C’est décourageant, consternant ! J’ai beau l’écrire, le hurler, le documenter, c’est toujours à recommencer ! C’est ainsi depuis que les gens vont dans Internet. Il y en a constamment pour crier au loup quand le danger est nul et pour tomber dans le panneau quand il est réel.
Par exemple, vous êtes nombreux (et pas toujours des débutants…) à m’avoir récemment fait parvenir un avertissement relatif à un présumé virus, « le plus destructif jamais découvert », qui fonctionne à partir d’une fausse carte virtuelle et dont le titre est A Card For You. Or, il s’agit d’un vieux canular très bien documenté (p. ex., www.sophos.com/virusinfo/hoaxes/virtualcard.html). Vous vous êtes donc fait avoir.
Le problème, c’est qu’au lieu d’aller voir ce qu’on en dit sur le Web (ce n’est pourtant pas compliqué de taper A CARD FOR YOU dans Google !), vous reprenez ce foutu message et l’envoyez à tous vos cybercontacts. Et comme vous êtes crédible dans votre association musicale, votre club de cyclotourisme, votre regroupement commercial ou votre cercle d’amis, on vous croit comme parole d’évangile et on retransmet « urbi et orbi » sans se poser de questions.
Résultat, vous encombrez le Net et vous faites perdre leur temps à bien des gens. Ce qui était l’objectif de ce canular, soit dit en passant.
Les vrais dangers
À l’inverse, il vous arrive de vous faire avoir par des petits malins qui se font passer pour AOL, Amazon, eBay, PayPal, voire un ministère fédéral, etc., dans le but d’obtenir des renseignements stratégiques (numéro de compte, de carte, d’assurance sociale, le nom de votre mère, alouette) leur permettant de bien vous siphonner.
Cette opération se nomme phishing et se retrouve documentée dans Internet (p. ex., www.anti-phishing.org).
Même si la manœuvre est grossière, vous tombez parfois dans le panneau. Si on en croit le Washington Post, 5 % des gens qui reçoivent un tel courriel se font avoir, ce qui rend cette activité criminelle particulièrement rentable. Si vous parlez difficilement l’anglais et que, par surcroît, vous n’avez jamais fait affaire avec PayPal, pourquoi, diable, fournissez-vous votre numéro d’assurance sociale à des fraudeurs anglophones qui prétendent vous écrire au nom de PayPal ?
Idem pour le spam. Il paraîtrait que 1 % des récipiendaires de ces messages promettant l’élongation de nos espoirs, le règlement de nos dettes ou l’assouvissement de nos fantasmes répondent à ces billevesées et tombent dans le panneau. Pourquoi, ici en terre française, devrait-on lire un courriel intitulé Brian Lorenzato is Pre-Qualified ou Low Cost Viagr@ ? Pourquoi devrait-on répliquer à Williams Aku, un Nigérian anglophone, dont la fortune en dollars US dépend de votre collaboration financière urgente ?
Et que dire de ces chats et cybersalons où l’on se refile des chtouilles parfois mortelles. Chosebinne qu’on connaît sur le Net depuis une éternité (c’est-à-dire depuis plus de trois mois) nous envoie ce magnifique dessin d’humour qu’on s’empresse d’ouvrir. Crac ! On se retrouve foutu !
Pis encore, selon le Réseau Éducation Médias, un organisme à l’origine d’une campagne récente visant à informer des dangers dans Internet (www.webaverti.ca), 25 % des jeunes internautes sont sollicités pour une rencontre dans la vraie vie. De ce nombre, 15 % acceptent, desquels 20 % se présentent seuls. Le parent qui ignore cette réalité, qui laisse son enfant sans surveillance dans Internet est plus que naïf, il est irresponsable.
Comme la contrebande
Si on se documentait sérieusement sur la cybercriminalité, si on ne répondait ni au spam, ni aux messages équivoques, il y aurait beaucoup moins de criminels ou de malades sur le Net. Ces gens font des affaires parce qu’il y a des naïfs pour consommer leurs produits. C’est comme la contrebande de cigarettes. Si le Net est devenu un endroit périlleux, ce n’est pas uniquement en raison des bandits et des vicelards qui y sévissent, mais un peu beaucoup en raison des gens qui, par naïveté ou irresponsabilité, les encouragent. Quand on laisse un billet de 100 $ bien en vue sur le siège de son auto, il est possible qu’on se fasse fracasser sa fenêtre.
Bref, au lieu de perdre son temps à émettre des avertissements sur des menaces farfelues, il serait peut-être plus utile de réfléchir sur les vrais dangers du Net et de se comporter en conséquence, non ?