Quand le jeu n'est plus amusant...

Isabelle Maher
Le Journal de Montréal

Vous ne pouvez imaginer votre vie sans les jeux vidéo ? Vous avez peut-être basculé du côté de ceux qui ne s'amusent plus.

«J'ai toujours joué», résume Éric Desnoyers, un père de famille de 27 ans qui consacre plus de trente heures par semaine à ses jeux vidéo.

«Ça occupe l'esprit, ça fait passer l'angoisse après une mauvaise journée, c'est un moyen de m'évader», confie-t-il.

Éric se dit timide et réservé. Il sait que les jeux l'empêchent d'aller vers les autres, mais il ne perçoit pas cela comme un problème. Lorsqu'on lui demande s'il est dépendant des jeux, il répond sans broncher :

«Oui, mais on est tous dépendants de quelque chose.»

Si un jour son fils passe autant de temps que lui sur sa console de jeux, sera-t-il fier de lui ?

«Absolument ! Pendant qu'il fait ça, il ne fait pas de niaiseries», tranche-t-il.

Jouer la nuit

«Le problème, c'est qu'ils ont souvent de bons arguments. Ils disent : Je ne fais rien de mal, je suis à la maison», explique Jean-Pierre Rochon, psychologue et auteur du livre Les Accros d'Internet.

Ce psychologue reçoit souvent, en pratique privé, des parents et des conjoints de gamers pathologiques.

«Il s'agit de jeunes de 12 à 20 ans qui passent en moyenne de 5 à 18 heures par jour à jouer. Ils ne mangent plus, ils sont dépressifs. Leurs parents sont dépassés et ne savent plus quoi faire.»

Un joueur malade fait souffrir son entourage, note M. Rochon. «Souvent, les parents ne veulent pas qu'ils jouent, alors ils jouent la nuit. Aux parents, je dis : Maintenez les tâches, ne cessez pas de les encadrer, ne leur laissez pas le choix.»

Et la vraie vie ?

«Si un joueur diminue les autres activités et qu'il préfère toujours jouer, c'est signe qu'une dépendance s'installe», explique Magalie Dufour, chercheuse spécialisée dans les dépendances à l'Université de Sherbrooke.

Les jeux offrent plusieurs avantages à ceux qui en abusent.

«C'est bon pour leur estime personnelle. Ils gagnent, ils performent. Mais en jouant ils ne développent pas leurs habilités relationnelles, ils n'ont pas de contact réel avec la vraie vie.»

Comme dans toutes choses, il faut viser l'équilibre, note la psychologue.

«Le grand défi, c'est d'apprendre à se contrôler. Il n'est pas normal de pouvoir jouer à ces jeux sans aucune limite», conclut-elle.

Pour qu'un joueur soit considéré comme cliniquement dépendant, il doit remplir trois critères :

  • 1- Perte de contrôle : le joueur ne peut s'arrêter
  • 2- Obsession : le jeu est son seul centre d'intérêt
  • 3- Conséquences : impact sur l'alimentation, le sommeil, l'école, le travail ou les relations interpersonnelles

    Gamer : terme anglais qui désigne un passionné des jeux vidéo.


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