est retrouvé en ligne pendant quelques heures sur Wikipedia, les chasseurs de phoques n'ont pas trouvé une façon moins cruelle de chasser en amadouant les bêtes avec des sandwichs au beurre d'arachides et confiture d'abricots.

Merci à des gens comme Vsmith.


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