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Dossier Ritalin

«Ce n’est vraiment pas normal» - Le professeur Jean-Marie Honorez

Sébastien Ménard - Journal de Montréal
28/11/2004 04h00 

Même si la proportion d’élèves hyperactifs n’y est pas plus élevée qu’ailleurs, le Québec est devenu «champion canadien du Ritalin» il y a quelques mois.

Une enquête menée par Le Journal de Montréal révèle que les enfants québécois sont ceux qui consomment le plus de médicaments de la famille des méthylphénidates, dont le Ritalin fait partie.

Des données de Statistique Canada et de la firme IMS Health, établie à Montréal, indiquent que les petits Québécois de 0 à 11 ans ont accédé à la tête du classement cette année.

Pour 1000 enfants de ce groupe d’âge, 13 600 comprimés sont prescrits chaque année, selon les calculs du Journal. C’est trois fois plus qu’en Colombie-Britannique.

Chez les 12-17 ans, le Québec est champion du Ritalin depuis 2002, un titre qu’il conserve encore cette année. La province, qui ne représente que 24% de la population canadienne, génère à elle seule 37% de toutes les ordonnances de méthylphénidates et 31% de tous les comprimés ingurgités, d’un océan à l’autre.

Pour le professeur Jean-Marie Honorez, de l’UQAM, cette constatation est inquiétante. «Ce n’est vraiment pas normal, lance-t-il. Dans bien des écoles, le Ritalin est devenu la solution facile à des problèmes administratifs et c’est très préoccupant.»

«Vite sur la gâchette»
L’expert, qui a étudié en profondeur l’usage des psychostimulants en milieu scolaire, souligne que les profs sont souvent « vite sur la gâchette » lorsqu’il s’agit de déterminer si un élève est hyperactif.

«Chaque enseignant décide individuellement ce qu’il considère comme un enfant hyperactif, dénonce M. Honorez. Souvent, dès qu’un élève perturbe, on dit qu’il souffre d’hyperactivité alors que personne dans le milieu scolaire, pourtant, n’est outillé pour poser un tel diagnostic.»

«Ce sont les médecins qui signent les ordonnances, précise le professeur, mais les enseignants ont le pouvoir de dire ce qu’ils pensent être le mieux pour l’enfant. Or, on constate que de 70 % à 80 % des jeunes à qui on a posé un diagnostic d’hyperactivité ont en fait d’autres problèmes…»

Changements sociaux
M. Honorez croit que les changements sociaux que connaît le monde occidental expliquent une partie de la croissance démesurée que connaît le Ritalin chez nous.

En dix ans, ce médicament a vu ses ventes augmenter de 500%, selon une étude de la Régie de l’assurance maladie du Québec.

«Les enfants sont devenus de plus en plus individualistes, dit l’expert, et c’est plus difficile pour certains enseignants de gérer leur classe comme autrefois.»

Le manque de ressources et les problèmes structurels du réseau de l’éducation ont aussi leur rôle à jouer, estime le chercheur.

«Dans certaines classes du primaire, les profs doivent maintenant enseigner à 29 élèves à la fois, les faire tous réussir et il faut que ça coûte le moins cher possible, lance-t-il. Vous voyez un peu le portrait…»


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