Marie-France Saint-Martin est découragée de notre système d’éducation. Si ses enfants avaient bénéficié de services appropriés plus tôt, ils ne seraient pas obligés de consommer du Ritalin, pense-t-elle.
«Mes enfants ont tous le goût d’apprendre, dit la mère, mais ils ne reçoivent pas les services dont ils ont besoin, comme ceux d’un psychologue, d’un orthopédagogue ou d’un orthophoniste.»
«Chaque fois qu’on leur fournit des services, c’est toujours par miettes, s’indigne-t-elle. Si on s’était occupé d’eux adéquatement, ils n’en seraient pas là aujourd’hui.»
Marie-France Saint-Martin a six enfants: quatre gars et deux filles. Trois de ses fils sont obligés de prendre le populaire médicament et le quatrième en consommait encore, il n’y a pas si longtemps.
«J’ai arrêté de lui en donner quand il a fini par voir un orthophoniste», dit-elle. «Mon fils est dyslexique et le spécialiste m’a dit que le Ritalin ne changeait rien à sa condition. Avoir su ça plus tôt, j’aurais toujours refusé de lui en donner», peste-t-elle.
Forcée d’en faire prescrire
Mme Saint-Martin soutient avoir été forcée de «faire prescrire» du Ritalin à ses rejetons par plusieurs
enseignants.
«Il y a au moins un professeur pour chacun de mes enfants qui m’a dit d’aller voir un médecin pour qu’il en prenne, lance-t-elle, même s’ils n’en avaient pas besoin. Une prof m’a même menacé de ne pas reprendre mon fils dans sa classe, s’il ne prenait pas du Ritalin.»
«Je trouve ça dégueulasse, dit-elle. On préfère mettre les jeunes là-dessus pour se débarrasser du problème, au lieu de leur fournir les services appropriés.» La maman reconnaît qu’au moins deux de ses fils ont réellement besoin d’être médicamentés.
«C’est clair que ceux-là ont besoin de Ritalin, dit-elle. Quand ils n’en prennent pas, ils deviennent très agités.»
Mais, du même souffle, Mme Saint-Martin pense que le manque de soutien dont ils souffrent depuis leur entrée à l’école n’a pas aidé à améliorer leur sort.
«Mes enfants ont été marginalisés », dit la mère. Depuis qu’ils vont à l’école, ils n’ont plus aucune estime d’eux-mêmes.»
Elle culpabilise
Marie-France Saint-Martin avoue culpabiliser, de temps à autre, lorsqu’elle réfléchit sur l’état de santé de ses enfants. La mère pense elle-même avoir souffert d’hyperactivité dans sa jeunesse et elle croit avoir transmis cette pathologie par voie héréditaire.
«Je me sens jugée, soupire-t-elle. Parfois, je me dis que c’est de ma faute.» Chaque fois, cependant, elle arrive toujours à changer son fusil d’épaule. «Au fond, je pense qu’il faut aller voir ce qui se passe dans les écoles pour comprendre les problèmes des jeunes d’aujourd’hui», lance-t-elle.