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Arctique / Réchauffement

Le pire est à craindre

Jessica Nadeau
Le Journal de Montréal
26/02/2007 05h31 

Arctique / Réchauffement - Le pire est à craindre
L'humain ne pourrait plus rien faire pour empêcher la planète de se réchauffer. 

La fonte du pergélisol dans le monde circumpolaire pourrait entraîner un effet d'emballement du réchauffement climatique. En clair, cela signifie que l'humain ne pourrait plus rien faire pour empêcher la planète de se réchauffer.

C'est l'hypothèse que soulèvent plusieurs spécialistes des changements climatiques qui s'inquiètent de la fonte rapide des couches supérieures du pergélisol dans les régions polaires.

Du méthane

Dans son dernier rapport, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) parlait d'un réchauffement du pergélisol de 3 degrés dans l'Arctique. Or, ces sols gelés en permanence renferment des quantités phénoménales de méthane, un gaz à effet de serre 22 fois plus puissant que le CO2.

En dégelant, le sol libérera ce méthane, ce qui entraînerait, selon plusieurs experts, un réchauffement exponentiel impossible à contenir.

«Il y a des potentiels dans ce phénomène qui sont insoupçonnés et on ne peut même pas donner d'ordre de grandeur fiable», confiait récemment au Journal le professeur et auteur du livre Vivre les changements climatiques, Claude Villeneuve.

Le sol québécois fond

Au Québec, c'est toute la région du Nunavik qui repose sur du pergélisol à degrés variables, allant de quelques centimètres à plusieurs centaines de mètres.

À la limite nordique des arbres près d'Umiujaq sur la côte est de la baie d'Hudson, deux chercheurs québécois suivis par le Journal la semaine dernière tentaient justement de préciser leurs données en sondant le sol à l'aide d'ondes électromagnétiques.

La bonne nouvelle, selon eux, c'est que le pergélisol québécois, qui s'est formé principalement dans le roc, renferme peu de méthane comparativement à la Sibérie, à l'Alaska ou à la région canadienne du MacKenzie.

La mauvaise, c'est que le sol s'est déjà réchauffé de deux degrés au cours de la dernière décennie et que le mollisol à la surface du pergélisol a plus que doublé par endroits.

Le thermokarst

Malgré ces constatations qui l'inquiètent au plus haut point, le spécialiste du sol arctique Michel Allard réfute la théorie du phénomène d'emballement.

«Oui, ça va dégager du méthane, mais ce ne sera pas l'explosion qu'on attend. Les couches en profondeur vont dégeler beaucoup moins rapidement que les couches supérieures puisque la neige va agir comme isolant.» Ainsi, selon lui, le principal problème associé au méthane au Québec est la formation de thermokarst.

Ce phénomène est provoqué par l'effondrement d'une butte qui avait préalablement emmagasiné de l'eau gelée, créant en se réchauffant de petits lacs où se développe de la micro-faune bactérienne. Celle-ci produit à son tour des bulles de méthane qui remontent à la surface avec une caractéristique odeur de gaz.

«Le Nunavik est en train de devenir une des régions du monde les plus intéressantes pour l'étude des thermokarsts, constate Michel Allard. Et ça ne peut aller qu'en se dégradant.»

jnadeau@journalmtl.com








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