Alors que ça fait des années qu’on vante les mérites du cédérom comme outil de formation et de travail, il ne s’en vend pas. L’industrie est moribonde.
Trop cher le cédérom? Trop complexe? Trop loin du marché? Pas assez convivial? Nul n’a la réponse précise, mais les résultats sont là: le marché ne lève pas.
Le cédérom, tant vanté dans les années folles de la bulle multimédia, marche sur les coudes.
Un bon titre ira chercher quelques centaines d’exemplaires et un mégahit quelques milliers d’exemplaires. Or, la fabrication coûtera facilement une centaine de milliers de dollars et plus! Au minimum!
En plus des prix élevés, l’horizon du cédérom est encombré par Internet et ses tonnes d’informations gratuites. Assez pour démoraliser une industrie.
Faillite
CDROM Dépôt, qui était le plus grand magasin spécialisé dans le logiciel sur CD, a fait faillite l’automne dernier.
De plus, plusieurs éditeurs sont en difficulté.
Il suffit de visiter les détaillants pour voir que les logiciels sur cédérom ne se vendent pas. Pour commencer, les géants tels Wal-Mart, Future Shop ou Bureau en Gros, qui dominent le marché, ne vendent pas, ou presque pas, de logiciels québécois.
Les grandes boîtes vendent des jeux, des jeux et encore des jeux: X-Box (Microsoft), Playstation (Sony) et Nintendo. Point final. Essentiellement des produits américains et japonais.
Il faut donc se rabattre sur les plus petits commerçants et certains libraires. Et là encore, il faut chercher. Et ce n’est pas tout.
Plusieurs éditeurs américains vont vendre les droits en France, mais ils ne permettront pas aux Français de vendre au Québec because la marge est plus grande sur les cédéroms anglais.
Le Visuel
Sans aucun doute, on peut dire que le père de tous les succès, au Québec, appartient à Québec Amérique avec Le Visuel, qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires dans le monde (10 000 au Québec) Mais n’oublions pas que les grands hits se comptent sur les doigts d’une seule main.
L’exemple de DLL
Selon Jacques Larouche, président de DLL, une société de Boisbriand qui propose environ 150 titres sur cédérom, dont ceux de Micro-Application, la plus importante maison en France, le marché est microscopique et réservé aux casse-cou.
«Nous réussissons à cause de l’importance de notre catalogue. Alors, on peut vendre 50 exemplaires de ceci, 30 de cela, 200 d’un autre ou 500 d’un leader. À la fin, on arrive. Mais il ne faut absolument pas penser réussir avec un seul ou une poignée de titres.
«Les écoles? Comment voulez-vous vendre dans les écoles alors qu’elles n’ont pas d’argent et qu’elles sont sous-équipées en ordinateurs. Comment peut-on espérer que les profs puissent travailler efficacement avec des cédéroms quand il n’y a qu’un ou deux PC dans une classe d’une trentaine d’élèves?» dit Jacques Larouche.
«Sans doute que le marché va évoluer. Trouver sa niche. Des produits bien particuliers et des réseaux de distribution différents mais, en ce moment, c’est l’enfer.
Régulièrement, des auteurs viennent nous voir et s’imaginent qu’on va acheter 3000, 5000 et même 10 000 exemplaires de leurs produits. Impossible. Oui, certains éditeurs ont fait ça dans le passé mais ils se sont cassé les dents.
«L’air est rare dans le monde du cédéroms éducatifs. Plusieurs entreprises gardent la tête hors de l’eau à cause des subventions, mais les subventions pourraient disparaître… Il faut donc, au plus vite, trouver des solutions.»