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Exclusif: Promotion de 1 M$ pour Montréal International, mais…

Canoë  Benoit Bisson - Canoë
29/11/2002 22h18 

Exclusif: Promotion de 1 M$ pour Montréal International, mais…
 

Montréal International lance une vaste campagne de promotion sur Internet: envoi de près de 20 000 courriels non sollicités, mini sites, et - sur le site en français - une invitation… en anglais.

Dans un communiqué émis récemment, annonçant le lancement de la campagne, qui se poursuivra jusqu'en février prochain, Montréal International annonce fièrement cette «offensive innovatrice de Montréal International sur Internet.»

On apprend ainsi que «quelque 20 000 courriels vidéo émanant de Michel Brisson, président-directeur général de SAP Canada, de Pierre Racine, président de Rolls Royce Canada, d'André Marcheterre, président de Merck Frosst Canada et du président de Montréal International, Jacques Girard, seront diffusés d'ici le mois de février.»

Ces courriels conduiront à des mini-sites sectoriels où les porte-parole se trouveront en compagnie de dirigeants canadiens d'entreprises multinationales, la plupart étrangères, établies au Québec comme Rogers AT&T Communications sans fil, Bell Canada, le Grand Prix F1, Alis Technologies, Ubi Soft Divertissements, Softimage, LGS/IBM, WonderWorks Entertainment Group, Messier-Dowty, Aventis Pharma, AstraZeneca Canada et Bristol-Myers Squibb. Tous parlent de leur succès dans le Montréal métro et des avantages à s'y établir.

Le public cible de cette campagne, ce sont les spécialistes en investissement à l'étranger, chefs d'entreprises, vice-présidents dans le domaine de l'immobilier et des finances aux États-Unis et en Europe, principalement en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne.

Premier hic

Lorsque l'on sait que les courriels non sollicités constituent sans doute l'un des irritants les plus criants d'Internet, nous avons voulu savoir pourquoi Montréal International avait opté pour cette formule.

Dans le communiqué presse, on indique que «l'utilisation du Web par les décideurs est en croissance constante. Selon une étude réalisée par le washingtonpost.com - publiée en octobre dernier - auprès de 1 000 répondants, Internet est le média le plus puissant pour joindre les décideurs et influenceurs du milieu des affaires.»

L'étude en question indique effectivement que tel est le cas, mais dans tous les volets se référant à Internet, il y est aussi clairement indiqué «excluant les courriels». Donc, il y a une nette différence entre naviguer Internet pour y rechercher de l'information et recevoir un courriel non sollicité, et ce même si la liste d'envoi est élaborée à partir d'informations que possédait déjà Montréal International ainsi qu'à partir de listes ciblées qui ont été louées ou achetées.

Nous avons donc vérifié auprès de madame Claudine Renauld, directrice des communications à Montréal International, ce qui avait incité l'organisme à opter pour une campagne de ce genre.

«On a vérifié des études à cet effet qui révélaient que les dirigeants d'entreprises utilisaient Internet comme source première d'information, ainsi que les localisateurs de sites. Alors, c'est de cette façon là que l'on a déterminé la campagne et que l'on a décidé de faire appel à Internet pour les informer,» souligne-t-elle.

«On a aussi conclu que recevoir des courriels non sollicités de gens que l'on ne connaît pas, c'est une chose. Mais si on reçoit un courriel du président de Rolls Royce ou du président de Merck Frosst, ça signifie quelque chose. Ce n'est pas aussi anonyme qu'un autre type de courriel,» ajoute Mme Renauld. «Ce que je voudrais aussi préciser, c'est que ces courriels sont envoyés par secteur d'activité. Les présidents de compagnies américaines qui vont recevoir un courriel d'André Marcheterre, ce sont quand même des gens qui oeuvrent déjà dans le secteur des sciences de la vie. Donc, ils connaissent le nom Merck Frosst. C'est ciblé dans ce sens là.»

Somme toute, alors que les études que cite Montréal International pour expliquer sa campagne sont centrées sur Internet, on extrapole qu'un courriel non sollicité sera bien reçu, de par la notoriété de son expéditeur. Notons toutefois que les mêmes études citées réfèrent aussi à la publicité en ligne et à sa capacité à rejoindre les dirigeants d'entreprise, non pas par courriel, mais par positionnement sur des sites pertinents.

Deuxième hic…

Si, à prime abord, Montréal International semble avoir mis un soin méticuleux à présenter deux versions de son premier mini site Metro Montreal is one big success story et, en français, Le Montréal métro: un gage de succès, on se surprend lorsque l'on explore un peu à trouver sous le lien Le Montréal métro m'intéresse une fiche permettant d'inviter des collègues à venir visiter le site.

Là où ça cloche, c'est que l'invitation que l'on transmet est un courriel incluant un très court vidéo où l'on peut voir et entendre Jacques Girard, président-directeur général de Montréal International, mais uniquement en anglais.

Lorsque nous avons demandé à Mme Renauld pourquoi le message en question, sur le site français de la campagne, était en anglais, elle nous a précisé que ce n'était qu'un bref message de M. Girard, parce que la campagne vise avant tout le marché nord-américain.

«Non seulement cela, mais toutes les études démontrent que pour se parler, entre présidents de compagnie, la langue qui est retenue dans ces hautes sphères de négociation, c'est la langue anglaise. Il n'y a que ce message là qui est en langue anglaise, pour des raisons stratégiques de campagne. Par la suite, lorsque la personne reçoit le courriel, si jamais elle préfère transiger en français, à ce moment-là, tout le mini site - et la trentaine ou la quarantaine de pages du mini site - sont traduites» précise-t-elle.

Pourtant, c'est bien à partir de la page en français que le message à transmettre est en anglais. Il nous semble évident que si de la page d'accueil par défault - en langue anglaise - un visiteur a pris la peine de se rendre sur la version française du site, il désire transiger en français.

On peut comprendre un peu plus la démarche lorsque Mme Renauld nous explique la logique derrière le choix. «Notre logique a été que si jamais, disons, le président de France Telecom décide d'acheminer ce courriel-là à son interlocuteur en Allemagne, le message-clé doit être en anglais, parce qu'ils se parlent en anglais. La langue d'affaires internationales, on ne se le cachera pas, c'est l'anglais. Alors ça leur permet, à eux, de s'acheminer le message.»

Réaction préliminaire de Québec

Comme l'un des partenaires de Montréal International est le gouvernement du Québec, nous avons communiqué avec le bureau de madame Louise Beaudoin, ministre d'État aux Relations internationale et ministre responsable de la Francophonie, entre autres. Nous y avons rejoint M. Martin Roy, attaché de presse de madame la ministre.

Comme nous lui apprenions la situation en fin d'après-midi vendredi, il n'a pu nous faire part à ce moment que d'une réaction préliminaire. Selon M. Roy, s'il s'avérait exact que quelque chose n'avait pas été mis en français, ce serait inacceptable. «Montréal International, c'est non seulement le gouvernement du Québec qui est partenaire, c'est Montréal - qui est une ville francophone - et c'est le gouvernement fédéral, qui est supposément bilingue. Il y a donc là un problème évident» a-t-il souligné.

Bref, si l'objectif de faire la promotion de Montréal est fort louable, il n'en demeure pas moins que l'on peut s'interroger sur la méthode - courriel non sollicité plutôt que publicité ciblée sur des sites Web - et sur l'importance réelle que l'on désire accorder ici au français. Trop peu pour un 20 secondes vidéo de plus semble-t-il.




Pour en savoir plus ...
•  Site Le Montréal métro: un gage de succès





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