(AFP) - America Online (AOL), qui s'était offert le luxe de racheter le géant des médias «traditionnels» Time Warner en 2001, se retrouve à la traîne deux ans plus tard dans l'ensemble AOL Time Warner, au point de faire douter de la fusion.
AOL Time Warner est entré dans les annales mercredi en annonçant une perte nette de 54,24 milliards de dollars au 1er trimestre 2002, un record dans l'histoire des entreprises aux États-Unis.
Cette perte, exceptionnelle, résulte de la nécessité de déprécier la valeur comptable de la compagnie en raison de la chute de l'action AOL Time Warner depuis qu'AOL a annoncé le rachat de Time Warner en janvier 2000, au sommet de la bulle Internet.
AOL, dont le chiffre d'affaires était alors quatre fois moins important, avait pu alors réaliser ce coup de maître et consacrer la victoire de la «nouvelle» économie sur «l'ancienne» grâce à l'envolée de son cours boursier.
La jeune compagnie Internet s'était alors mariée à un immense empire, Time Warner possédant entre autres la chaîne CNN, l'hebdomadaire Time et les studios Warner Bros.
L'ensemble valait alors 290 milliards de dollars à la bourse de New York. Deux ans plus tard, sa capitalisation s'est réduite comme une peau de chagrin à 85 milliards de dollars, avec l'éclatement de la bulle Internet.
À la lumière des difficultés d'AOL, rattrapé depuis quelques mois par le marasme publicitaire, les investisseurs s'interrogent désormais sur le sens de la fusion et sa valeur stratégique.
Au 1er trimestre, America Online, le numéro un mondial des services internet, a continué à élargir sa base d'abonnements - il compte désormais 34,6 millions d'abonnés - mais a vu ses recettes publicitaires chuter de 31%.
Son chiffre d'affaires a stagné en conséquence à 2,297 milliards de dollars. AOL, conçu comme le moteur de l'ensemble AOL Time Warner, se retrouve subitement en panne de croissance.
Devant les déboires d'AOL et malgré les bonnes performances des autres divisions du groupe, du film «Harry Potter» au câblo-opérateur Time Warner Cable, les investisseurs envoient l'action au tapis.
À l'image de celle de Vivendi Universal, celle-ci a plongé de 40% depuis le début de l'année. Elle ne cotait plus que 19,50 dollars jeudi contre 32 dollars à la fin 2001.
Pour la banque Merrill Lynch, la stratégie de croissance à long terme d'AOL Time Warner reste fondée, mais AOL «va continuer à souffrir tout au long de 2002, sans perspective de retournement avant 2003 au plus tôt».
Devant l'urgence de la situation, le numéro deux d'AOL-Time Warner, Bob Pittman, a repris du service. Il avait contribué à bâtir l'entreprise aux côtés de Steve Case. Nommé PDG de l'entité début avril, il s'est engagé à y consacrer au moins 50% de son temps, malgré ses autres responsabilités dans le groupe.
La direction se montre confiante, estimant qu'AOL devrait voir ses recettes publicitaires rebondir au second semestre 2002 et que «la lumière est au bout du tunnel».
Il est «impératif» toutefois qu'America Online (AOL) réussisse sa migration vers l'internet à haut débit, qui représente l'avenir de la Netéconomie, souligne Merrill Lynch.
«Depuis la fusion, AOL Time Warner n'a pas prouvé qu'il valait plus que la somme de ses entités. Jusqu'ici, la croissance des actifs de Time Warner n'a pas été matériellement renforcée par AOL», relève Mary Meeker, analyste à la banque Morgan Stanley.
AOL n'a pas non plus utilisé la plate-forme câblée et le contenu (musique, presse, vidéo..) de Time Warner pour s'imposer comme un acteur dominant de l'internet à haut débit.
«Nous pensons toutefois qu'il est possible pour la compagnie de valoir au final plus que ses entités réunies", estime Mary Meeker.