Lorsque la nouvelle est sortie la semaine dernière que Monster.com, le site américain de recrutement en ligne, avait modifié sa base de CV et offres d'emplois afin d'en exclure les pays identifiés comme «États voyous» par le gouvernement américain, les réactions n'ont pas tardé à se faire sentir au pays de l'Oncle Sam.
En effet, l'entreprise a décidé de retirer, depuis le 23 avril, la plupart des références faites à sept pays sur des curriculum vitae ou offres d'emplois. Monster.com a donc avisé les usagers concernés que les CV allaient être modifiés, pour en retirer les pays sanctionnés. La raison de ces actions, selon Kevin Mullins, porte-parole de l'entreprise, est que «Monster a pris ces mesures pour se conformer avec les autorités de régulation américaines.» Les pays visés sont les suivants: Birmanie, Cuba, Iran, Libye, Corée du Nord, Soudan et Syrie.
Depuis, le débat est ouvert aux États-Unis. Certains organismes, dont la American-Arab Anti-Discrimination Committee, estiment que Monster.com a mal interprété les clauses de la loi américaine. Même des officiels du ministère des finances américain ont indiqué à CNet News.com que l'interprétation de l'entreprise serait erronée.
La filiale canadienne
Il appert que cette directive s'applique aussi à l'ensemble du réseau Monster. En effet, après une inscription-test en ligne, nous avons découvert que les changements apportés aux CV s'appliquent aussi à ceux inscrits auprès de Monster.ca. Or, le Canada a ses propres politiques en matière de relations internationales. Cuba, par exemple, est aussi bien une destination d'affaires que de vacances pour les Canadiens, contrairement à nos voisins américains.
Pourquoi alors les utilisateurs de Monster.ca sont-ils soumis aux mêmes restrictions que Monster.com? Selon Donna Guillemette, directrice au service juridique de l'entreprise, «comme Monster.ca est une filiale de Monster.com, la loi américaine stipule que les filiales de l'entreprise sont soumises aux mêmes lois que la compagnie mère.»
Dans les faits, les internautes ayant saisi - à partir des menus déroulants du site - l'un ou l'autre des sept pays exclus ne verront plus cette information affichée à leur curriculum. Les informations saisies manuellement ne seront cependant pas affectées.
Cependant, il y a lieu de se demander si de telles mesures ne sont pas effectivement discriminatoires. Selon M. Daniel Lavoie, porte-parole de la Commission canadienne des droits de la personne «il n'est pas certain qu'un tel cas tombe sous la juridiction de la Commission.» La seule façon de le savoir effectivement serait de déposer une plainte auprès de celle-ci et de voir si, dans un premier temps, elle est jugée recevable. Ensuite, il faudrait voir de quel côté penche une éventuelle décision.
Le président de la Fédération canado-arabe, M. Raja Khouri, souligne que «ça n'a pas de sens pour nous que des pays boycottés par les Etats-Unis le soient aussi par un site Web canadien. Il s'agit là de l'application de la politique étrangère américaine à une organisation qui opère au Canada. C'est quelque chose que nous ne désirons pas voir se produire et que nous poursuivrons auprès de Monster.ca.»
Bref, un dossier à suivre…