(AFP) À quelques heures des 44e Grammy Awards, l'ambiance se veut à la fête. Dans les coulisses pourtant, l'industrie de la musique fait grise mine: les ventes de CD reculent, les artistes se rebellent et la justice pose des questions.
On assiste en effet à un recul des ventes d'albums aux États-Unis, qui gagne aussi certains pays d'Europe, le Japon et l'Amérique latine. Les ventes ont atteint 13,7 milliards de dollars aux États-Unis en 2001, soit une baisse de 4,1% par rapport à l'année précédente, selon les statistiques de l'Association américaine de l'industrie musicale (RIAA).
En nombre d'unités vendues (CD, cassettes..), le recul est même plus spectaculaire (-10,3%), les consommateurs américains boudant les cassettes (-40%) et achetant moins de CD (-6%).
«L'économie s'est ralentie l'an dernier, les attentats du 11 septembre ont perturbé le dernier trimestre mais le piratage sur Internet et le gravage de CD ont aussi largement contribué au recul», estime la présidente de la RIAA, Hilary Rosen
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Internet repoussant toutes les frontières, certains n'hésitent plus à prédire la fin de l'âge d'or du CD, après celle de la cassette dans les années 80. «Le consommateur achète le plus souvent un CD pour deux ou trois chansons. Le reste de l'album ne l'intéresse pas», relève un analyste de la banque d'investissement Raymond James, Phil Leigh.
Avec la musique téléchargée sur Internet, les baladeurs numériques et les graveurs, «il découvre qu'il peut désormais contrôler le contenu de ses CD», ajoute-t-il.
Face à ce nouveau champ des possibles, le prix des CD, à 14-15 dollars en moyenne, apparaît de plus en plus dissuasif. S'y ajoute la concurrence des DVD qui, pour quelques dollars de plus, deviennent très séduisants.
Après une longue guerre de tranchées face au site gratuit Naspter, qui a finalement dû fermer ses portes en juillet 2001, les cinq Majors de la musique se sont lancées à la fin 2001 dans l'aventure de la musique en ligne par abonnement.
Elles ont créé pour cela deux plateformes, Pressplay (Vivendi Universal et Sony) et MusicNet (Warner Music, EMI, BMG), qui servent de support à la plupart des services payants.
Pour 10 à 20 dollars par mois - le prix d'un CD - l'abonné peut télécharger 30 à 100 titres sur son ordinateur. Il lui est quasi-impossible toutefois de les graver sur des CD ou de les transférer sur d'autres appareils, autant de restrictions qui limitent le succès de la formule, selon les experts.
«La seule solution pour les maisons de disques, face au recul des ventes, est de mettre en place des services en ligne qui soient vraiment alléchants pour le consommateur», estime Phil Leigh.
La victoire contre Napster tourne aussi au vinaigre. Vendredi, la même juge qui avait contraint le site au silence, Marilyn Hall Patel, a décidé qu'il devait avoir accès à certains documents sur les pratiques Internet des Majors.
«Ces alliances sentent mauvais», a-t-elle estimé à propos de Pressplay et Musicnet, en évoquant le «spectre de possibles violations antitrust.»
En 2001, le ministère américain de la Justice a aussi ouvert une enquête préliminaire sur les éventuels problèmes de concurrence que les deux alliances pourraient poser.
Ajoutant au tumulte, les artistes, de Billy Joël à Courtney Love, donnent à leur tour de la voix. Ils réclament des contrats de plus courte durée et plus de transparence dans les comptes des maisons de disques, soupçonnées de dissimuler des bénéfices pour payer moins de royalties.
© 2001 AFP