Le métier de professeur transmuté par l'arrivée des technologies

Jean-François Codère - Multimédium.com

Face à l'introduction des technologies de l'information dans leurs salles de classe, certains professeurs se sentent démunis: manque de temps, d'argent, de connaissances, de projets, etc. Selon deux conférenciers des Rencontres internationales du multimédia d'apprentissage (RIMA) de Québec, dont une Uruguayenne, la côte n'est toutefois pas insurmontable.

Gabriela Artagaveytia, professeure au Lycée Français Jules-Supervielle de Montevideo, et Mario Asselin directeur général de l'Institut St-Joseph, une école primaire, ont d'abord tous deux insisté sur une chose: les nouvelles technologies ne corrigeront pas automatiquement tous les problèmes. «Ce n'est pas parce qu'on a intégré les nouvelles technologies qu'il n'y aura plus d'échecs, a prévenu Mme Artagaveytia. Elles sont un outil au même titre que n'importe quel autre.»

Pour Mario Asselin, le passage à l'utilisation des TI doit s'accompagner d'un changement de pédagogie, qu'il faut «centrer sur les apprentissages plutôt que sur l'enseignement». Autrement dit, le professeur doit réaliser que l'important n'est pas ce qu'il dit ou fait, mais plutôt ce que ses élèves apprennent.

Les professeurs d'aujourd'hui font aussi face à deux difficultés très contemporaines, selon M.Asselin. «Les élèves québécois actuels font partie de la première génération qui n'a pas nécessairement l'espérance d'être plus éduquée que ses parents, ceux-ci ayant bénéficié de la démocratisation de l'éducation», croit-il. Sur un plan concret, l'école fait aussi face à un problème d'attrait pour les étudiants: «Dans le temps, l'école était mieux équipée que les foyers des élèves, c'était le fun d'aller à l'école. Maintenant c'est l'inverse, les élèves sont souvent mieux équipés pour travailler à la maison.» M.Asselin dit connaître des écoles «où les jeunes s'absentent en prétextant être malades pour pouvoir mieux travailler de chez eux.»

Des solutions

Pour palier aux problèmes de l'apprentissage et du manque de temps, l'Institut St-Joseph a développé un système lui permettant de libérer simultanément pour une période de 2h30 tous les professeurs d'un même cycle, sept fois par année. «Nous y sommes arrivés simplement en allongeant chaque journée de cinq minutes, explique M.Asselin. Pendant que les professeurs sont libérés, les élèves participent à divers projets éducatifs. Nous nous assurons que les élèves ne soient pas laissés pour compte, qu'ils passent du temps de qualité pendant cette période.»

Les effets de ces libérations vont au-delà des sessions de 2h30 qu'elles permettent. «Nous nous sommes aperçus que ces sessions servent de levier, confie M.Asselin. Nos professeurs trouvent du temps pour poursuivre les discussions qui s'y étaient engagées».

Souvent, les professeurs sont confrontés au plus trivial des problèmes lorsque des outils technologiques sont mis à leur disposition: comment les utiliser pour améliorer la qualité du cours offert? M.Asselin suggère une question de départ: «Il faut se demander: 'Qu'est-ce qui est impossible présentement, mais qui, devenant possible, révolutionnerait ma pratique?' Souvent, les technologies émergent comme réponse.»

Mme Artagaveytia, elle, insiste sur un point. «Il n'y a pas de façon trop simpliste d'utiliser l'équipement au début, il faut commencer quelque part, même si c'est via des méthodes traditionnelles utilisant bien peu les nouveaux outils disponibles.» Elle cite à ce sujet cet exemple: «Nous avons un téléviseur dans nos classes. Au début, plusieurs ne s'en servaient que pour projeter ce qu'ils auraient écrit au tableau. Petit à petit, les gens vont se familiariser avec leurs outils et auront le goût d'aller plus loin. Les enseignants sont comme des artistes, ils ont besoin de créer.»

Une philosophie que partage le directeur Asselin, qui dit ne pas insister sur l'utilisation d'une quelconque technologie auprès de ses professeurs, les laissant s'y adapter à leur rythme, et attendre leurs demandes avant de munir son école d'un équipement, de façon à ne tordre le bras de personne.

Tous deux ont également fortement insisté sur l'importance du partage d'informations entre professeurs. «Souvent, les professeurs ont tendance à s'enclaver, à garder leurs informations pour eux, parce qu'ils croient que ça ne va intéresser personne, alors qu'ils devraient partager les stratégies qui ont réusssi», indique Mme Artagaveytia.


Vidéos

Photos