La croissance vertigineuse de la consommation de Ritalin est directement reliée au sous-financement du réseau scolaire, selon plusieurs observateurs du monde de l’éducation.
À l’heure actuelle, les jeunes Québécois sont de loin les plus grands consommateurs de Ritalin et de méthylphénidates au pays, révèle une enquête menée par Le Journal de Montréal.
Toutes proportions gardées, ils en consomment trois fois plus que les enfants de la Colombie-Britannique et de l’Alberta.
Cette distinction peu enviable est une conséquence directe du manque de ressources spécialisées dans les écoles de la province, estime le président de l’Association des directeurs d’établissements du Québec, Serge Morin.
«Cette problématique-là n’est pas étrangère au sous-financement de l’éducation, pense-t-il. Ça n’explique pas tous les cas, mais c’est un facteur important.»
«Souvent, des élèves problématiques n’auraient besoin que d’une intervention ponctuelle avec un psychoéducateur ou un orthopédagogue, dit-il, mais ces ressources sont de moins en moins présentes dans les écoles.»
«Au lieu de chercher des solutions, il se peut que certains enseignants soient un peu vite sur la gâchette, reconnaît-il, et demandent que l’enfant soit médicamenté.»
«C’est très préoccupant, parce qu’on ne connaît pas les effets du Ritalin à long terme», indique-t-il.
La tâche des profs alourdie
La porte-parole des profs, Johanne Fortier, répète que ce ne sont pas les enseignants qui signent les ordonnances de Ritalin des élèves.
«En aucun temps ils n’ont de droit de regard là-dessus», assure celle qui préside la Fédération des syndicats de
l’enseignement.
«Le prof a le devoir de procurer à ses élèves l’environnement dont ils ont besoin pour réussir, indique-t-elle. Et quand, avec un enfant problématique, toutes les stratégies à notre disposition ont été utilisées, on a le devoir de le diriger vers le suivi neurologique approprié.»
Mme Fortier reconnaît cependant que le manque de ressources qualifiées dans les écoles peut pousser certains enseignants à se tourner plus rapidement vers un médecin pour contrôler un élève turbulent.
«Quand on ne bénéficie pas des services spécialisés dont on a besoin, notre travail d’enseignants devient encore plus difficile», plaide-t-elle.
«Je ne sais pas si les profs sont vite sur la gâchette, lance-t-elle, mais ils sont encore les mieux placés pour détecter les élèves aux prises avec un trouble du déficit
de l’attention.»