Plus le temps file, et plus le projet .NET de Microsoft rétrécit. Discrètement, l'entreprise a renoncé à ce qui devait être l'un des plus importants volets de cette stratégie, une série d'applications auxquelles les consommateurs pourraient accéder de n'importe où via le Web.
D'abord baptisé Hailstorm au moment de son dévoilement en mars 2001 (voir notre article), ce projet avait depuis été renommé «My Services». Il devait être constitué d'un ensemble de 14 applications en ligne (agenda, courriel, carnet d'adresses, messagerie instantanée, etc.), basées sur le protocole XML et accessibles à partir d'une multitude de supports. Point névralgique: toutes les informations personnelles traitées par ces applications étaient hébergées dans un gigantesque «entrepôt central» entretenu par Microsoft...
Selon le New York Times, après neuf mois d'efforts intensifs, Microsoft n'avait toujours pas réussi à enrôler le moindre partenaire dans l'aventure. Les industries des services financiers et du voyage étaient particulièrement ciblées.
Quelques raisons sont avancées pour expliquer cette froideur des géants comme American Express, qui avait pourtant participé au dévoilement de Hailstorm. La plupart de ces entreprises hésiteraient à devoir passer par un intermédiaire (Microsoft) pour faire affaires avec leurs clients. On aurait également craint que la marque de commerce de Microsoft éclipse toutes les autres dans l'aventure. Finalement, les inquiétudes relatives à la sécurité de la tonne d'informations personnelles ainsi réunies en un même endroit ont aussi joué un rôle.
Tout semble indiquer que Microsoft n'entend pas pour autant complètement abandonner le projet. Elle offrirait ce service à titre de solution corporative, chaque entreprise hébergeant elle-même ses propres applications et données. Le service serait notamment commercialisé auprès des entreprises se dotant de systèmes de réseautique Microsoft évolués.
Bien que cette renonciation soit d'une plus grande ampleur, ce n'est pas le premier geste réduisant la portée de .NET posé par Microsoft. En février, l'entreprise avait annoncé avoir modifié les réglages de sécurité par défaut dans le cadre de travail .NET afin que le code en provenance d'Internet ne puisse être exécuté directement. Bien qu'il est possible de repositionner les réglages à leur situation initiale, cette notion de sécurité d'apparence élémentaire s'élevait en contradiction directe avece la vision annoncée par Microsoft, celle des applications en ligne.
Jean-François Codère