Le représentant du congrès Howard L. Berman a défendu encore hier son projet de loi qui donnerait le droit à l'industrie du divertissement d'interrompre des téléchargements de musique et de films piratés.
Berman, qui est représentant de Californie au congrès, a toutefois indiqué qu'il pourrait réécrire une partie de son projet afin d'interdire de façon plus explicite les attaques impliquant le piratage des ordinateurs des utilisateurs par l'industrie du divertissement.
Le projet de loi anti-piratage présenté par Berman a sans doute provoqué la plus importante controverse jamais vue à Washington concernant Internet et l'industrie technologique. Disons que les intérêts du représentant Berman sont à tout le moins questionnés à partir du moment où l'on sait qu'Hollywood fait partie de son district électoral.
Démocrate senior sur le comité judiciaire de la chambre sur Internet et la propriété intellectuelle, le représentant Berman s'est plaint jeudi des «attaques véritablement outrageantes de la presse» à l'endroit de son projet de loi.
Les critiques du projet affirment pour leur part que ce serait permettre à Hollywood d'agir comme des pirates informatiques, mais en toute impunité. Le projet éliminerait les peines civiles et criminelles à l'endroit des compagnies de divertissement qui «incapaciteraient, interféreraient, détourneraient ou nuiraient d'autre façon» à l'échange de chansons et de films piratés sur Internet.
Des attaques à grande échelle affectant les utilisateurs d'Internet ne seraient pas permises, «sauf lorsque raisonnablement nécessaire» pour prévenir une violation des droits d'auteurs. Les propriétaires de droits d'auteurs devraient expliquer en avance au ministère de la justice quelles méthodes ils comptent utiliser contre les pirates. Cependant, le projet de loi ne rend pas l'approbation du ministère obligatoire.
Randy Saaf, de la compagnie MediaDefender Inc., une entreprise de Los Angeles qui développe des technologies pour contrer les téléchargements de musique piratée, a indiqué jeudi aux législateurs que certaines tactiques que ses logiciels peuvent utiliser sont légalement douteuses en vertu des lois sur les crimes informatiques. L'une de ces techniques, appelée «interdiction», permet de télécharger délibérément des pièces piratées, mais extrêmenent lentement, ce qui empêche d'autres utilisateurs de télécharger les pièces en question.
«Nous ne voulons pas que la technologie de MediaDefender soit illégale à cause de lois contre le piratage qui n'ont jamais été conçues pour tenir compte des réseaux de partages de fichiers à indiqué M. Saaf.
Les craintes de plusieurs intervenants, au fil des mois depuis le dépôt du projet de loi, c'est que cette façon de se faire soi-même justicier puisse aller trop loin et cibler des innocents qui n'ont rien à voir avec le piratage. Le représentant de Virginie, Rick Boucher, a donné un bel exemple de l'attitude qui pourrait prévaloir.
Il a mentionné le cas de Warner Bros. qui a envoyé une lettre menaçante à un fournisseur Internet, demandant qu'un abonné spécifique soit débranché pour avoir partagé illégalement le film «Harry Potter and the Sorcerer's Stone.»
Le hic, c'est qu'après vérification, les fichiers informatiques en question n'étaient pas le film «Harry Potter», mais plutôt un compte-rendu du livre rédigé par un enfant dans le cadre d'un travail scolaire.
S'il est évident que l'industrie aura à trouver des solutions aux problèmes de piratage, il est loin d'être certain que la réponse se trouve dans un retour au Far West, où l'on tirait d'abord et où l'on posait les questions ensuite…